L’infinie tristesse (2)

Ainsi, et de façon incohérente, notre société défend une posture démocratique, tout en vénérant une posture autoritaire, prône une bonne conscience tout en laissant un fond pulsionnel accueillir une recrudescence d’actes de barbarie. – Ariane Bilheran

            Je ne dirais pas que je vais mieux sur le plan psychologique. Ni pire. Ça stagne… ou non, pas vraiment. Ça commence à s’activer un peu plus violemment en fait. Il y a des spasmes de joie et des spasmes de tristesse, ce qui peut ressembler à de l’instabilité, mais aussi, à la reprise progressive de la vie en moi. Je vais cependant beaucoup mieux sur le plan physique. Après mon dos et mes côtes, je me suis tapé un genre de gastro éclair… décidément, ça ne va pas très bien sur le plan physique ces derniers temps… mais là ça va mieux. C’est comme l’homme qui m’a soignée avait dit : Ça a fait mal encore quelque jour, puis il y a eu une amélioration fulgurante, si bien que j’ai retrouvé beaucoup de mobilité et ça ne fait presque plus mal. Le reste de fatigue ne doit cependant pas aider mon moral vraiment, non. Je fais de mon mieux. Je me couche et me lève tôt. Je fais la sieste avec les chiens. Je ne bois pas. Je ne fume pas. Je mange bien. J’ai recommencé à marcher. Je pourrai recommencer à nager, tranquillement, samedi. Pas de folie de commencer à une heure de longueurs en partant cette fois. Je me suis vraiment bien amochée. 

            Elle est dure à vivre, cette tristesse. J’ai atteint un point de découragement quand même intense face aux humains, même si je sais qu’il en existe de très beaux et bons aussi. Il reste qu’en ce moment, ma capacité à me dire que ces personnes étaient juste connes et que les prochaines seront mieux est disparue depuis un moment… depuis très longtemps en fait. Là, je suis dans un état qu’on peut un peu qualifier de négatif. Un état où, sans détester les gens, il me semble difficile d’imaginer que les choses peuvent aller mieux sur le plan des relations. Il me semble que les humains ne vont pas très bien en ce moment. Je ne dis pas ça de haut puisque de toute évidence, je ne vais pas bien en ce moment, mais la différence me semble quand même résider dans le fait que je ne fais pas n’importe quoi aux autres pour autant. Je préfère mon découragement que je pense temporaire, bien qu’il puisse durer longtemps, à une crise de rage que je ferais à ces gens en leur demandant s’ils pensent vraiment que c’est juste ça que je vaux, comment ils m’ont traitée… puis je les insulterais et… Ce ne serait pas bien beau et ça ne m’avancerait pas à grand-chose. Même si ma réaction serait quand même justifiée après les choses qui se sont passées, je préfère ne pas l’avoir. Je garde cette énergie de révolte pour essayer de construire et de me reconstruire peu à peu. 

            Je me suis éloignée, depuis le début de ce blogue, des étiquettes populaires comme celle de « narcissique » même s’il m’arrive parfois de l’utiliser encore quand je veux faire vite, mais seulement avec des personnes qui savent de quoi je parle. Je n’ai pas changé d’idée quant au fait qu’il existe des personnes souffrant de trouble de personnalité narcissique. J’en ai un pour père et j’ai passé la moitié de ma vie enchaînée à lui alors ce serait un peu difficile de douter du fait que ces personnes existent. Je n’aime pas qu’à présent ce soit un mot sans arrêt utilisé à toutes les sauces, surtout la fameuse étiquette du pervers narcissique qui semble être partout alors que les personnes souffrant du trouble avec une telle gravité sont en fait extrêmement rares… Vous n’en rencontrerez probablement jamais de votre vie, à moins que vous ayez la malchance que l’équivalent d’un Magnotta soit votre voisin (mais il n’est pas que ça, attention… son cas est plus complexe). Le narcissisme, c’est un trouble oui, mais un trouble qui n’est pathologique que dans certains cas. On peut avoir des traces du trouble dans sa personnalité sans pour autant être un être insupportable qui maltraite sauvagement les autres. Aussi, toutes les personnes souffrant de narcissisme sont perverses d’une certaine façon. Pas dans les sens galvaudés, mais plutôt dans le fait qu’ils vont effectuer des renversements de valeurs, changer le cours normal des choses, le pervertir, afin d’obtenir ce qu’ils veulent. Par exemple utiliser l’amour pour faire du mal à l’autre, par la manipulation et… En ce sens-là, il y en a beaucoup, des narcissiques pervers, mais ce n’est souvent pas dans ce sens-là qu’on utilise la formule trop populaire. 

            Il y a aussi des problèmes sociaux qui donnent l’impression qu’il y en a plus (et il y a aussi en même temps factuellement plus de narcissiques apparemment, mais je précise dans une seconde…). On m’a dit, à quelques reprises que la dernière personne qui m’a blessé est un narcissique. C’est possible. Je ne sais pas. Je ne le connais pas assez. Dans ma vie, des narcissiques graves et inquiétants, j’en ai rencontré 3-4… Mon père, le gars de L’affreux Noël (voir le billet) et quelques autres ici et là. J’en ai rencontré d’autres dont ça faisait partie à dose plus ou moins forte de leur « cocktail » de personnalité, comme le prof de philo par exemple et j’aurais d’autres exemples, mais ce n’est pas vraiment de cela que je veux parler. On est un narcissique dangereux quand notre personnalité est trop proche de la définition type du narcissisme, quand on y correspond point par point. Les autres aussi peuvent nuire à divers degrés, mais tous les narcissiques ne sont pas des malades non plus. Il y a des métiers où il est bon de l’être un peu, narcissique, en fait. Il faut arrêter les caricatures. 

Ce qui m’intéresse ces jours-ci, et je développerai ça plus en détails au fur et à mesure que j’y réfléchirai dans les prochains mois, c’est comment la société apprend aux gens des comportements qui relèvent du narcissisme, si bien qu’on ne sait plus trop si la personne en face de nous est narcissique ou fait juste reproduire des comportements appris à différents endroits, par exemple dans les comédies romantiques. Est-ce que la personne qui m’a blessée il y a quelques mois l’est, narcissique? Je ne sais pas. C’est un homme qui en a plusieurs comportements typiques, mais en même temps, je ne sais pas ce qu’il se cache derrière ces comportements et je ne le saurai probablement jamais. J’essaie de m’abstenir de poser ce mot sur quelqu’un trop souvent maintenant. On vit dans un monde qui encourage le love bombing, l’espionnage sur les réseaux sociaux, le stalking physique et… qui présente ça comme romantique plutôt que comme ce que c’est : de la malhonnêteté et de la violence. Je me souviens de l’essai d’une étudiante ces dernières années dans lequel elle me racontait que ses amies trouvaient que ce que faisait Joe dans You était follement romantique et que cela l’inquiétait. Ça m’inquiète aussi. Il y a plusieurs types de harceleurs, mais celui-là, Joe, c’est le psychopathe, ce qui me semble une figure quand même assez dangereuse à romancer et idéaliser. C’est quand même ce qu’on apprend aux hommes et aux femmes, ce qu’on leur rentre dans l’inconscient. Si bien qu’il est difficile pour moi d’imaginer aujourd’hui une rencontre sincère où les gens se connaîtraient vraiment en passant du temps ensemble, en s’intéressant à l’autre, en lui posant des questions et en écoutant réellement tout en cherchant à se représenter ce que l’autre vit quand il parle, me semble de plus en plus difficilement réalisable. Ça ne m’arrive pas en tout cas. À la place de ça, je me fais lancer des conneries de genre et on essaie de me faire rentrer de force dans un stéréotype de femme qui n’a rien à voir avec moi. Ou encore je me fais espionner sur le net et on me pense assez conne pour ne pas m’en rendre compte… Ce qui est insultant et décourageant. On ne m’a pas non plus à coups de compliments. Je vais continuer à réfléchir à ces questions qui me semblent inquiétantes et perturbantes. 

Pour vous rassurer un peu, je dirai que je lis beaucoup en ce moment. Je passe du temps avec les chiens. Je commence à préparer les cours que j’enseignerai cet hiver et ça me semble excitant, même si cela risque d’être beaucoup de travail. J’ai quand même décidé de suivre deux cours à l’université finalement. Un sur la pratique artistique, dont je pense qu’il pourra m’aider dans ma pratique artistique et mon enseignement. L’autre sur les publications sauvages… qui m’aidera avec mes publications sauvages… J’ai commencé à mettre de nouvelles choses sur la boutique aussi. Voici le lien pour une nouvelle photogravure et j’ajouterai d’autres choses dans les semaines à venir : 

Je suis encore triste, oui et je me sens seule un peu, malgré mes amis. Je suis dans une sorte d’incompréhension encore que comment on a pu faire autant abstraction de ma vie, de ma personne et… conduisant des personnes à qui je n’avais rien fait à me faire des choses que je juge encore pas mal épouvantables. Je pense quand même être sur la bonne voie pour sortir de cet état de choc. Demain, je vois mon psy et il m’aidera probablement à mettre encore un peu plus d’ordre dans tout cela et avancer… mais oui, je suis encore infiniment triste… tout en pouvant me réjouir d’encore éprouver de la gratitude pour ce qui va bien ou de mieux en mieux. Je devrais pouvoir continuer l’histoire plus heureuse de mon cours dans les prochains jours.  

            À bientôt!

            Une fille infiniment triste

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