L’infinie tristesse

Hello darkness, my old friend
I’ve come to talk with you again
Because a vision softly creeping
Left its seeds while I was sleeping
And the vision that was planted in my brain
Still remains
Within the sound of silence

The sound of silence – Simon and Garfunkel

            Ça ne va pas trop bien ces jours-ci. Je pense qu’il y a dans ce malaise une note de dépression saisonnière, chose que je ne vis habituellement pas, mais comme mon état de santé m’a obligée à être moins active physiquement dernièrement, c’est probable que je subisse plus que normalement les soubresauts de la diminution de lumière hivernale. Heureusement, je peux reprendre enfin l’activité demain, mon dos étant pas mal réparé. J’aurai appris cette fois qu’on peut aller jusqu’à se casser les côtes en toussant tellement la toux est un phénomène violent pour le corps. Ce qui me conduit à vouloir vraiment prendre plus soin de moi et de ma santé, principalement pulmonaire, mais tout le reste aussi, puisque c’est un peu effrayant de se retrouver soudainement immobilisée comme ça, particulièrement quand on vit seule, même si on a des amis qui peuvent aider. 

            À force de rester ouverte à ce qui se passait en moi, j’ai fini par comprendre que ce sont tous ces événements pénibles de l’an dernier qui me troublent et me font encore souffrir. Ça me cause une sorte de tristesse qui me semble infinie et qui remonte bien évidemment à plus loin que seulement ces événements de l’an dernier, même s’ils étaient en eux-mêmes extrêmement pénibles et se sont étirés à travers le temps. Je pense que le nombre d’engagements que j’avais pris a fait que j’ai passé une bonne partie de mon temps à me maintenir la tête hors de l’eau en essayant d’avancer malgré ce que je vivais et que finalement, je n’ai pas vraiment pris le temps d’être triste par rapport à ce qu’on m’avait fait ni aux effets que ça avait eu et aurait dans ma vie. J’ai enfoncé une partie de tout ça en moi et il y a juste ce qui débordait à la surface qui est sorti. Finalement, maintenant, je me retrouve face au reste qui surgit un peu plus librement alors que la douleur corporelle qui masquait la douleur psychique diminue. 

            La première chose que j’aimerais dire, c’est que je n’ai aucune idée de comment des personnes font pour penser que la façon dont elles ont agi dans ma vie cette année est correcte. Elles ont des problèmes, me direz-vous. Elles savent peut-être que ce n’est pas réellement correct et veulent sauver la face, me direz-vous. Elles sont inconscientes, me direz-vous. Elles ont honte et se mentent à elles-mêmes, me direz-vous. Et… Oui, je sais tout cela. Mais il me semble quand même que ces explications ne suffisent pas vraiment. Elles ne changent en tout cas rien à ce que ces histoires me font vivre. En fait elles me les rendent encore plus désagréables, si c’est possible, puisque je préfère que les gens travaillent sur eux-mêmes et fassent preuve de respect pour les autres… 

            Parce que je suis neuroatypique, HP, mettez l’étiquette que vous voulez puisque je hais pas mal tous les termes qui existent pour désigner ma condition, je sais que je ne vois pas les choses, que je ne raisonne pas de la même façon que la norme. Je sais aussi que je ne vis pas les émotions de la même façon, que je suis hautement sensible (C’est mieux que hyper comme traduction… Hyper ça sonne trop, ça sonne comme un défaut, ce que ça n’est pas.), ce qui n’est pas le cas de toutes les personnes HP, mais qui est quand même extrêmement commun. J’ai aussi tendance à vivre tout pas mal intensément à cause de cela. Le fait que je souffre de stress post-traumatique complexe chronique et que celui-ci provient d’un très grand nombre de violences, petites et grandes, que j’ai vécues me rend plus vulnérable à certaines situations. Vulnérable ne signifie pas fragile, non, pour les énervants qui aiment sauter vite aux conclusions… Il n’est pas question d’effondrement ou de destruction de ma personne et le fait que je continue à pouvoir faire tout ce que j’ai à faire malgré les choses qui m’arrivent et les symptômes handicapants du stress post-traumatique montre au contraire ma force et non ma fragilité… 

            Mais oui, je sais qu’il y a certaines situations qui sont plus susceptibles de me blesser davantage que d’autres et plus gravement, même si je ne pense pas que la plupart des choses qu’on m’a fait subir cette année auraient fait du bien à grand-monde… Le fait que ces événements répètent des traumatismes et violences vécues font qu’ils ont un plus grand impact sur moi. La situation face à laquelle je suis plus vulnérable que d’autres, parce qu’elle m’est arrivée trop souvent et que l’inverse ne se produit pas si souvent, est le fait de ne pas être considérée, ne pas être vue comme une personne pas l’autre. Ça arrive surtout quand l’autre est trop centré sur lui ou elle-même. C’est quelque chose que je vis à répétition depuis l’enfance et maintenant ça m’affecte vraiment de plus en plus terriblement, comme une allergie qui deviendrait pire à chaque fois qu’on entre en contact avec la substance allergène. Être le bouche-trou de quelqu’un attendant son ex, me faire harceler par une personne qui ne veut même pas de moi à la base, voir mon travail réduit à un statut sans importance pour quelqu’un qui s’imagine meilleure et plus importante que moi (l’artiste avait aussi enlevé le mot artiste de ma présentation sans mon consentement, j’ai oublié de le dire… On ne sait pas trop à quoi ça servait qu’elle nous demande comment on voulait être désignées si elle était pour le changer à sa guise après… Une autre négation de ma personne…), la directrice qui ne prend pas la peine de poser de questions avant de m’adresser une espèce de message bête faisant semblant d’être poli (justice de république de bananes, dirait mon psy), la voisine qui se mêle de me dire qu’elle aurait mieux vécu que moi ce que j’ai vécu même si elle n’en a pas la moindre idée et…. Toutes ces situations répètent exactement le même type de violence, c’est-à-dire que ma réalité est effacée, ce que l’autre a fait et ce que me fait vivre le comportement de l’autre est considéré sans importance… et souvent en plus on essaie de me faire porter le chapeau de la situation, ce qui est pas mal toujours faux, même si parfois oui, après les offenses initiales, je finis par avoir des comportements non idéaux. Bravo aux personnes toujours capables de réagir parfaitement aux violences des autres. J’imagine que vous n’êtes pas nombreuses. Je ne crois pas vraiment à votre existence en fait. Merci d’arrêter de nous faire la morale.

            Même une fois éloignée des lieux et des personnes liés à ces violences, à cause du stress post-traumatique, ça résonne toujours très fort et très longtemps en moi malheureusement. Il n’y a pas grand-chose que je peux faire à part avoir la vie la plus saine possible. Pour le moment, j’ai décidé d’accepter d’être triste et je pense que ma tristesse est normale, malgré son intensité et sa profondeur, oui… et surtout qu’elle a des choses à me dire pour l’avenir. Ma belle-sœur a dit poétiquement que c’était normal que je sois triste, puisque je faisais le deuil d’un monde meilleur. Un monde où les personnes feraient des choix plus respectueux des autres et de leur réalité plutôt que de s’enfermer dans leur nombril et leur ego. Je pense qu’il y a ça aussi qui se passe. 

            Je suis quand même fonctionnelle. Pas de désastre ni d’inquiétude trop grande en vue. Ne me demandez juste pas de sourire pour un temps. J’aurai déjà besoin de tous mes sourires pour mes élèves dans quelques jours. Ce sera comme ça un temps. La tristesse recouvrira pas mal tout pendant une période… puis je remonterai hors d’elle en ayant tiré les enseignements nécessaires et je retrouverai plus de vie. 

            À plus!

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