Guérir (Partie 9)

J’en parle encore un peu, finalement, parce que ça me fait du bien…

            Je pense encore qu’il s’agit d’un bel homme avec un bon cœur qui a des qualités que j’apprécie beaucoup. Je n’ai jamais pensé qu’il a délibérément voulu me faire du mal. S’il ne me plaisait pas et si c’était réellement un imbécile, ça me faciliterait beaucoup la vie. C’est une personne qui m’a placée dans une situation qui est impossible à accepter pour moi vu ma condition et que je ne souhaite pas vraiment à d’autres personnes non plus. L’enjeu n’est pas de vouloir intentionnellement transformer l’autre en chose, ce que peu de gens veulent faire délibérément. Ce que j’aimerais, c’est vraiment que plus de personnes soient sensibles à cette idée, celle d’instrumentaliser les autres, que ce soit de façon consciente ou pas, et quelles en sont vraiment les conséquences pour l’autre. Je ne suis pas vraiment quelqu’un qui est dans une position subjective de risquer de vivre cela. Je suis quelqu’un qui a besoin d’être vue et respectée.

            Je pense que ce serait une bonne chose en fait, qu’il lise. J’ai fini par trancher. Ça lui permettrait de voir l’autre côté de la situation et comment moi, ça m’a fait me sentir de me faire jeter dans cela sans être consultée et sans que j’aie un réel besoin de me retrouver dans cette position. J’aimerais aussi, puisque ça n’a pas l’air clair, qu’il prenne conscience que c’est à lui de choisir ce qu’il veut comme relation et de voir si l’autre partage la même envie ou pas. S’il est en relation avec quelqu’un qui le fait souffrir, ce n’est peut-être pas la bonne personne avec qui avoir une relation pour lui, ce qui ne veut pas dire non plus que je suis la bonne personne. Ce qui me fait douter, c’est de l’avoir entendu dire à quelqu’un d’autre que c’est la femme le boss dans les relations. Personnellement, je n’ai absolument aucune envie d’être le boss de personne. Je veux une relation égalitaire. Je sais qu’il est impossible d’avoir l’égalité du pouvoir dans toutes les sphères d’une relation, mais je pense quand même qu’il est possible de répartir les pouvoirs de différentes façons dans les différentes sphères d’une relation afin que celle-ci soit la plus égalitaire possible. Je n’ai aucune envie, dans ma vie, d’avoir le pouvoir sur qui que ce soit. On a trop essayé de l’avoir sur moi et j’ai vu les conséquences désastreuses que ça a eu sur ma subjectivité pour pouvoir avoir envie de faire ça à qui que ce soit.  

            Je pense aussi qu’il a eu affaire à des personnes envahissantes puisqu’il pensait que j’allais comme inspecter son chez soi de façon critique en y entrant. Ce n’est vraiment pas mon genre et je ne pense pas que c’est un comportement acceptable pour qui que ce soit, même si oui, je sais que beaucoup de personnes se permettent de faire ça. Les choses qu’on pense que l’autre va faire sont souvent des choses qui nous ont été faites et qui nous ont blessé. Tout comme je ne suis pas paranoïaque de craindre que des hommes veuillent m’utiliser. J’ai peur de ça, parce que c’est généralement ce que les hommes me font, et ce, au moins depuis mes 14 ans, ou depuis ma naissance si on compte mon père face à qui je n’avais pas vraiment le droit d’exister non plus jusqu’à ce que je me révolte plus tard dans ma vie. Je sais bien, rationnellement, qu’il existe des hommes qui ne me feront pas ça. J’aimerais juste en rencontrer plus souvent, disons. Mais pour ce qui est de l’espace personnel, pour moi, c’est sacré. La seule fois où je me suis vraiment sentie mal chez un homme, c’est parce que ça avait l’air d’un salon funéraire tout blanc et trop propre et je n’avais pas l’impression d’avoir la possibilité de vivre dans un tel endroit où tout coûtait cher et où je craignais de briser quelque chose en osant respirer. Je préfère le désordre. C’est plus créatif et vivant, peu importe si ce n’est pas si bien vu. Je suis une professeure à temps plein, une étudiante à temps partiel, je souffre de stress post-traumatique complexe chronique, j’ai un jeune chien. Honnêtement, si quelqu’un se permet de critiquer mon appartement, il va se faire envoyer chier et mettre à la porte… Je n’ai pas de temps à perdre avec ça… si bien qu’il y a des gens que j’évite volontairement d’inviter parce que je sais que ce sera pénible et que je n’ai pas envie de vivre ça. Les gens peuvent vivre comme ils veulent. Ce n’est pas de vos affaires. 

            L’autre aspect que j’aimerais aborder est pourquoi je suis tellement inconfortable avec les personnes qui disent « c’est trop pour moi! » quand je leur parle de ce que j’ai vécu. J’avoue que j’ai toujours envie de les envoyer chier elles aussi quand j’entends ces mots. Je m’explique. La plupart des personnes qui ont ce type de réaction se disent que c’est parce qu’elles ont trop d’empathie, sont trop sensibles et… Ça n’a pas grand-chose à voir avec la sensibilité ou l’empathie en fait. C’est plutôt un mouvement profondément égocentrique de personne qui refuse d’être troublée par la réalité de l’autre. Vous renforcez le mythe qu’être sensible c’est être fragile et faible. C’est faux. Être hypersensible est une force, une très grande force qui demande, oui, de prendre soin de soi pour ne pas être dépassé par les affects, mais en fait vous avez été dotés, par la loterie génétique, d’avoir une expérience du monde qui est beaucoup plus large, beaucoup plus riche et beaucoup plus nuancée que celle des autres. C’est une très grande force et c’est probablement une meilleure idée d’apprendre à diriger cette force de façon utile au lieu de la fuir. Ensuite, quand vous dites ces mots avec un visage horrifié à une personne qui a vécu un traumatisme, vous la retraumatisez et vous vous faites passer pour la victime de la situation, choses qui, encore une fois, sont profondément égocentriques. Votre tête ne va pas exploser et votre cœur ne va pas cesser de battre devant la souffrance de l’autre, même si oui, il est possible que vous ayez une grosse grosse vague d’affects qui peut, oui, s’étendre sur quelques jours… Mais poser une limite à son ressenti, savoir prendre sur soi, apprendre à limiter le débordement de l’expérience de l’autre en soi, ce sont des choses qui s’apprennent. La personne traumatisée, de la façon dont je l’ai été, en tout cas, est une personne qui a été déshumanisée, qui a été en quelque sorte éjectée de l’humain. La regarder avec un visage horrifié en prétendant une souffrance atroce au contact de son histoire l’éjecte encore une fois de l’humain pour la renvoyer à l’horreur de l’expérience qu’elle doit déjà traverser. Vous vous flattez vous-mêmes tout en faisant quelque chose d’extrêmement violent à l’autre. C’est ça que vous faites, sous prétexte de « bons sentiments », d’excès de sensibilité. C’est comme si vous disiez : « Ah non! Toi, ton histoire, elle est insupportable et inacceptable! Elle n’a pas de place dans l’existence pour moi! ». Vous empêchez ces personnes d’exister pleinement plutôt que de les accueillir… ce qui est ce dont elles ont besoin. C’est un peu répugnant finalement, hein?

            Je pense qu’un jour, oui, je rencontrerai un homme qui est capable de me voir avec mon histoire et qui me trouvera inspirante et forte plutôt que répugnante et lourde. J’ai déjà des amis qui en sont capables. Je reviens à la pandémie vendredi comme promis. 

            Bonne journée!  

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s