Sur la route

            J’ai fini par décider de sortir de la ville. Je n’avais pas quitté Montréal depuis le début de la pandémie, sauf pour aller chercher le chiot, un après-midi. Je ne me sentais pas bien avec l’idée de voyager. Au début, nous ne savions pas tant sur le virus et il était mentionné que nous pouvions l’avoir tout en étant asymptomatique et je détestais l’idée de le transmettre à quelqu’un sans le savoir, de le transmettre tout court en fait. C’est pour cela que j’ai vécu comme un ermite depuis le début de la pandémie. Je n’ai presque vu personne, sauf mes voisins et quelques amis. J’ai beaucoup entendu que « ça valait le risque de voyager » de la bouche de plusieurs personnes. Je comprends qu’on puisse accepter de prendre le risque pour soi, mais ce qui m’a à chaque fois semblé absent du discours des gens, ce sont les risques pour les autres. Il y a eu beaucoup d’inconscience de la part de plusieurs personnes, comme si cette possibilité de l’avoir sans le savoir n’existait pas. Parlez-en à tous les villages qui ont été contaminés un peu partout au début de la pandémie pour voir si les habitants, eux, étaient heureux que les touristes aient pensé que « ça valait le risque »… 

            Maintenant, j’ai jugé que j’avais fait plus que ma part afin de ne pas risquer de contaminer les autres. J’ai décidé que j’avais besoin d’un peu d’air aussi, après tout ce qu’il m’est arrivé cette année. J’ai aussi décidé que le chiot devait s’habituer à voyager plus tôt que ça avait été le cas pour mon chien précédent. Nous irons dans la forêt pour Noël, puisque je ne fête jamais Noël depuis l’horrible année (Voir le billet « L’affreux Noël »). Je n’aimais déjà pas ça avant… Nous sommes donc partis sur la route des cantons parce que c’est magnifique l’automne. Parce que je n’étais jamais venue dans ce village. Parce que je ne voulais pas aller trop loin puisque je ne savais pas comment le chiot réagirait à la route. Ça s’est bien passé. Il a eu peur un peu, je pense, mais maintenant il est comme un petit prince qui se faire dorer près du faux foyer. Ça chauffe pour vrai, c’est ça l’important. 

            Même si j’ai choisi un endroit qui ne coûte pas très cher, la luxuriance de la nature, l’immensité du lac Massawippi, les délices du terroir, les bières de microbrasseries et le calme me font me sentir dans un luxe infini. Ça ne me prend pas grand-chose pour être heureuse. Ça me le confirme. Je me sens calme. Je me sens rassurée. Je ne m’étais pas sentie comme cela depuis des mois. Je vais continuer les autres billets, mais j’avais besoin de respirer un peu et de faire de la route. Ça m’aide toujours beaucoup à réfléchir. Il a plu incroyablement. J’ai quand même marché pour faire le repérage des photos que je prendrai quand le ciel s’éclaircira un peu. C’est un automne incroyable et magnifique. Les maisons font rêver. Je lis un roman policier qui se passe ici. Je suis un peu en vacances. J’aurai ensuite beaucoup de travail jusqu’à la fin de la session. 

            Je pense que je peux affirmer que je vais mieux. Il m’arrive encore d’avoir des moments de grande tristesse et de grande colère. Un très fort sentiment d’injustice aussi, parce que je sais que je n’ai absolument rien fait pour que ces personnes me traitent de ces façons. J’expliquerai pourquoi j’en suis certaine dans la suite des billets sur la thérapie. Je prends cependant la responsabilité de ne pas avoir été assez attentive au fil du temps à qui était dans ma vie. Je l’ai déjà dit : parce que je me suis longtemps détestée, j’ai pris les miettes qu’on me donnait. Ce ne sont pas tant les choses qui m’ont été faites et dites qui me blessent dans ces histoires. Je sais que pour la grande majorité elles sont fausses et parfois complètement incompréhensibles (si on pense à moi, mais je sais que souvent ces choses viennent de choses que les autres ne veulent pas s’avouer… et non de moi. J’aimerais que tout le monde soit en thérapie. Ça m’aiderait beaucoup. Voilà pour mon moment d’égocentrisme.). Ce qui m’a blessée, c’est en fait de découvrir que ces personnes faisaient semblant de m’aimer et s’inventaient des horreurs à mon sujet dans leur tête. Mes parents étaient comme ça aussi. Pour moi c’est un vrai film d’horreur et maintenant j’ai peur que tout le monde soit comme ça. Hypocrite. Mesquin. Judgemental. Je ne comprends pas comment on peut être comme ça. Je ne pense jamais de mal de mes amis avant qu’ils m’aient manqué sérieusement de respect ou qu’ils m’aient blessée sévèrement. Je les quitterais comme amis si je pensais des horreurs sur eux. C’est donc pour moi insensé que ces personnes aient pensé autant de mal de moi et qu’elles m’aient gardé dans leur vie. C’est complètement con. Les gens ont-ils si peur d’être seuls? Est-ce qu’ils pensent que c’est normal de penser du mal des autres? J’essaie de juger des comportements précis, pas la personne entière. Ça ne semble pas répandu. J’aimerais que les gens posent plus de questions. Je ne parle pas toujours des choses qui me semblent évidentes. Je n’aurais pas pu imaginer qu’une personne qui sait que je suis en thérapie depuis 15 ans aurait pu même être effleurée par l’idée que ce soit possible que je ne me remette pas en question… Jamais je n’aurais pu croire que quelqu’un ait cette idée à mon sujet. Jamais. J’ai trouvé des pistes de ce qui peut expliquer ce genre d’idée, mais ce n’est pas parce que ce serait réel que je ne me remets pas en question. Pas du tout. 

            Ça m’a surprise aussi qu’on sache si peu de moi alors qu’on me dit souvent que je parle beaucoup. Je parle effectivement beaucoup, mais les autres n’ont pas l’air d’écouter ni de s’intéresser à ce que je dis. Sinon ils ne seraient pas complètement ignorants de ce que je fais et de qui je suis. C’est troublant. Je vais devoir parler plus de certaines choses et moins d’autres… Je vais devoir vérifier plus souvent ce que l’autre pense de moi et que nous sommes ok. Je ne veux plus jamais revivre ce que j’ai vécu cette année. Je ferai tout mon possible pour que ça n’arrive pas. Je ferai tout ce qui est en mon contrôle. En même temps, je ne m’en veux pas trop. Je sais combien j’ai été mal en point durant les dernières années. Ça me fait peur et ça me fait mal quand j’y repense. Je me sens mieux et plus lucide. C’est mon passé et je le garde, mais, comme dit souvent mon psy : Je n’ai pas à me laisser arrêter ni décourager par les limites et le manque d’imagination des autres. Ni par leur absence de capacité d’aimer et d’être là pour l’autre. C’est moi, maintenant, l’important. Les autres devront prouver leur valeur. Je ne leur accorderai plus trop de qualités dès le départ comme je l’ai trop souvent fait. 

            Ici, proche du lac, entre les arbres, dans la beauté parfaite de l’automne, tout cela me semble plus clair et me semble plus lointain. Ça a moins d’importance aussi. J’ai une seule vie et ces personnes ne méritaient pas d’en faire partie. Je dresse la liste de mes projets, la liste de ce qu’il me faut faire pour aller mieux, la liste de ce que je veux. Et je rêve, surtout. Je rêve vraiment beaucoup à tous les possibles.  

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