Vivre grâce à la honte

            J’ai finalement revu mon psy cette semaine. J’ai passé un mois sans rencontre à cause de complications dans mon horaire et le sien. Ça arrive parfois. Je pense que j’ai quand même bien avancé sans lui, mais j’étais heureuse de le retrouver. Ça m’a beaucoup apaisée. Nous en avons profité pour explorer un dernier scénario afin de finalement fermer l’histoire de l’été dernier après que je lui aie raconté le rêve dont j’ai parlé dans l’autre billet sur la honte, il y a quelques jours. Nous avons exploré l’hypothèse des gens qui sont dans l’agir plutôt que dans la réflexion. Ce sont ces personnes qui disent souvent après, pour excuser leur comportement, qu’elles n’avaient pas de mauvaises intentions. Ce sont souvent aussi ces personnes qui essaient de nous faire croire que nous nous trompons et que notre réaction est exagérée, que nous sommes les méchants et… Ce n’est pas vrai. Ils sont juste en train de ne pas prendre leurs responsabilités. 

            Admettons, que cet homme qui m’a blessée est une personne comme ça. Une personne qui se laisse plutôt porter par ses envies du moment et qui ne réfléchit pas trop avant d’agir. Une personne qui est active sur le plan des actions, mais qui est un peu passive en même temps, au sens où elle agit, mais attend ensuite de voir comment vont réagir les autres qu’elle a placés dans une situation, qui les laissent décider et… sans interroger leur comportement, l’effet qu’il peut avoir sur les autres ni ce qu’elle veut elle, réellement. Ces personnes n’ont effectivement souvent pas de mauvaises intentions, mais le fait est que c’est par cette absence d’intentions et de réflexion qu’elles vont souvent finir par blesser les autres. Elles restent quand même responsables de ce qu’elles font, même si elles ont plutôt tendance à faire abstraction de leur propre comportement et à se démettre de leurs responsabilités sur les autres. Elles ne sont jamais responsables de rien à leurs yeux… mais c’est toujours faux.

            Donc admettons que c’est ça, que ce gars-là est un peu passif dans les relations, au sens où il a peut-être toujours laissé les femmes décider de ses relations, au sens où il semble un peu dans la dépendance affective, ce qui explique le genre de situation dans laquelle il m’a placée, c’est-à-dire de commencer une relation avant qu’une autre soit réellement finie et sans réfléchir au fait que la situation dans laquelle il me plaçait n’avait pas nécessairement d’avenir puisqu’il espérait retourner avec l’autre et… Eh bien il est quand même responsable malheureusement pour lui. Ça fait quand même mal et ça produit exactement les mêmes effets sur moi malheureusement. Ce n’est pas possible pour moi de trouver ce genre de situations attirantes. Elles ne le sont pas, dans la mesure où, avec les personnes qui ont tendance à sauter d’une relation à l’autre, il devient impossible de savoir si la personne est là parce qu’elle nous aime réellement ou parce qu’elle est tout simplement incapable d’être seule. On se retrouve à se sentir utilisé (et l’être réellement) même si ce n’était pas une intention calculée de l’autre. Et ça c’est quelque chose que je ne peux pas et ne veux pas vivre. Ça me place aussi dans la situation d’être en quelque sorte une briseuse de couple. J’aurais pu, si j’avais été ce type de personne, profiter de sa vulnérabilité pour le pousser dans une relation et profiter de sa tristesse pour avoir de l’attention et… mais je ne suis pas comme ça. Je ne suis pas quelqu’un qui joue dans les histoires des autres, et ce, même s’ils me tendent la possibilité de le faire sur un plateau d’argent. Je ne suis pas non plus quelqu’un qui fait aux autres femmes ce que je ne voudrais pas qu’elles me fassent. 

            Si un jour je décide de fréquenter à nouveau quelqu’un, j’ai besoin que ce soit clair que cette personne me voit et me choisit. Il faut que cette personne soit lucide à propos de ce qu’elle veut et de ses comportements. Il faut aussi que cette personne soit honnête et qu’elle soit en mesure d’entendre et de réfléchir à ce que je lui dis afin d’en tenir compte dans notre relation. Je pense (et je ne suis clairement pas la seule ni la première à le faire, mais je le vois de plus en plus clairement avec les années qui passent) que souvent les humains adoptent des comportements relationnels alors qu’ils sont assez jeunes et ils continuent comme ça, répétant les mêmes schémas, sans réellement se poser de questions, surtout parce qu’ils ont peur, le plus souvent peur d’être seuls. Ce que je remarque, en vieillissant, c’est que souvent ces personnes se retrouvent en quelque sorte dans une impasse quand elles arrivent à un âge où les autres ont fait du travail sur eux-mêmes et pas elles. Elles se retrouvent à avoir plus de difficulté à trouver des personnes qui ont aussi conservé les mêmes schémas relationnels nuisibles. Elles ne développent pas tant de souplesse dans leur façon d’être et d’interagir avec les autres. Elles se retrouvent aussi souvent à s’apercevoir qu’elles ne savent pas trop qui elles sont, ni ce qu’elles veulent. Elles se retrouvent à blesser les autres et ne pas trop savoir pourquoi puisqu’elles n’ont pas assez questionné leur comportement et à répéter sans arrêt les mêmes erreurs ou les mêmes comportements en espérant un résultat différent, comme cet homme qui revient sans arrêt devant chez moi en ne faisant rien de concret pour faire évoluer la situation dans un sens ou dans l’autre, mais qui m’impose sa répétition stérile d’actions vides.

            J’ai raconté un peu la situation à un homme de mon quartier que j’aime bien (amicalement) cette semaine et il était vraiment choqué par ce que l’autre avait fait et par son comportement par la suite qu’il a qualifié de harcèlement. Je lui disais que je ne pense pas que c’est nécessairement mal intentionné, ce fait de toujours passer devant chez moi ou de stationner directement devant chez moi et… (que ce soit intentionnel ou pas, je trouve quand même bizarre de le voir plus souvent maintenant qu’avant qu’il m’ait fait mal) que j’ai plus l’impression que l’autre cherche à provoquer une rencontre, mais est en même temps incapable d’agir quand cela se produit. L’homme a répondu que c’était peut-être le cas, mais qu’à la fin ça restait un comportement malsain et une forme de harcèlement et que ça avait le même effet sur moi malheureusement. Je pense que c’est vrai. Il a ensuite ajouté que j’avais besoin de vivre quelque chose de sain, pas ce genre d’histoire, et il a dit que visiblement je suis une personne authentique et que cela finirait par se produire un jour. Je choisis de garder seulement le compliment sur mon authenticité et de ne pas ouvrir la porte à cet espoir que je finisse par rencontrer quelqu’un qui me traitera bien. Ce que je veux, c’est du bonheur dans ma vie et ce bonheur ne viendra pas si je le mets dans les mains d’un hypothétique homme qui me verrait finalement et me traiterait comme une personne et non comme une coquille vide ou un pansement. 

            Ça a été une longue réflexion sur cette histoire. Je pense que j’en ai fait le tour et je suis maintenant tannée d’en parler et d’y penser. Sa présence finira par s’effacer dans le décor, aussi, avec l’indifférence qui viendra. Je pense que c’était important pour moi d’analyser tout cela afin de mieux savoir ce que je veux, de départager les responsabilités, de ne pas porter la honte qui appartient à l’autre finalement, de la lui rendre vraiment et de pouvoir ainsi vivre en m’appuyant sur ce qui est à moi au lieu d’intégrer et de porter les choses malsaines qu’une autre personne m’a faites. Sa honte lui appartient. C’est à lui de la gérer. Elle me libère, au fond et me rend ma vie quand je la lui redonne. Je passe à autre chose. Je suis prête à tourner la page enfin. 

            Maintenant, c’est le temps de m’occuper surtout de ma santé. Mon médecin m’a prescrit des antibiotiques hier soir pour que je réussisse enfin à me libérer d’une infection aux sinus qui m’épuise depuis deux semaines maintenant. Mon corps n’arrivait pas à se relever tout seul, probablement trop fatigué. Ça me soulage d’avoir enfin un support même si j’essaie de ne plus trop prendre d’antibiotiques souvent. Je me suis en quelque sorte résignée à leur aide cette fois. Je pense que ça ira mieux rapidement. Ils disent 24 à 48 heures. Ça me convient. Je vais vraiment beaucoup prendre soin de moi, à défaut d’avoir des personnes autour de moi sur qui compter pour le faire. J’ai envie de bouger et de me sentir vivante après toute cette fatigue et cette infinie tristesse que j’ai vécues.

            Hier soir j’ai fait ma lecture. J’ai fait pleurer tout le monde avec mon texte sur la mort de mon chien et la pandémie. J’ai pleuré aussi en lisant, mais j’étais heureuse. Heureuse d’avoir eu un si bon petit compagnon pendant dix ans. Heureuse d’en avoir deux nouveaux avec qui vivre de nouvelles aventures. Je me sens de plus en plus sur la voie d’une productivité créative. J’ai des cases de bd qui m’apparaissent clairement dans la tête quand je me promène, des idées d’histoires, de méthodes de travail, des disciplines et… Demain nous allons commencer à imprimer des photogravures. Si ça sort bien, j’en mettrai quelques-unes sur la boutique. J’ai hâte! 

            Je vous souhaite une magnifique journée.

Je retourne corriger.        

À plus!

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