L’automne (Partie 2)

            La lumière commence déjà à diminuer un peu, même si oui, il y aura encore de belles journées. Je peux le sentir et je sais qu’il me faudra bientôt utiliser ma lampe de luminothérapie et bouger plus si je veux avoir le plus d’énergie possible pour mes activités. Je me fatigue encore un peu trop vite. Cette dernière longue crise de stress post-traumatique m’a un peu vidée, même si j’arrive à donner l’impression d’être énergique en classe. Ça me prend un peu plus d’efforts que normalement et je finis souvent la journée épuisée.

            Je suis quand même heureuse de l’approche de l’automne. C’est plus confortable, sain et rassurant pour moi que l’été. J’ai ressorti mes belles bottes, j’ai fait des quiches, j’examine ma garde-robe d’automne en caressant les textures, je pense à tout ce que je pourrai lire, apprendre et étudier dans les prochains mois… Je rêve d’un feu, de poêle ou de foyer, mais je pense que cela devra attendre. J’ai décidé de payer le plus de dettes possible cet automne, pour essayer de m’en débarrasser une fois pour toutes. C’est un de mes rares soucis dans la vie. Même si je sais que mon salaire me permettra de le faire confortablement, il reste que ça me pèse et que c’est un problème qui est facile à faire disparaître si j’y mets un peu de cœur. J’ai fini de payer mon prêt étudiant ce mois-ci. C’est déjà ça de moins. 

            J’ai l’humeur et le moral un peu bas. Je sais que c’est encore à cause de ce qui m’est arrivé. Pas de cette personne en particulier, qui est maintenant derrière moi, mais à cause des impacts qui en résultent et qui persistent encore maintenant. J’ai par exemple un peu plus d’anxiété et de fatigue. J’ai un peu plus peur des autres qu’avant même si l’envie de connaître de nouvelles personnes survit un peu farouchement en moi. Il reste qu’on peut rarement deviner ce que les gens sont et ce qu’ils décideront de nous faire en bout de ligne. Et non, ce n’est pas lui donner du pouvoir à lui que de penser encore à ce que ça m’a fait. Ce sont des conneries d’égo, ces phrases qu’on nous répète à l’infini quand on nous blesse. Je constate simplement l’état des lieux afin de savoir ce qu’il est mieux de faire pour moi pour la suite, pour aller mieux justement. J’ai quand même hâte au jour où je ne serai pas systématiquement surprise atrocement négativement par le comportement d’un homme. J’aimerais arriver à le voir comme un jeu et me demander, avant d’aller en rencontrer un, quel genre de truc horrible me sera fait cette fois, mais je pense que je suis un peu trop traumatisée pour en arriver à ce stade d’humour noir maintenant. Je pourrais organiser des formes d’olympiques des pires situations pénibles dans lesquelles on m’a placée. Le gars qui me disait dans mon lit que j’étais un petit bébé naissant arriverait probablement en tête… Je ne l’ai jamais laissé revenir, non. Non merci.

            Je n’en ai pas parlé dans la série de billets, mais je suis tannée qu’on nous demande d’avoir une perception complètement contradictoire du masculin. D’un côté on nous demande de les considérer comme supérieurs, de l’autre, dès qu’il leur arrive quelque chose (même quelque chose dont ils sont responsables) on nous demande de les traiter comme s’ils étaient des enfants. Il n’existe pas d’être supérieur qui soit en même temps un enfant. Sauf bien sûr le bébé des Télétubbies qui est à la fois un bébé et le soleil, mais c’est un cas isolé. En psychologie, le fait de demander à quelqu’un de croire en même temps deux choses opposées s’appelle la double contrainte. Dans les premières traductions françaises des ouvrages portant sur cette pratique, qui est un type de manipulation et donc une forme de violence, l’expression utilisée pour traduire double contrainte était : l’effort pour rendre l’autre fou. Ça dit pas mal où nous en sommes socialement sur le plan de comment penser les hommes…   

Mon petit monsieur en bas m’a dit qu’il ne serait pas surpris d’apprendre que F me fait passer pour la méchante. Moi non plus, ça ne me surprendrait pas. Il y a probablement des gens pour le croire aussi… Je suis tannée qu’on s’attende à ce que je sois gentille avec des personnes qui m’ont fait du mal et n’ont clairement pas été gentilles et que ces personnes mêmes parfois exigent ce comportement de moi. Je ne suis pas Jésus. Je n’ai pas promis de tendre l’autre joue ni de crever sur une croix pour sauver les autres. Il n’y a pas non plus de doigt qui sortira du ciel en envoyant un éclair pour me foudroyer si je n’agis pas de façon constamment gentille. Je pense que c’est normal de ressentir de la colère et de ne pas nécessairement avoir envie d’être gentille et douce et compréhensive avec une personne qui m’a placée dans une situation irrespectueuse qui m’a fait vivre un peu plus qu’un mois de crises de stress post-traumatique aigues. Il me semble que j’en fais tellement, des efforts… et à la fin je me retrouve à passer mon temps en thérapie et à payer une fortune pour réparer les dégâts faits par des personnes qui n’avaient juste pas envie de réfléchir à ce qu’elles me faisaient et n’ont peut-être même jamais pensé à le faire… C’est extrêmement frustrant et désespérant.

            Je n’attends plus rien des autres et ça a quelque chose d’un peu triste, mais en même temps c’est libérateur. On ne peut jamais forcer quelqu’un à se soucier de ce qu’il nous a fait. Il y a des personnes qui s’en ficheront toujours. Il y a des personnes qui ne comprendront jamais que l’autre existe indépendamment d’eux et que ce qu’ils lui font peut avoir des effets graves sur sa vie. Autant utiliser son temps plus sainement à faire des projets importants pour nous. C’est vers ça que mon automne se tournera principalement. Construire, créer, écrire, réparer et… Vivre ma vie. Refermer les plaies pour retrouver plus de liberté intérieure et extérieure. C’est la partie qui m’appartient et sur laquelle j’ai du contrôle. Le bonheur reviendra avec le temps. Je suis juste vraiment tannée de me faire faire n’importe quoi et que ça me ramène en arrière dans les progrès que j’avais faits vers la guérison. Mais c’est la vie… 

            J’essaie de prendre les choses un jour à la fois et de penser à ce qui m’attend. J’essaie aussi de voir ce qui est devant moi, comme les regards lumineux des étudiants en classe qui apprennent de nouvelles choses jusqu’alors insoupçonnées. Ça me fait plaisir. Le monde change aussi parfois vers le bien. Il ne faut pas que je l’oublie. 

            Demain, je commence ma session universitaire. Ça m’aidera à aller de l’avant. Je me suis aussi inscrite à un court atelier de sérigraphie et il y a de bonnes expos qui s’en viennent. L’automne sera beau et chaleureux, malgré ce qu’il reste de grisaille en moi. Je le sais. Il me suffit de sortir les poubelles qui restent et de m’armer d’un peu de patience. 

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