Les implicites (Partie 2)

            Je me souviens, quand j’ai commencé à fréquenter le prof de maths après qui j’allais commencer à souffrir de stress post-traumatique de façon plus claire (parce que c’était probablement là déjà avant, mais en symptômes moins prononcés à cause des violences que j’ai vécues avant) qu’il m’ait dit quelque chose de cet ordre : « Pour moi, pour que la relation fonctionne, il faudra qu’on se voie 6 jours sur 7. Je ne peux pas accepter moins que ça. ». Drapeau rouge terrorisant s’il en est un, mais que j’ai choisi alors de ne pas voir, parce qu’à cette époque, j’étais profondément malheureuse et désespérée d’être aimée. 

            Bien sûr il était impossible que son commandement se réalise, ou plutôt c’était possible seulement si moi je disparaissais complètement dans sa vie à lui. À l’époque, je travaillais à temps partiel, je faisais mon doctorat à temps plein et j’essayais de rédiger un projet de post doctorat, tout cela, en plus de mes autres activités avec mes amis et les tâches à la maison et… la vie, quoi. Donc je devais faire tout ce que j’avais à faire et ensuite me traîner (littéralement me traîner parce que j’étais complètement épuisée) jusqu’à son appartement du plateau le soir en traînant avec moi mes affaires puisque je n’avais pas le droit de laisser quoi que ce soit chez lui non plus bien sûr, ce qui est logique puisque je n’avais pas vraiment le droit d’exister dans cette relation. Je devais ensuite le suivre dans les courses de la journée qu’il n’était apparemment pas capable de faire sans moi ni d’avance puisque monsieur ne pouvait pas acheter de nourriture dans un commerce régulier et que chaque chose qu’il ingurgitait devait provenir d’un magasin spécialisé différent et il faisait une crise de nerfs s’ils n’avaient pas ce qu’il désirait. Je me retrouvais ensuite morte de fatigue chez lui à me faire en plus reprocher d’exister.   

Il avait aussi pour demande que je quitte mon appartement dans le village et que je déménage sur le plateau parce que c’était impensable pour lui d’être en couple avec une personne qui ne vivait pas sur le plateau. Pour moi, ces histoires de statut social lié à l’endroit où l’on vit et le type d’habitation que l’on possède n’ont aucune importance. Pour lui, c’était vraiment important. Il se voyait comme supérieur aux autres parce qu’il était professeur d’université et pensait que cela venait obligatoirement avec toute une série de codes bourgeois complètement vides de sens pour moi, mais que lui acceptait et tentait de m’imposer de force sans se poser de question sur leur validité et leur réelle importance. Cette relation a été une suite de violences sociales et psychologique envers qui j’étais. Il voulait sa petite chose cute sombre, mais voulait justement qu’elle soit une chose et donc la vider de tout ce qui la constituait. Il voulait donc mon apparence et l’image que ça donnait de lui de m’avoir, mais n’avait aucune intention de me laisser vivre ni être qui je suis. Les codes sociaux implicites qui existent dans le monde peuvent avoir l’air anodin. Je me fais souvent traiter de personne « difficile » si je les questionne, mais ce n’est pas moi qui suis difficile. Ce sont ces codes qui sont absurdes et vides et qui permettent de violenter énormément de personnes sous le couvert d’une supposée adéquation au fonctionnement social qui vous fait paraitre respectable, alors que sous le couvert de votre statut social, vous pouvez très bien être une personne profondément méprisante, violente, voire inhumaine.  

            Cette relation n’a heureusement duré que trois mois et elle a été infiniment destructrice pour moi. Heureusement pour moi, je suis moi. J’étais déjà en thérapie depuis un moment quand j’ai commencé à fréquenter cet homme. Je résistais beaucoup trop. J’ai refusé qu’il me coupe de mes amis, refusé de me soumettre à toutes ses demandes et… ce qui m’a rendue indésirable pour lui. Ces comportements sont souvent inconscients, mais dans son cas, c’était conscient. Il m’a avoué un soir qu’il avait reçu depuis longtemps un diagnostic de trouble de personnalité narcissique, chose qu’il a ensuite toujours niée par la suite. Mon psy et moi avions bien deviné qu’il s’agissait de cela même avant son aveu furtif et les gens riaient de moi quand je parlais de ça… mais j’avais raison. 

Vous pensez peut-être que cet homme est une exception, mais non. Il y a beaucoup de personnes comme ça, officiellement narcissiques ou pas… parfois seulement apeurées sans en être conscientes, perdues, ne sachant pas se définir et épousant des normes absurdes à défaut d’avoir le courage et la force de les questionner. Ce sont des personnes qui ne considèrent pas l’autre dans les relations. Elles ne veulent pas vraiment voir ni rencontrer l’autre. Elles veulent le forger pour qu’il leur convienne. C’est vraiment terrorisant pour moi, ce comportement, mais la façon dont les codes sociaux et les stéréotypes de genres sont organisés rend très facile d’adopter ce comportement et de violenter les autres pour les forcer à rentrer dans un moule. C’est ainsi que j’ai vu la plupart des hommes qui m’ont intéressée dans ma vie être en couple avec des jeunes femmes effacées, cutes, dociles, et… pas trop confrontantes surtout… il ne faudrait surtout pas les amener à se poser des questions sur eux-mêmes, leur façon d’être en relation ou les idées préconçues qu’ils portent en eux… Ça fait beaucoup trop peur, les questions… 

Le premier homme que j’ai fréquenté après lui était un homme qui a essayé de me faire croire que je ne pouvais pas imposer les effets secondaires des violences que j’avais vécues aux autres (chose que je n’ai jamais essayé de faire… j’ai au contraire pendant longtemps minimisé ces effets pour rendre les autres confortables…) et que je devais arrêter sur le champ d’avoir ces effets secondaires pour lui… Ça donne une idée du haut niveau de connaissance en psychologie qu’il avait… alors qu’au fond, lui, voulait me faire la même chose que l’autre. Il voulait que je lui donne tout quand il voulait comme il voulait et que bien sûr, nous ne soyons pas officiellement en relation et que je n’aie aucun droit de demander ni d’attendre quoi que ce soit pour lui. Je devais être un genre de plat pour emporter finalement. Ne pas exister, n’avoir aucun besoin. Être effacée, voire morte, au fond, mais pas tout à fait parce que je devrais rester « au service de ».   

            Une autre chose qui ne joue pas en ma faveur non plus est que je ne comprends pas bien les codes sociaux sur le plan amoureux. J’ai de la difficulté à savoir si une personne est intéressée par moi ou pas. Si une personne m’apprécie ou pas. C’est en partie à cause de mon fonctionnement neurologique différent et en partie à cause des messages contradictoires que j’ai reçus de la part des hommes dans ma vie. J’ai peut-être blessé plusieurs personnes comme ça sans le savoir. J’en suis désolée si c’est le cas. Il faudrait être un peu plus clair, un peu plus explicite. Je suis dure de la feuille pour les démonstrations d’intérêt. J’ai été aussi beaucoup humiliée par des hommes qui adoptaient des comportements de séduction « juste pour voir s’ils étaient capables » alors qu’ils n’avaient aucune intention de poursuivre la relation ni d’essayer de me connaître le moindrement. Donc je me méfie un peu quand je vois ce qui ressemble à de l’intérêt. J’ai mes peurs qui proviennent de mauvaises expériences aussi. 

            Je continuerai plus tard sur ce sujet. J’ai beaucoup de choses à dire, mais je dois y mettre encore de l’ordre. Je modifierai cependant le constat auquel j’étais arrivée plus tôt dans l’année, comme quoi je ne veux pas de relation. C’est faux. Bien sûr que j’aimerais être en relation dans ma vie. C’est bien agréable partager des choses, échanger, être là pour quelqu’un, être vu et… Ce que je veux, c’est ne plus revivre les horreurs que j’ai vécues dans le passé, mais je trouve qu’elles sont rares, les personnes qui ont une réelle réflexion sur ce que les relations peuvent être et sur la rencontre réelle de l’autre. 

Disons simplement que la porte n’est pas complètement fermée, mais que je ne chercherai pas activement. Il faut plutôt surtout que je m’occupe de moi et de ma santé d’abord. Si je rencontre un homme qui est vraiment intéressé à me connaître et me comprendre (ce que je ferai en retour), j’essaierai, mais sinon tant pis. Ma vie n’est pas vide ni triste comme célibataire. 

J’écrirai probablement un autre billet sur mon tatouage aujourd’hui avant de me lancer dans un sprint de correction et de production de sculpture qui me fera disparaître un temps. 

À plus! 

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