L’« indiscutable » supériorité masculine, les relations pansements et… (Partie 1)

            Durant les derniers dix jours, On a coupé les arbres devant chez moi. Le gars qui ramassait les restes des arbres s’est senti autorisé à me dire que mes voisins allaient m’aimer, maintenant qu’il n’y avait plus d’obstacle à ce qu’ils puissent me voir à moitié nue par mes fenêtres. Une nuit, après, je me suis réveillée paniquée à l’idée que peut-être un voisin se branlait sur mon corps inconscient en me regardant par la fenêtre qui était restée ouverte puisqu’il faisait chaud. Ce n’est pas le genre de pensées qui m’habitent normalement. Je dors en bobettes et c’est ok si on me voit, mais il y avait quelque chose de tellement glauque dans sa façon de dire son commentaire, que c’est resté en moi et ça m’a suivie quelques jours. Je me sens plus vulnérable sans les arbres. 

            Après, j’ai dû emmener le chien à l’urgence parce qu’il avait mangé du pot qui traînait dans la rue. Le gars qui m’a expliqué le traitement a passé entre 5 et 10 minutes à me parler en me regardant les seins. J’avais un t-shirt qui me couvrait jusqu’au cou. J’ai fini par me mettre la main devant les seins pour les cacher et lui arracher la bouteille des mains et sortir. Puis, le lendemain matin pendant que je promenais le chien, un homme m’a demandé de monter dans sa voiture avec mon chien pour lui faire une fellation. Un homme m’a aussi crié des cochonneries quand je passais à vélo, m’en allant innocemment travailler. Au fil de ces jours, j’ai reçu des offres sexuelles sur Facebook et Instagram, certaines d’hommes que je connais. Certaines d’inconnus. Certaines m’étant directement adressées, d’autre étant évidemment génériques, m’offrant par exemple d’être la sugar baby d’un homme à l’âge de 41… Finalement un homme m’a engueulée tantôt parce que je ne lui avais pas rendu son sourire, n’étant pas conscient que c’est un peu toujours une position impossible pour les femmes. Si je souris, il y a de grands risques qu’il se sente autoriser à me faire des avances. Si je ne souris pas, je serai engueulée. Je choisis d’être engueulée… 

            C’est à ça que peut ressembler la vie de tous les jours d’une femme… et je suis maintenant dans la catégorie des femmes vieillissantes. Imaginez ce que c’était quand j’étais plus jeune… En classe, durant les cours de la session, j’ai essayé (et réussi apparemment) à expliquer aux jeunes hommes que les critiques de comportements masculins ne correspondent pas à une haine des hommes, ni au fait de leur dire qu’ils sont méchants et mauvais. C’est quelque chose de vraiment difficile à faire comprendre aux hommes, je trouve. J’y suis allée très progressivement. J’ai commencé par leur montrer que peu importe à quel point nous sommes de bonnes personnes, nous avons tous hérité, en fonction de l’endroit et du moment où nous sommes nés de préjugés et de stéréotypes qui nous viennent de nos parents et de la société dans laquelle nous vivons. Puis j’ai parlé de la presque absence de différences entre les cerveaux masculins et féminins sur le plan des capacité cognitives, les différences se situant plutôt sur le plan des zones contrôlant les fonctions reproductrices. Puis, j’ai parlé de la vie des idées et de comment elles restent longtemps dans les sociétés et nous font souffrir inutilement. Aujourd’hui, j’ai parlé de la différence entre le sexe, le genre et la sexualité et je leur ai expliqué que nous sommes dépositaires d’une conception du monde inégalitaire qui n’est pas leur faute, mais qui fait partie d’eux, de nous, et conditionnent nos pensées et nos comportements sans que nous en soyons toujours conscients, mais que c’est notre responsabilité d’en prendre conscience et de changer nos idées, nos représentations et nos comportements. 

            Parce que c’est de ça qu’on parle quand on parle de misogynie intériorisée et de violence envers les femmes. C’est aussi de ça qu’on parle quand on aborde les sentiments d’infériorité intériorisés par les femmes. C’est un système de croyances fausses présentées comme vraies et acceptées sans questionnements (ou avec, en tout cas, pas assez de questionnements) par énormément d’hommes (et de femmes aussi, vu le nombre de femmes s’y soumettant et vu le nombre de femme ayant « rationnellement » voté pour Trump il y a quelques années). Ce n’est donc pas une attaque personnelle. C’est une attaque contre une structure de pensée maintenant démontrée entièrement fausse, mais qui persiste à conditionner tellement de comportements qu’elle maintient en place nombre de comportements d’oppression qui nous gâchent la vie à tous et nous empêchent d’avoir des relations plus saines et plus égalitaires.

            C’est ce système de croyances, d’idées fausses maintenues à travers le temps malgré les preuves scientifiques aujourd’hui amplement disponibles de son absence de validité qui fait que des hommes se permettent de me faire ces commentaires et ces avances, que des hommes ne sont même pas conscients de systématiquement sous-estimer et parler de façon condescendante aux femmes, sans oublier bien sûr de leur couper continuellement la parole ou encore de parler de façon de plus en plus forte et de façon intimidante alors qu’ils ne savent pas de quoi ils parlent ou en savent moins que les femmes à qui ils parlent… ou encore qu’ils se permettent de tourner en ridicule des choses que nous disons et qu’ils n’ont même pas comprises… C’est ce qui les fait se sentir en droit de nous rabaisser, de se servir de nous, de nous dénigrer… parfois de façon complètement inconsciente puisque c’est pour eux dans l’ordre des choses… Si nous nous opposons, ils répliqueront qu’ils ne voulaient pas nous faire de mal… mais la question n’est pas dans le fait de vouloir ou pas faire du mal, la question est plutôt dans l’absence de prise de responsabilité qu’ils ont face à leur propre éducation et la nécessité qu’il y a à questionner les idées et préjugés qu’ils portent… Ce pourquoi ils se sentent encore normaux d’affirmer qu’ils ont une libido plus élevée que les femmes et que cela devrait excuser leur comportement… alors que c’est démontré comme factuellement faux depuis quand même assez longtemps. En moyenne, les hommes et les femmes ont le même niveau de besoins sexuels et le même appétit (même s’il y a tout un spectre de possibilités, je sais, oui)… Ce pourquoi ils pensent que c’est tout à fait normal de nous suggérer de faire semblant d’être moins intelligentes pour ne pas finir vieilles filles… (comme si c’était pire d’être une vieille fille que de passer notre vie avec un homme qui a besoin qu’on lui soit inférieure pour être capable d’être en relation avec nous…). Ils oublient apparemment de se questionner sur ce que ça leur ferait à eux, qu’une femme ait besoin qu’ils lui soient inférieurs pour daigner les aimer… 

            Questionner tout cela est un énorme travail, c’est sûr, mais il est nécessaire pour tout le monde. Je suis heureuse de participer à le faire en classe. Aujourd’hui nous avons écouté Indochine et ça m’a bien fait rire de voir le visage des élèves devant les looks et la musique des années 80… 

            Je continue bientôt…       

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s