Deuxième bilan de fin d’année

            J’aurais aimé réellement écrire cette partie du bilan, positive cette fois, à la fin de l’année, mais j’étais sincèrement épuisée, carrément vidée par tout ce que j’ai dû traverser et faire durant l’année. Je commence à peine à me sentir mieux et à avoir un peu plus d’énergie. Je veux donc parler un peu plus des bonnes choses qui sont arrivées cette année et de celles dont je suis fière. Je sais qu’inévitablement des personnes mesquines, assassines de joie, se feront un plaisir de minimiser ce que j’ai fait et de prétendre que je me vante au lieu de simplement m’accorder le droit, qui me revient comme à tous les êtres humains, d’être parfois fière de moi et des choses que je fais bien. Ces personnes sont épuisantes et devraient travailler à trouver et concrétiser des projets dont elles sont fières au lieu de chercher à détruire les réalisations des autres. Ça les rendrait plus heureuses à la longue et elles cesseraient de nous emmerder et de nous nuire inutilement. 

            Cette année, pour la 3e fois depuis que j’ai commencé à enseigner, une étudiante m’a dit que mon cours lui avait sauvé la vie. J’en suis très fière oui. Ce n’est pas pour cela que je choisis d’enseigner les sujets que j’enseigne, mais cela en est parfois une des conséquences. J’enseigne les sujets sensibles et difficiles parce que j’aurais aimé, quand j’avais leur âge, que des professeurs abordent directement ces sujets en classe. Je me serais sentie moins seule et j’aurais évité plusieurs erreurs. Je le fais parce que bien que j’espère qu’ils n’auront jamais besoin des connaissances que je leur transmets, elles seront en eux si un jour eux ou leurs amis en ont besoin. Je le fais de façon sensible, réfléchie et travaillée. Je suis d’ailleurs aussi très fière de m’être fait dire, cette année, dans le cadre d’une entrevue pour un projet de recherches sur l’enseignement des sujets sensibles, que mes pratiques d’enseignement sont vraiment en avance sur ce qui est fait par d’autres et que je fais des choses qui commencent à seulement être envisagées maintenant comme de bons moyens d’enseigner ces sujets, depuis plus d’une décennie. Je ne suis pas quelqu’un qui s’attend à une reconnaissance publique de ce que je fais. Cette reconnaissance-là, faite dans l’intimité, elle m’a été précieuse, tout comme le sont les témoignages intimes que je reçois parfois du bien que mon blogue et mes bandes dessinées font à plusieurs personnes. Comme l’ont été aussi les mots de la jeune femme qui est venue me parler de l’époque où elle s’automutilait et de pourquoi cela lui rendait difficile la lecture du livre à l’étude. Je lui ai donné du temps pour réfléchir à savoir si elle voulait continuer à travailler sur le livre ou si elle préférait que je lui en donne un autre. Elle est revenue quelques jours plus tard en me disant qu’elle ne s’était jamais sentie autant accueillie ni respectée dans ce qu’elle avait vécu et qu’elle choisissait d’affronter ses peurs et de continuer à travailler sur le livre. J’aurais respecté le choix inverse aussi, mais j’étais fière de son courage et de sa persévérance. Elle était aussi vraiment heureuse de l’avoir fait à la fin du cours. J’ai bien sûr conseillé à ces étudiantes, ainsi qu’à celle qui craignait d’aller en thérapie et pour qui j’ai démystifié le déroulement d’une séance de thérapie, d’aller au service de psychologie du collège sans leur faire part de mes croyances personnelles au sujet de ce qu’elles vivaient comme il est recommandé de le faire au collège où j’enseigne. Je suis tout à fait consciente des limites de mon rôle d’enseignante et de là où s’arrêtent réellement mes compétences. J’ai vérifié avec deux psy du collège et oui, je fais tout correctement.

            Dans le même ordre d’idées, j’ai reçu beaucoup de remerciements par rapport au fait d’avoir osé aborder ces sujets en classe et particulièrement d’avoir mis au programme le roman Borderline de Marie-Sissi Labrèche. Plusieurs étudiants ont mentionné, lors de la table ronde finale, que les explications données en classe et la lecture du roman leur ont permis de mieux comprendre des personnes qu’ils connaissent qui souffrent malheureusement de ce trouble. Je me suis aussi fait dire que je suis vraiment courageuse et que je suis la seule de leurs professeurs qui a eu la force de donner des explications claires et respectueuses entourant un incident lié au mot en « n » en classe par un autre professeur du collège. Je peux comprendre la peur, mais il me semble absurde que personne n’ait osé leur en parler à part moi. Je ne pense pas que c’est une attitude respectueuse ni prudente envers les étudiants que de les laisser à eux-mêmes quand des incidents graves et lourds se produisent dans l’établissement où ils étudient. Je n’ai pas parlé de l’incident en lui-même parce que je n’y ai pas assisté et que je ne peux donc pas me prononcer sur les comportements des personnes impliquées, mais j’ai parlé des divers traumatismes historiques dont nous héritons en venant au monde et auxquels nous devons nous confronter maintenant encore au sein de notre société. J’ai parlé aussi des différentes tentatives de guérison qui ont été tentées dans le passé et de ma position face à ce mot. Je leur ai aussi demandé de me le dire si jamais un jour il m’arrivait, par inadvertance, de dire quelque chose dont ils trouvaient que ça ne respectait pas leur réalité personnelle ou celle des communautés et cultures auxquelles ils s’identifient. J’ai appris combien c’est rare, une professeure qui fait cela et combien cela leur a fait du bien de m’entendre, alors que pour moi, l’humilité de reconnaître que je ne sais pas tout et que je peux avoir hérité de présupposés et préjugés dont je ne suis pas encore arrivée à me défaire malgré ma bonne volonté est la base de mon enseignement, ce qui implique de faire énormément de recherches sur les sujets que j’aborde pour ne surtout pas me poser comme la blanche qui sait tout et veut sauver tout le monde parce qu’elle sait mieux qu’eux ce qu’ils vivent et ce qu’ils doivent faire. Je sais qu’il y a beaucoup d’ego impliqué dans la fausse position de maîtrise de tout que plusieurs professeurs adoptent… mais je pense sincèrement que cela doit être révisé parce que cela détruit plus que cela n’ouvre la possibilité de faire avancer le savoir. 

            Donc, malgré le fait que j’ai trouvé les conditions d’enseignement extrêmement difficiles durant la pandémie, surtout celles en présentiel, puisque je m’en suis très bien tiré sur le plan de l’enseignement à distance pour lequel j’ai reçu aussi beaucoup de remerciements et de félicitations de la part des étudiants, je suis arrivée à faire quelque chose dont je suis vraiment fière au travail et à faire ce qui est pour moi ma tâche d’enseignement. Bientôt, une fois que j’aurai fini de raconter les parties heureuses de mon année, j’aborderai l’imbécile mythe voulant qu’il soit facile d’enseigner la littérature. 

            Bonne journée et à bientôt!    

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