Être heureuse à haute voix (5)

            Maintenant, j’aimerais vraiment, laisser les questions affectives de côté pour un temps. Je vais parler de ces histoires dans mes bandes dessinées, mais honnêtement, je suis rendue à un stade où penser à ces choses m’épuise et m’ennuie et je pense que j’ai éclairci tout ce que je pouvais éclaircir pour moi de mon côté. Parfois j’ai sincèrement l’impression d’être dans un genre de Truman Show où les hommes sont en compétition pour gagner un prix s’ils me font les choses les plus blessantes et les plus irréfléchies imaginables, et ce, peu importe ce que je leur dis. J’ai aussi l’impression que je n’ai sincèrement plus la force de m’exposer à ça encore une fois. J’ai peur parfois d’être définitivement brisée et de devenir incapable d’aimer, voire pire, si on me fait encore n’importe quelle connerie qui passe par la tête de l’autre ne serait-ce encore qu’une seule fois. Je m’aperçois que j’ai plus peur qu’avant des humains en général. Je n’ai aussi aucune idée de si je serai à nouveau capable de faire assez confiance à un homme pour ne serait-ce qu’aller prendre un verre. Je préfère donc fermer la porte et ne plus trop penser à ça pour un temps. J’ai assez analysé et épuisé mes penser récurrentes pour que ce ne soit pas du refoulement, mais plutôt une redirection de mon énergie vers ce qui me fait sentir heureuse et vivante, ce que les hommes que je rencontre ne font pas de toute évidence, à part sur le plan amical. Pour les personnes qui pensent que je ne réagis pas adéquatement à ce qu’elles m’ont fait, j’aimerais leur demander pour qui elles se prennent, pour penser qu’elles peuvent venir dans ma vie faire n’importe quoi malgré les informations que je leur donne et croire que je ne devrais pas être affectée ni réagir de quelque façon qui soit pénible pour elles? C’est une croyance vraiment délirante à avoir. 

            Durant ma rencontre de cette semaine avec mon psy, nous avons aussi parlé du fait que je ne me sens pas vue et que j’ai le sentiment de ne pas avoir le droit d’exister et d’être qui je suis pleinement. Ce n’est pas seulement le cas dans mes relations amoureuses. Je me suis aperçue, récemment, que j’ai commencé, il y a un certain temps, à cacher et à minimiser ce dont je suis capable pour rendre les autres confortables. Je me suis ainsi observée m’excuser d’avoir la carrière que j’ai, fait les études que j’ai faites, avoir les résultats que j’ai malgré des circonstances très difficiles, diminuer l’importance du travail que je fais pour arriver à maîtriser différentes disciplines et… Tout ça parce que l’autre est souvent inconfortable avec lui-même ou parce qu’il ne réussit pas toujours de la même façon. Je me retrouve donc à m’excuser d’exister et d’être moi, d’avoir les compétences que j’ai, parce que d’autres personnes sont mal dans leur peau, amères ou aigries, ou éprouvent des difficultés que je n’éprouve pas. Ça a quelque chose de vraiment insensé. Donc pour être heureuse, je pense qu’il faut que j’arrête de faire ça. Ce n’est pas respectueux de qui je suis ni de la quantité immense d’efforts que j’ai faits pour avoir les capacités que j’ai aujourd’hui. Donc c’est fini de me garder dans l’ombre moi-même. 

            J’ai le doit d’être en vie. J’ai le droit d’être heureuse de qui je suis devenue. J’ai le droit d’exploiter mes capacités et mes connaissances. J’ai le droit de ne pas me conformer aux normes absurdes de la société. J’ai le droit de ne pas vouloir perdre mon temps ni me détruire avec des substances stupidement glamourisées. J’ai le droit d’apprendre et de faire tout ce que je veux. Je ne veux jamais rien faire qui nuit volontairement aux autres de toute façon. Je suis plutôt dans la volonté d’aider. Ce n’est pas ma faute si je suis née avec la condition neurologique que j’ai et j’ai le droit de vivre même si je fais partie d’une minorité invisible que vous décidez souvent de considérer comme anormale. Je ne fais pas les choses que je fais, je n’apprends pas les choses que j’apprends et je ne me fixe pas les objectifs que je me fixe pour vous faire chier ou vous faire sentir inférieurs. Vous vous faites ça à vous-mêmes. Vous pourriez aussi choisir de poser des questions et de demander de l’aide. Ce serait plus simple et plus constructif. Vraiment. 

            Hier, j’écoutais mes élèves parler de comment c’est important de se ficher de ce que les autres pensent et disent quand ils médisent sur vous et vos choix. J’étais fière d’eux, mais en même temps, je sais qu’il y a toujours quelque chose de naïf dans cette affirmation. Il y a tellement de personnes qui vont mal, qui sont amères, malheureuses, désespérées et qui choisissent de détruire le plaisir des autres ou carrément les autres, que leurs commentaires sont fréquents au point de souvent devenir de l’ordre du harcèlement, même si je suis portée à croire que c’est un harcèlement qui est un peu inconscient. Il y a cette tendance trop répandue à croire qu’on se remonte en rabaissant les autres, qu’on se montre meilleur qu’eux en chiant sur ce qu’ils aiment et réalisent et c’est infiniment pénible. Il faut beaucoup de travail sur soi pour arriver à s’en détacher complètement. Il y a une dame, dans la formation que je suis en ce moment, qui passe son temps à critiquer le centre d’artistes et dire qu’un autre est meilleur. Elle le dit entre 5 et 10 fois par jour. Parfois plusieurs fois par heure. C’est infiniment pénible, mais je pense qu’elle pense que c’est normal qu’elle fasse ça alors que tout ce qu’elle fait c’est de gâcher le plaisir des autres. Ça me fait penser à une scène dans Le confort et l’indifférence de Denys Arcand où on voit des femmes s’engueuler au salon de la femme et où la madame qui travaille chez Radio-Canada ne veut absolument pas que le Québec se sépare du Canada. Une femme lui répond que si elle aime tant que ça le reste du Canada, elle n’a qu’à y retourner. Elle ajoute : « Pis on va vous payer le voyage! » C’est un peu ça que j’ai envie de faire à la madame. La mettre dans un taxi pour qu’elle retourne à l’autre centre d’artistes si elle n’est pas contente. Comme ça on pourrait apprendre en paix. Je pense personnellement que chaque lieu de travail et d’apprentissage a ses défauts et ses qualités. Il faut savoir être lucide à ce sujet et tirer le meilleur des circonstances de façon constructive.

            Donc je pense que dans les prochains mois, même si j’ai déjà plus confiance en moi qu’avant, je vais encore travailler là-dessus : sur la confiance, l’affirmation, la reconnaissance de mes forces et faiblesses, le fait de rendre mon travail visible et… Je pense que ça m’aidera à être un peu plus zen face à la négativité des autres. J’ai le droit d’être moi et d’exister, même si ça vous dérange.

            Bonne journée!

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