En thérapie (Partie 3)

Je suis née dans une famille où personne d’autre que mon père n’avait vraiment le droit de parole la plupart du temps. Ce n’était pas qu’une question d’époque. Mon père a un type de personnalité qui fait qu’il est incapable de se remettre en question. Il est trop fragile ou refuse de le faire parce qu’il a peur. Parfois, les mensonges qu’il se raconte à lui-même l’empêchent de vraiment prendre conscience et/ou de reconnaitre le mal qu’il fait aux autres. Il reste responsable de tout ce qu’il choisit de faire puisque nous (la famille) et d’autres personnes lui avons mentionné à plusieurs reprises. Il choisit de croire que nous sommes le problème. Il y a malheureusement beaucoup de personnes comme cela dans le monde. Il y en a même énormément. Certaines des personnes dont j’ai parlé ces dernières années sont comme ça. Je n’ai plus de patience pour les personnes qui se comportent de cette façon et pensent qu’elles peuvent blesser les autres sans que qui que ce soit ait le droit de s’opposer ou de leur dire le mal qu’elles leur ont fait. Malgré ce qu’on a essayé de me faire croire encore cette année, il n’y a rien de toxique ni de déplacé ni de mal à dire à une personne qu’elle nous a blessée ou qu’elle a commis une erreur. 

Je n’ai pas toujours été capable de dire ces choses pour différentes raisons que j’expliquerai dans ce billet et le suivant. Je n’ai même pas toujours été capable de parler tout court. Enfant, j’étais extrêmement réservée. Avant je disais timide, mais il est apparu depuis que ce n’était pas nécessairement de la timidité. C’était peut-être en grande partie l’effet des violences que je vivais. Quand depuis votre naissance vous voyez les adultes supposés prendre soin de vous lancer des choses dans les murs, vous menacer de se suicider ou de vous abandonner, de vous renier, de mourir de chagrin, que vous les voyez vous punir, vous bouder, vous dénigrer et… dès que vous ou quelqu’un d’autre s’oppose à ce qu’ils pensent, disent ou même n’ont simplement pas les mêmes goûts qu’eux, ça peut devenir difficile de parler. Ça peut même sembler une question de vie ou de mort de se taire. Le prix à payer pour la parole est trop élevé. 

S’ajoutait à ces violences ma différence neurologique alors non détectée parce qu’on ne savait pas grand-chose de la douance dans les années 80. Les recherches étaient commencées, mais on était bien loin de s’intéresser aux difficultés que peuvent vivre les surdoués dans leur vie quotidienne. Le cliché voulant qu’à cause de leur intelligence, les surdoués n’aient jamais de problème et que tout soit facile pour eux était encore bien vivant. Il l’est encore aujourd’hui d’ailleurs et c’est très malheureux. Les recherches s’intéressant aux versants plus difficiles de la douance, par exemple les problèmes que cela peut poser dans le système académique classique et dans les relations sociales ne se sont réellement intensifiées qu’autour de 2008-2009 environ… J’ai seulement su que je suis surdouée à l’âge de 30 ans. J’ai donc dû vivre ces difficultés sans que quiconque puisse en identifier la cause pendant tout ce temps et en étant convaincue que c’était moi le problème. J’ai passé en réalité plus de 30 ans de ma vie à penser que c’était moi le problème, à croire que j’étais complètement stupide et à me détester…     

Une des choses caractérisant la douance est le fait qu’il existe généralement un écart important entre la vitesse de fonctionnement du cerveau et la capacité motrice et langagière d’exprimer la pensée. On apprend avec le temps et certains exercices à mieux maîtriser et ordonner sa pensée, mais les enfants surdoués ont souvent de la difficulté à exprimer ce qu’ils voudraient parce qu’ils sont sans arrêt bombardés d’informations, à la fois par leur intelligence et leur hypersensibilité, hypersensibilité qui est aussi caractéristiques des surdoués. Tous les surdoués ne sont cependant pas aussi hypersensibles ni sensibles aux mêmes choses. Tous les hypersensibles ne sont pas non plus surdoués. Mon frère (qui est aussi surdoué et l’a appris bien plus tard que moi) est par exemple très sensible aux textures, de celles des tissus à celles des aliments dans sa bouche. Je suis très sensible aux sons, mais moins aux textures mêmes si j’y suis sensible aussi, bien que moins que mon frère. Les surdoués ont donc souvent, dans leur jeune âge, de la difficulté à s’exprimer oralement. Plusieurs éprouvent aussi souvent des difficultés à écrire à la main. Dépendamment du contexte dans lequel on a été élevé, par exemple si nos parents nous ont poussé à faire des activités qui pouvaient donner plus ou moins de conscience corporelle, on aura plus ou moins de facilité à réduire cet écart entre ce qui veut être dit ou écrit et ce qui l’est réellement, ce qui engendre parfois des troubles scolaires (plusieurs surdoués non détectés sont en situation d’échec scolaire malgré leur intelligence). Plusieurs aussi sont gauches physiquement. Plusieurs sont intimidés pour plusieurs raisons. 

Parmi ces raisons, le fait que pour le surdoué parfois le traitement de l’information est plus rapide que ce dont il a conscience et qu’il ne sait pas toujours toutes les opérations de pensées ni les étapes l’ayant mené à une bonne réponse domine assez souvent et peut conduire l’enfant à être même ridiculisé publiquement par ses professeurs (les professeurs ne sont pas tous bienveillants et n’ont pas tous un bon jugement, non, malgré ce qu’ils se racontent souvent). Ça m’est arrivé. Je ne suis pas la seule. Je ne suis plus capable de compter le nombre de cas de cet ordre que j’ai lus dans les livres sur la douance. C’est vraiment caractéristique. Dans les faits, il suffit généralement d’un peu de patience et de questions pour que le surdoué, enfant ou adulte, puisse retracer les étapes qui l’ont amené à une réponse et/ou une conclusion juste. Ce n’est pas de la magie. C’est un fonctionnement différent. Le raisonnement n’emprunte pas les chemins traditionnels, mais dans un monde où la conformité et la simplification règnent encore trop souvent aujourd’hui malheureusement, c’est souvent perçu de façon superficielle et négative. 

Il y a donc ces facteurs-là qui sont à la base de mon rapport au langage qui a été tortueux. J’étais intimidée à la maison et à l’école, par les professeurs, mais aussi par les enfants qui me trouvaient bizarre. C’est en partie pour ça que j’ai commencé à lire autant. J’ai commencé à lire pour ne pas faire de bruit, pour ne pas être punie, pour avoir le droit d’exister et d’être moi, au moins seule dans mon coin dans ma tête. J’avais cette minuscule liberté qui m’a permis de survivre.

La suite bientôt…

Bonne semaine!   

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