Bilan

            J’ai reçu mes premiers vœux de nouvelle année de la part d’une amie. Elle m’a souhaité de rencontrer moins de cons et de connes l’an prochain. C’est un bon souhait je trouve. Je vais le reformuler un peu parce que je pense que la colère qu’elle ressent pour ce que j’ai traversé et son affection pour moi lui ont fait choisir des mots moins idéaux. Je vais donc me souhaiter de rencontrer moins d’inconscient.e.s cette année. Parce que je pense que c’est souvent plus de l’inconscience que de la connerie, même si les personnes connes existent à n’en pas douter. Je pense que beaucoup de personnes oublient de réfléchir à comment leur comportement risque d’affecter et de blesser les autres. Je pense que beaucoup de personnes sont coincées dans leurs problèmes et leur souffrance qu’elles refusent de voir et alors ça se répand sur les autres autour qui ne leur ont rien fait. Et c’est crissement pénible à vivre, oui. 

            Ce qu’il me reste de mon expérience au centre, c’est surtout de la colère. Aussi de la déception ne pas avoir pu réaliser les choses pour lesquelles j’étais devenue membre à la base. Vers la fin du projet, une des personnes impliquées a eu le culot de me dire qu’elle avait hâte de me voir en atelier, avec un petit haussement de sourcil qui semblait signifier que je n’étais pas très sérieuse dans ma pratique. Je dis le culot, parce qu’en fait, le temps que j’aurais normalement passé en atelier a été avalé par le projet qu’elle avait si mal organisé et dans lequel elle m’a entraînée aussitôt que je suis devenue membre. Le temps que j’aurais normalement passé en atelier durant l’automne, je l’ai passé à faire plus d’efforts que vous pour concrétiser votre projet et à réparer les conneries que vous avez mis dans mon chemin. Alors ce sont mon temps, mon énergie et mes projets qui en ont souffert. Gardez votre condescendance pour vous. Même les formations que j’ai suivies ont été contaminées par le manque de plaisir que je ressentais de plus en plus à être au centre, dans un milieu où je ne me sentais pas respectée. Heureusement pour moi, je suis débrouillarde et curieuse et j’ai identifié des endroits où je pourrai probablement arriver à réaliser ce que je voulais faire en ayant la paix… et je travaillerai la majorité du temps dans mon atelier/cuisine chez moi où je suis certaine que personne ne se sentira autorisé à me regarder de haut ni à me faire n’importe quoi. L’expérience avec ce centre, bien que prometteuse, s’est avérée décevante et blessante. Je tourne la page maintenant et je vais vers autre chose et d’autres lieux où les choses se passeront peut-être mieux. Ça m’avait pris beaucoup de courage pour aller là. Je finirai par rassembler le courage pour aller ailleurs.

            L’année a été pas mal pénible sur le plan affectif aussi. Cette interminable crise de stress post-traumatique vécue à cause du manque de réflexion et de souci de moi de cet homme m’a pas mal empoisonné la vie. Je dirais que le manque de conscience de soi c’est aussi quelque chose qui me pourrit la vie, au sens où au fond, cet homme, il est en colère contre lui-même, mais au lieu de travailler sur lui, c’est vers moi qu’il a choisi de tourner sa colère. Il était amoureux de quelqu’un d’autre et souhaitait retourner avec. Ce n’est pas normal ni respectueux de ne pas m’en avoir informée avant et de m’avoir exposée à cette situation. C’est normal que je me sois éloignée et, encore une fois, c’est surtout moi qui en ai payé le prix. Le message ni la gravité de mon état et de ce que j’ai traversé dans ma vie ne semble pas très clairs pour mon entourage encore et ça me pèse. L’autre jour une amie m’a parlé d’un homme sur Facebook et m’a dit que si elle était dans mes souliers, elle n’hésiterait pas à le demander comme ami… Je lui ai répondu que si elle était réellement dans mes souliers, elle n’aurait tout simplement aucune envie qu’aucun homme l’approche. Ce n’est encore une fois pas une exagération. Parfois les gens me disent que je devrais être plus forte et que ça devrait moins m’affecter vu les choses auxquelles j’ai survécu. C’est une vision irréaliste. Je suis forte. Sinon ça ferait longtemps que je serai morte. Aussi, contrairement à la croyance populaire, ce qui ne nous tue pas ne nous rend pas toujours plus forts. Surtout si les expériences négatives ne font que se répéter à l’infini sans qu’il y ait vraiment d’expériences positives pour venir réparer. Cette répétition infinie épuise et affaiblit plus qu’elle ne renforce. Mon système nerveux et mon cœur sont kaputt et les comportements humains me terrorisent pour le moment. J’ai besoin de prendre soin de moi. Pas d’être matchée. Je n’ai pas non plus besoin d’être exposée à votre obsession des relations amoureuses. Les gens pensent aussi souvent que je crains le voisin qui m’a blessée… Ce n’est pas de lui que j’ai peur, c’est de la reviviscence extrêmement pénible de l’état de stress post-traumatique dans lequel je me suis retrouvée plongée après ses comportements insouciants. C’est avec ça qu’il m’est le plus difficile de vivre.  

            Il s’est passé de bonnes choses malgré tout cette année. J’ai appris une tonne de choses sur la neurologie, le genre, la biologie, le « monde de l’art », le bois et… J’ai utilisé de nouveaux outils, dont de nouvelles scies, ce qui est toujours follement excitant. J’ai exploré de nouvelles choses en peinture et en photographie. Je me suis vue encore une fois réussir des choses dont je me serais autrefois pensée incapable. J’ai fait ma première lecture publique depuis très longtemps et je n’ai pas été gênée de la faire et j’ai fait pleurer tout le monde, ce qui m’a rendue bien heureuse parce que mon texte traduisait bien ce que j’avais vécu et que j’étais devant une assemblée de personnes capables d’empathie réelle, ce qui m’a rassurée un peu sur l’humanité. Je me suis demandé pourquoi ça faisait si longtemps que je ne l’avais pas fait. J’ai adopté mon petit bandit masqué, Hannah, que les voisins appellent Cochonette et c’est vrai qu’elle fait des bruits de petit cochon et c’est adorable, vraiment. Elle dort sur moi en ronflant pendant que j’écris en ce moment, tremblotant un peu dans le froid du matin pendant que l’appartement se réchauffe tranquillement. J’ai aussi rencontré pas mal d’écrivaines et d’artistes super intéressantes (et quelques-uns masculins aussi) dont je serai heureuse de suivre le parcours et de partager certains liens si cela s’avère possible. 

            Je suis heureuse que Noël soit passé. J’ai mangé des pâtes aux crevettes et j’ai passé une bonne partie de la journée à somnoler sur le sofa emmitouflée dans une couverture et réconfortée par les petits corps chauds et ronflants des chiens en regardant The Good Doctor qui sans être génial, est apaisant. Ça me réconforte un peu de voir les expériences pénibles, mêmes fictives, d’autres personnes neuroatypiques. Je vais me réparer et avancer. J’ai confiance. Je vais aller commencer des trucs qui m’aideront à mieux aller justement. Je reviens bientôt.

            Bonne journée!        

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