Les implicites (partie 1)

            Il y a quelques jours, j’ai terminé la lecture d’un livre de Christel Petitcollin, qui est souvent une de mes autrices préférées en ce qui a trait aux livres portant sur ceux qu’elle nomme les « surefficients » puisque comme moi, elle trouve le mot « surdoué » trop biaisé et réducteur parce qu’il met trop l’accent sur le quotient intellectuel et laisse de côté les autres dimensions des particularités de la personne dite surdouée et des difficultés qu’elle peut rencontrer dans la vie, ainsi que des qualités propres à ces personnes qui n’ont rien à voir avec une intelligence telle que décrite par les tests de QI, conception qui est très réductrice et intimement liée au monde académique. Le livre s’appelle « J’ai pas les codes! ». Il porte sur les implicites et les codes sociaux que les personnes neuro atypiques peuvent avoir de la difficulté à saisir. 

            J’ai aimé ce livre, mais en même temps il pose plusieurs problèmes. Il m’a semblé, dans deux des derniers livres portant sur la douance que j’ai lus, qu’il y a une certaine forme de « vague d’abandon » des personnes neuro atypiques par une injonction qui leur est faite de se soumettre à la norme, à la majorité, afin d’avoir une existence plus heureuse. C’est un problème pour moi dans la mesure où ces livres d’un côté nous disent d’être nous-mêmes dans notre différence, mais en même temps nous disent de nous cacher pour ne plus vivre de violence. Ils soulèvent aussi le problème du faux soi qui est souvent présent chez les personnes surdouées qui ont été forcées de s’adapter et de cacher qui elles étaient vraiment, comme c’est par exemple mon cas à cause du milieu où j’ai grandi. Mon psy a dit qu’il me trouverait des livres plus porteurs pour le futur, mais j’ai quand même envie de parler de certains points que j’ai trouvés intéressants dans ce livre. Il risque d’y avoir plusieurs billets. 

            Une des parties qui m’a intéressée parce qu’elle me rejoint beaucoup, c’est que souvent les personnes neuro atypiques n’ont pas la même vision des relations, particulièrement des relations amoureuses, que les personnes neuro typiques. Bien sûr, les choses ne sont pas aussi tranchées. Il y a des personnes neuro atypiques qui cherchent à s’approcher de la norme et il y a des personnes neuro typiques qui vont plutôt s’en éloigner. La séparation entre les deux est faite ici afin de penser une situation. Elle n’implique pas que les choses sont noires ou blanches dans la réalité. Il est important pour moi de préciser cela afin que mes propos ne soient pas confondus avec une critique acerbe et violente des personnes neuro typiques. Je veux plutôt mettre en lumière certaines des difficultés qu’on peut rencontrer entre les différents types de fonctionnements et de conceptions du monde, parce que oui, ça peut aller jusque-là.

J’ai souvent l’impression de vivre dans un monde qui n’est pas conçu pour moi. En discutant avec mon psy, il allait dans le même sens que moi, c’est-à-dire que nous ne pensons pas que c’est absolument aux personnes neuro atypiques de s’adapter en toutes circonstances puisque ce n’est pas parce que le groupe a fait un choix commun que ce choix est nécessairement le choix idéal. Bien souvent, les normes proviennent plus de la peur ou de questions d’ego et… que d’une réelle réflexion au sujet de comment les choses pourraient être plus saines pour l’ensemble, le groupe. Des réflexions sur certains sujets sont amorcées, mais c’est encore trop lent, je trouve. Beaucoup trop lent. Je noterai aussi au passage que c’est encore moi qui ai fait l’effort d’aller lire ce livre afin d’améliorer mes relations avec les autres et non les autres (qui me reprochent parfois de ne pas me remettre en question) qui ont fait l’effort d’aller vers moi pour comprendre à quoi cela peut ressembler, être neurodivergente… C’est beau la projection, hein?

            Donc il y avait dans le livre une forme d’opposition entre les relations amoureuses des typiques et celles des atypiques. Si votre couple n’est pas comme ça, il ne sert à rien de m’écrire pour me dire que votre couple n’est pas comme celui décrit pour les typiques. Je vous répondrai seulement que je suis heureuse pour vous que cela ne soit pas comme ça. C’est un grand bien pour vous. Cette opposition disait que les neuro typiques ont tendance à voir le couple comme une sorte de destination où on accepte l’autre comme il est et où, une fois le couple établi, les choses ne doivent pas changer. Le couple neuro atypique est plutôt fondé sur l’idée de rencontre, de travail sur soi et de cheminement ensemble tout en valorisant l’épanouissement de chacun. Je me situe effectivement plutôt dans la deuxième conception, mais cette conception est infiniment impopulaire et explique en partie mes difficultés relationnelles. 

            Le modèle plus typique est pour moi malsain, même si j’en comprends l’idée. Je pense qu’il est en partie basé sur la peur, sur une remise de ses propres responsabilités sur l’autre, par exemple le fait de vouloir que l’autre nous fasse sentir en sécurité dans notre couple en étant dans une forme de relation fusionnelle où l’autre est toujours là, collé à nous, au point qu’il faut pratiquement (ou littéralement) lui demander la permission pour faire une activité sans lui. Je ne parle pas des couples avec enfants puisque dans ce cas, il est bien normal de consulter l’autre pour ne pas que les enfants se retrouvent seuls à la maison parce que personne ne s’est parlé… Dans ce cas c’est bien normal de se consulter. Je parle de situation comme la fois où je me suis retrouvée seule pendant une heure à attendre une amie au restaurant parce que sa copine dormait et qu’il fallait qu’elle attende qu’elle se réveille afin de lui demander la permission de venir déjeuner avec moi. Quand j’ai exprimé mon mécontentement devant cette situation, elle m’a dit que c’était normal dans un couple. Pour moi ça n’a rien de normal. Il n’y a rien de normal dans le fait de devoir demander à son conjoint la permission ainsi de faire une activité avec son amie. Ma vie et l’importance de mon temps n’avaient absolument pas été considérés dans ce moment. 

            Quand je parle de besoin de sécurité, je parle d’un besoin excessif. C’est normal de ne pas se sentir en sécurité dans son couple si l’autre nous met sans cesse « en danger » en faisant des allusions étranges au charme de certaines personnes, nous menace de nous quitter si on ne ressemble pas à ceci ou cela ou… ce n’est pas ce dont je parle. Je parle des conjoints qui se sentent en danger ou en manque terrible si vous passez quelques heures sans eux, si vous vous amusez sans eux, si vous avez un projet personnel qui ne les implique pas totalement et… Je sais que ça vient de la peur d’être seul ou de se faire abandonner, mais ça c’est un travail qu’on doit faire sur soi pour ne pas tyranniser l’autre. Pas quelque chose de sain et de normal… et pourtant c’est tellement commun que ça m’effraie. Je ne suis pas non plus en train de parler des personnes poly amoureuses. Ces relations ont leurs règles et je n’ai rien contre elles. Ça ne me semble pas un bon type de relation pour moi pour diverses raisons que j’expliquerai à un autre moment et qui n’ont rien à voir avec le fait que j’épouserais le moule du couple hétérosexuel traditionnel. Ce n’est pas du tout le cas, ce qui ne veut pas dire non plus que j’ai envie d’un couple ouvert, chose qu’on me répond à chaque fois que j’évoque la possibilité de vivre une relation différente. J’en parlerai plus tard, de ce que j’entends par relation différente.  

            Je trouve vraiment très triste l’existence de cette conception du couple qui me semble très réductrice et pas assez questionnée. Parce que c’est souvent ce qu’il se passe avec les codes sociaux non questionnés. Les personnes neuro typiques tendent à les prendre pour des lois et vous trouvent bizarre de ne pas vous y conformer. Ces codes sont souvent inconscients, ce pourquoi ils ne sont pas questionnés et souvent perçus comme la « normalité » alors qu’ils ne sont en fait que des constructions sociales qui sont souvent très malsaines. 

            J’ai récemment rencontré un homme qui m’a semblé intéressant et différent de ces codes sociaux justement. Différent d’une façon plus proche de ma différence, mais je vais m’éloigner parce que j’ai appris par la suite qu’il est en couple et que je ne me mêle pas des relations des autres. Ça me fait vivre de la tristesse, mais en même temps cela me dit que je suis encore capable d’éprouver de la curiosité pour des hommes malgré tout ce qui m’est arrivé, ce qui est une bonne nouvelle, j’imagine. La souffrance liée à l’accumulation de déceptions et d’histoires malheureuses est quand même là, bien présente.

            Je continuerai bientôt. Je dois retourner corriger. Je dois aussi en parler avec mon thérapeute afin d’affiner ma réflexion et l’expression de celle-ci parce que je suis souvent mal comprise quand j’en parle. Je trouve qu’il y a un énorme manque de responsabilisation et d’imagination dans la façon de vivre les relations et ça me fait souffrir beaucoup. J’y reviendrai. 

J’ai choisi une partie de ce triptyque que j’ai fait il y a quelques années pour illustrer le texte parce qu’il me rappelle combien je me sens seule et enfermée au sein de la société.

            Bonne journée de tempête et bon début de semaine!      

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