Guérir malgré les autres (partie 1)

J’ai parlé un peu, dans le premier billet sur ce sujet, de comment j’avais toujours peur enfant. J’ai eu peur tous les jours de ma vie jusqu’à aujourd’hui. J’ai encore peur un peu, mais disons que l’absurdité des derniers mois me fait commencer à vraiment relativiser les choses. Ma peur ne m’a jamais empêchée de faire quoi que ce soit que j’avais envie de faire. D’autres choses m’en ont parfois empêchée cependant, mais je règle ça en thérapie en ce moment. Je travaille fort. J’ai analysé toutes ces histoires avec mon thérapeute et non, sa conclusion n’est pas que je serais une atroce personne qui a été méchante avec toutes ces pauvres personnes. Non. Absolument pas. On entend parfois la vieille phrase qui dit que puisque la chose qu’ont en commun toutes les personnes avec qui vous avez des problèmes est vous, ce doit être vous le problème… C’est une conclusion tentante, parfois. 

C’est celle à laquelle j’arrivais au début de ma thérapie. Je pensais que le problème était moi et que je devais vraiment être une horrible personne pour avoir de si mauvaises relations et que je devais mériter tout ce qu’il m’arrivait. Ce n’est pas le cas. Le problème avec cette phrase facile, comme avec à peu près toutes les phrases qu’on réutilise sans réfléchir, par exemple celles de Boileau, c’est qu’elles sont souvent fausses en bonne partie parce qu’elles ne couvrent pas tous les cas de figures et les personnes qui les citent ont oublié de se positionner autrement pour réfléchir à la question autrement par le fait même. Ce que les personnes avec qui j’ai eu des problèmes ces derniers mois ont réellement en commun, c’est ce qu’elles me font. Elles me font la même chose. Et je réagi durement avec chacune d’entre elles, puisque je sais que ce qu’elles me disent n’est pas honnête. Ce qu’elles ont en commun, ces personnes, c’est qu’elles m’ont fait quelque chose de très blessant et, quand je me suis opposée à cette chose très blessante et que je l’ai dénoncée durement, elles ont essayé de me faire croire que c’était moi la méchante et que le problème était ma réaction… ou encore, pour aller encore plus loin dans l’hypocrisie, mais ça revient au même, elles ont prétendu n’avoir rien fait de blessant, ce qui est objectivement faux dans tous les cas. 

Malheureusement pour elles, qui essaient de me faire croire que je suis la seule personne qui réagit comme ça dans leur vie, je ne suis pas dupe. Je connais très bien les êtres humains. Ils agissent toujours de la même façon face aux mêmes situations. Juste comme je réagis durement et fermement de la même façon à chaque fois qu’une personne me maltraite et me prend pour une conne, les personnes qui m’ont blessée ont le comportement (réellement toxique, celui-là) d’essayer de faire croire aux autres qu’elles n’ont rien fait à chaque fois qu’elles sont en faute. Pour toute personne qui n’a pas vraiment de connaissances sur la nature humaine et la psychologie, et encore moins sur la violence, les êtres humains sont, semble-t-il, aléatoires dans leurs conduites et rien ne veut jamais rien dire et une personne peut être une très bonne personne même si elle a agressé 15 femmes. J’ai entendu ça en 2020 : « Oui, bon, c’est plate, mais il est vraiment drôle aussi ». Émoticon de bouche par terre d’étonnement découragé.

Ce n’est pas vrai… Ce n’est pas du cas par cas… Oui, nous sommes tous différents, mais au sein de ces différences, il existe des tendances psychologiques, des schémas que les gens vont répéter parfois jusqu’à leur mort. J’ai changé beaucoup, durant les 15 dernières années. La chose qui m’apparaît la plus claire de ces changements, c’est que ça prend du temps. Non, une personne ne sera pas différente du jour au lendemain. Une personne qui ment, manipule, fuit et se moque des autres risque fort d’être comme cela toute sa vie si elle ne fait pas des efforts réels pour changer. Elle rendra alors tout le monde autour d’elle malheureuse. Est-ce que c’est possible que des personnes choisissent de l’endurer quand même? Malheureusement oui. Ça ne veut pas dire que les personnes qui ont eu une mauvaise expérience avec cette personne mentaient ou avaient tort. Ça veut seulement dire qu’elle a trouvé quelqu’un qui s’écrase assez pour l’endurer. Ça veut dire aussi que la personne qui a refusé d’endurer sera diabolisée par plusieurs au lieu que sa force soit célébrée. C’est incroyablement triste.  

L’autre chose dont mon psy a dit qu’elle pouvait expliquer que ces situations m’arrivent souvent est que je conteste plus. Je pense que ce qu’on prend parfois pour une fermeture de ma part est en fait une très grande expérience des comportements malsains des autres qui fait que je résiste plus fermement (parfois jusqu’à devenir agressive, oui) aux tentatives de manipulation que la plupart des gens. Je suis aussi pas mal affirmée parce que ça fait 15 ans que je suis en analyse et que j’apprends qui je suis. Je ne vais pas me laisser dire qui je suis par qui que ce soit, surtout pas par des personnes qui ne m’ont même parfois jamais rencontrée. Quand j’étais plus jeune, j’étais très poreuse au jugement des autres. Je croyais tout ce qu’on me disait sur moi, en bien ou en mal. J’étais très très facile à manipuler. Je ne suis plus comme ça. J’ai beaucoup gagné en maturité, en lucidité, en connaissance de moi et des autres. Ça a rapporté, ce travail. Ça n’a pas tout réglé, mais je me sens beaucoup mieux que quand j’étais plus jeune. Je ne dirais pas que ça m’arrive « souvent » non plus. Plus souvent qu’à d’autres à cause de ces raisons et d’autres que j’exposerai avec le temps (et/ou que j’ai déjà mentionnées)… mais si on compare le nombre de fois où ça m’arrive avec le nombre de personnes à qui je parle, ça ne m’arrive pas très souvent, non. Durant les derniers mois on m’a dit d’une part que j’étais une horrible personne et d’autre part que j’étais une femme extraordinaire. La réalité se situe à quelque part au milieu… comme pour tous les êtres humains. En revanche, quand on me critique, j’examine la chose et j’essaie de voir si je peux changer cela ou pas et si c’est nécessaire… ce qui est plutôt rare, chez les êtres humains.   

            J’ai repensé à mon « ami », celui qui cite des philosophes et veut qu’on devine ce qu’il vit au lieu de communiquer. Je me remémore régulièrement tous les jugements simplistes, superficiels et faux que cette personne a posés sur ma vie et je ne comprends pas pourquoi je ne l’ai pas éloigné plus tôt. Ça, je suis responsable de ça. Je suis responsable d’une partie de la souffrance que je vis en ce moment. J’aurais dû ne pas accepter qu’il revienne dans ma vie. J’allais plutôt bien en fait avant qu’il le fasse. Il a un regard tellement bizarre sur ma vie. On dirait qu’il pense que parce que je n’aime pas les mêmes choses que lui, je suis malheureuse et sans ami et ma vie est horrible. C’est faux. J’aimais vraiment beaucoup ma vie ces deux dernières années, malgré la pandémie. J’étais heureuse de pouvoir avoir la vie que je voulais sans toujours me faire chialer après que je devrais être différente (comprendre ici « comme les autres qui me critiquent pour ne pas qu’ils aient à se poser des questions et ne pas se sentir remis en question par mes différences). Je préférerais pouvoir vivre comme ça et qu’il n’y ait aucun mort et aucun malade, c’est sûr. Je vais essayer de me le construire, mon espace pour vivre comme cela, mentalement et physiquement. Donc ça allait, je me sentais bien. J’étais heureuse de faire mes trucs, de créer, de faire du sport et… Je n’avais pas de problème particulier avec l’isolement. J’avais une tonne de projets et de rêves et donc de quoi m’occuper sainement. C’est ce que j’aime, lire, écrire, peindre, dessiner, écouter de la musique et des podcasts, regarder des films et des séries, jouer avec le chien et parler avec mes amis sans être obligée de faire une grosse activité… Alors non, je n’étais pas particulièrement mal durant la pandémie et je ne le suis toujours pas. Mais je reviendrai là-dessus dans un autre billet… 

            Puis, il est revenu dans ma vie et s’est mis à la critiquer et à la regarder avec dégoût et à me faire des reproches parce qu’on ne se voyait pas… comme je disais l’autre jour. Il se permet ça alors qu’il n’a aucun accès à ce qu’est réellement mon quotidien ni réellement qui je suis vu qu’il me parle seulement quelques heures par mois, moins de cinq. Il a un petit personnage de moi inventé dans sa tête, petit personnage qui n’existe pas du tout… C’est à ce petit personnage qu’il parle quand il me dit du mal de moi et de ma vie. Une fiction. Il se permet de me faire des reproches quand je ne peux pas le voir ou quand je n’ai pas envie de faire l’activité qu’il veut faire. Comme si j’aurais dû arrêter de vivre pendant qu’il était en couple. Rester en suspension dans le vide, sur pause. Je ne voulais pas le voir parce que je travaillais sur mes projets et sur ce qui est important pour moi et parce que j’ai des relations avec des personnes qui me respectent et ne passent pas leur temps à chier sur ma vie. 

A suivi aussi son obsession avec le fait que je devrais être en relation parce qu’il assume que je suis malheureuse de ne pas être en couple parce que lui est malheureux… et l’ordre implicite qui est partout dans la société et crissement pénible selon lequel nous devons être en couple absolument pour être heureux et sinon nous sommes des ratés. Il me sortait aussi souvent la phrase que si quelqu’un est seul après 35 ans, ça veut dire que la personne a un sérieux problème… ne se rendant apparemment pas compte que ça pouvait être blessant pour moi qu’il dise ça. J’ai des problèmes, oui, mais même s’ils viennent d’évènements très graves, je pense quand même que j’ai des problèmes moins difficiles à vivre que la plupart des gens que je rencontre. Je me contente toujours de peu en fait, même s’il m’arrive de me gâter, oui. Je ne suis pas atrocement malheureuse quand je ne le fais pas. Un chien, un abri, de quoi m’occuper, me nourrir… La vie et la santé, ça suffit. Le reste n’est que privilège et luxe pour moi… mais ça semble crissement bizarre pour les autres qui ont l’air d’avoir vraiment beaucoup de besoins.     

Je ne comprends pas vraiment ce qu’il pense cet « ami »… Est-ce qu’il croit vraiment que je reste seule dans le noir avec aucune activité psychique à attendre qu’il vienne m’éclairer de ses connaissances? Que je ne demande jamais leur avis à personne? Que je suis sans liens avec le monde de la pensée quand il n’est pas là? Que je n’ai pas réfléchi avant le moment où il vient pour essayer de m’apprendre à le faire? C’est complètement fou et terriblement condescendant. Si au moins il m’amenait un point de vue intéressant… Il pense m’apprendre que pour certaines personnes, ça vaut le coup de courir le risque d’être contaminé pour reprendre une vie plus normale… Je ne suis pas aveugle… J’ai bien vu qu’un nombre énorme de personnes assument ça… Le problème c’est qu’elles considèrent toujours seulement le risque pour elles… Quand j’ai manifesté mon point de vue selon lequel je ne pensais pas qu’un retour en classe aux études supérieures était justifié ni nécessaire à ce stade de la pandémie, je me suis faire répondre je ne sais combien de fois que ce n’était pas risqué pour moi puisque j’étais vaccinée et que je ne devrais pas avoir peur. Ça ne leur a jamais effleuré l’esprit que ce n’est pas pour moi que j’ai peur… mais pour les enfants et les autres personnes vulnérables. Ça n’a jamais été à propos de moi, mais ils aiment me projeter leur égocentrisme dessus. Je reviendrai sur mes arguments et sur la pandémie dans un autre billet, mais depuis qu’il m’a parlé comme si j’étais une pauvre conne, un groupe de professeurs universitaires en sciences de la santé, biologie et autres disciplines reliées ont émis les mêmes doutes que moi… la pauvre conne qui ne se remet pas en question… 

Je suis souvent surprise du front que les gens peuvent avoir… Je devrais dire que je l’étais, parce que je pense que je m’attendrai à tout maintenant. J’ai vu à quel point l’aveuglement peut aller loin. C’est quand même assez décourageant de constater qu’un polytoxicomane pense qu’il peut m’aider dans la vie alors qu’il est en fait dans un endroit beaucoup moins sain que moi dans sa vie. Parce que c’est ce qu’il pense qu’il fait… qu’il m’aide en me parlant comme il le fait et en me prodiguant des conseils comme de ne plus penser à ce que j’ai vécu, de m’encourager à boire, à sauter de relation en relation… C’est ce qu’il fait, lui. Il boit, fume de la drogue, fume la vapoteuse, mange, joue à des jeux vidéo, saute de relation en relation et souffre d’être seul… Personne ne semble lui avoir dit, mais éviter ses émotions et la présence à soi comme ça, c’est pas mal la chose la plus malsaine à faire dans la vie. Je ne vois pas comment ça pourrait m’aider qu’on m’encourage à faire ces choses-là. Je n’ai aucun besoin d’aucune de ces choses-là pour vivre et je ne crains pas d’être seule ni de vivre mes émotions dans la vie… Ma vie est donc en fait beaucoup plus saine et heureuse que la sienne… mais il ne le voit pas parce qu’il est trop occupé à penser qu’il sait mieux que moi, encore…   

Aucune de ces activités prise isolément n’est mauvaise en elle-même. Elles le deviennent pour moi quand elles conduisent à adopter des comportements blessants et destructeurs pour les autres. Je précise que je n’ai pas de mépris pour les personnes souffrant de problèmes de dépendance. J’en ai eu plus jeune. C’est le fait de m’avouer que j’ai une faiblesse sur ce point qui m’a permis d’arrêter énormément de comportements toxiques pour ma santé mentale et physique. J’ai aussi fréquenté beaucoup de personnes qui en souffraient, de dépendances… et c’est cette expérience-là qui me dit que plus jamais je n’accepterai dans ma vie une personne qui a besoin de consommer quotidiennement pour être heureuse, ou même pour survivre. Je leur souhaite toute l’aide et le bonheur du monde, mais ces personnes ne peuvent pas faire partie de ma vie. 

Dans mon expérience, tout de même très vaste, ce sont des personnes qui ont très peu conscience d’elles-mêmes et de l’autre. Elles ne se posent pas tant de questions au sujet de comment leurs comportements affecte les autres… ni de qui est l’autre, d’ailleurs. Elles ne pensent qu’à elles et à leur satisfaction… la satisfaction de leurs besoins… et vite! Il existe probablement des exceptions. Je sais aussi que ces personnes souffrent réellement et que la dépendance n’a rien d’un caprice… mais je ne vais plus me mettre en danger pour des personnes qui ne s’aident pas et ne font pas de démarches pour s’en sortir. Encore moins pour des personnes qui ne sont même pas conscientes qu’elles ont un grave problème. Je les respecterai de loin, mais je ne veux plus être exposée à cela.

            Je continuerai dans le prochain billet sur d’autres comportements malsains qu’ont les personnes dans la société, en étant convaincues que ce sont de bons comportements, mais qui nuisent beaucoup aux personnes qui essaient de se remettre de traumatismes graves. Je remarque que je vais beaucoup mieux et ça me fait beaucoup de bien. Je reste dans le calme et la lecture, dans la création et l’amour de mon nouveau petit compagnon canin. 

            Mon cœur guérit peu à peu aussi sur le plan amoureux. Je commence à me détacher et à abandonner. J’ai longtemps eu l’espoir que tout cela était un malentendu et que quelque chose de merveilleux allait se produire, je l’avoue. J’ai eu longtemps espoir qu’il me recontacte. Mais ça s’en va peu à peu. J’ai encore de la misère à croire qu’il m’a traitée de cette façon. Heureusement pour moi, j’ai beaucoup d’amis qui me répètent que je ne mérite vraiment pas d’être traitée comme ça quand ça m’affecte trop. C’est extrêmement difficile à comprendre pour moi, ce qu’il a fait. Je ne lui chercherai très certainement pas d’excuses. La honte, la tristesse et la douleur s’en vont peu à peu, en tout cas… Je vois de plus en plus clairement que si cet homme m’avait respectée et avait tenu à moi le moindrement, il ne m’aurait pas traitée comme ça ni causé toute cette tristesse, si horriblement blessée. Tant pis, à la fin. Cette semaine, un grand timide qui me sourit depuis dix ans m’a souri à nouveau. Je n’ai pas fui. J’en ai eu envie, un peu. Je suis encore pas mal terrorisée. Je ne suis clairement pas prête. Je lui ai quand même rendu son sourire. Un pas à la fois, je me réparerai et finirai peut-être un jour par me rouvrir au monde et aux autres. 

            Bonne semaine et à bientôt!

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