Ne pas être entendue, ne pas être connue (2e partie)

            Je suis née dans une famille où personne n’a fait l’effort de me connaître. Cela peut sembler bizarre puisqu’on se dit que quand on a un enfant, la moindre des choses serait qu’on passe du temps avec lui à découvrir qui il est. Ce n’est pourtant pas si naturel dans toutes les familles. Et comme les enfants reproduisent les modèles relationnels dans lesquels ils sont nés par la suite, cherchant ainsi le miroir parental dans l’autre, ils sont plus ou moins condamnés à répéter les mêmes expériences, à quelques détails près. J’ai donc souvent des relations avec des personnes qui ne cherchent pas du tout à me connaître. Cela n’est pas une condamnation absolue. J’y viendrai. Cela n’innocente pas non plus les personnes qui me maltraitent dans la vie. Ce sont elles qui font le choix de me traiter de la sorte et elles sont responsables de leurs choix et de leurs actions. Elles doivent en prendre conscience. Il est possible qu’il y ait des moments difficiles pour certaines personnes dans ce texte. Lisez prudemment, comme toujours, puisque je n’arrêterai pas de parler des sujets difficiles. 

             C’est donc comme cela que je me sens : comme une personne inconnue, mal connue, qui erre dans le monde au milieu d’étrangers qui ne veulent pas et n’essaie pas de me connaître. Je ne dis pas cela au sens où je ne serais qu’une pauvre incomprise ni pour me positionner en victime. Je vais mieux expliquer. Je précise aussi avant que oui, j’ai des relations saines et riches avec certaines personnes et que je sais que je dois accorder plus d’attention à ces relations à partir de maintenant et pour la suite de ma vie. Je tiens quand même à parler des mauvaises relations, des mauvais traitements qu’on rencontre au quotidien.

            J’en ai parlé à quelques reprises déjà, mais je le redis pour les personnes qui me liraient pour la première fois : Je suis une personne neuro-atypique. Je n’aime pas le nom (ou les noms) de ma différence. Ils portent trop à confusion dans tous les cas en mettant trop l’accent sur le QI qui en est une composante, oui, mais pas nécessairement la dimension fondamentale et qui primerait sur toutes les autres. Cependant à cause de cette importance qu’on met sur le QI, quand on parle de notre type de neuro-atypicité, nous, les zèbres, sommes alors souvent qualifiés de prétentieux, de personnes qui se croient au-dessus des autres et… Oui, dans la douance, il y a une dimension liée à l’intelligence. Les caractéristiques de la personne douée sont beaucoup plus nombreuses que cela… par exemple l’hypersensibilité, hyperesthésie, l’ingéniosité, une façon de s’impliquer particulière, une façon de raisonner différente (par exemple pas de façon linéaire ni nécessairement facile à exprimer verbalement), la créativité, l’efficacité, la générosité et… et ces caractéristiques sont aussi gérées différemment par les différentes personnes, ce qui complexifie encore les choses. De plus, les tests de QI sont reconnus comme n’étant pas particulièrement fiables, le fait de fonder une différence neurologique sur cette seule donnée serait particulièrement stupide. C’est très complexe, la douance… mais ce qu’il faut en retenir, c’est surtout que c’est un mode de fonctionnement différent, au même titre que ceux que l’on retrouve dans le spectre de l’autisme. Pas une supériorité. Cet article résume assez bien plusieurs éléments qui sont plutôt bien expliqués et vulgarisés : https://www.noovomoi.ca/vivre/bien-etre/article.adultes-surdoues.1.2378155.html  

(Mon psychologue est spécialisé dans la douance, donc oui, son diagnostic est réel et officiel, peu importe ce que le gars dont je parlais l’autre jour (qui a d’ailleurs une compréhension extrêmement superficielle de ce qu’est la douance) peut penser.) 

            Je suis aussi une personne qui a vécu beaucoup de violence et des effets de la violence sur les autres dès la seconde où j’ai été dans le ventre de ma mère, puisqu’il est aujourd’hui démontré que le stress relationnel vécu par une mère durant la grossesse affecte le fœtus de différentes façons plus ou moins graves. Donc même avant de naître j’ai subi les effets des crises de nerfs, manipulations et… de mon père sur ma mère. On entend souvent des gens dire qu’il suffit de ne pas se laisser définir par ce qui nous est arrivé. Ce n’est malheureusement pas si simple, puisque les violences vécues affectent le fonctionnement du cerveau et du système nerveux de diverses façons et avec différents niveaux de gravité, donc personne ne peut prétendre ne pas avoir été affecté par la violence vécue… c’est possible que les effets soient inconscients ou encore refoulés et dissimulés sous des mensonges à soi-même, aux autres, ainsi que des symptômes physiques de maladie, mais ils sont là. Je préfère accepter que c’est arrivé. Je ne me suis pas laissé définir par ce que j’ai vécu au sens où je ne me suis pas laissé consciemment arrêter par ce que j’ai vécu à aucun moment de ma vie. J’accepte cependant que ça m’a définie, que je le veuille ou pas, de différentes façons dont je continue encore de prendre conscience. 

            J’ai toujours refusé de vivre dans la peur malgré les choses que j’ai vécues. J’ai pris beaucoup de risques, j’ai fait beaucoup de choses qui terroriseraient des personnes n’ayant même pas vécu les choses que j’ai vécues. J’ai par exemple toujours réessayé de vivre des relations plus saines, après avoir pris le temps d’aller mieux et de réfléchir à ce qui m’était arrivé dans la précédente. J’ai eu peur souvent, mais je me suis toujours fait violence pour faire les choses quand même dans toutes les sphères de ma vie. J’ai fourni des efforts pour guérir, pour changer, pour dépasser mes préjugées et… Je ne peux pas dire que ces efforts m’ont souvent été rendus par les autres. Surtout pas cette année. Et je suis très déçue… et je commence à avoir vraiment peur des gens maintenant, ce qui me rend quand même assez triste. Je dois réfléchir à quel rapport je veux avec la société et les personnes qui l’habitent. 

            Je trouve le quotidien agressant aussi. Comme mon fonctionnement neurologique est différent et que je pense différemment de la majorité de la population, j’ai souvent des intérêts différents aussi… Je ne suis pas capable de compter combien de fois par semaine quelqu’un qui ne comprend pas les ramifications de ce que je dis se moque de moi alors que j’ai mieux compris la situation que lui ou elle, que j’en sais plus, que j’ai tenu compte de plus de facteurs dans mes réflexions… Ou des personnes qui font des faces de dégoût comme si elles allaient vomir quand je parle de mes goûts ou des choses qui m’intéressent. Personne ne pose jamais de question. Personne ne veut jamais vraiment savoir pourquoi les choses qui m’intéressent m’intéressent. Je trouve ça tellement bizarre… Je ne ressens pas le besoin de faire une face d’envie de vomir quand quelqu’un me parle d’un livre que je n’ai pas envie de lire. Je n’ai aucun intérêt pour le hockey, mais récemment un ami a fait une œuvre d’art liée au hockey et j’ai quand même trouvé des façons de l’apprécier parce que même si le hockey ne m’intéresse pas personnellement et que je n’ai aucune envie de regarder un match, j’ai quand même réfléchi aux fonctions pour la société et l’imaginaire que ce sport remplit et ça me fait comprendre que d’autres puissent s’y intéresser plus que moi. À moins d’être profondément blessée, je ne ressens pas le besoin de rire des autres ni de leurs intérêts et goûts, ni de ce qu’ils jugent important (à moins de cas extrêmes, on s’entend… mais encore là je ressens même parfois de la culpabilité à rire de quelqu’un comme Donald Trump parce que je me dis que ça va juste le faire devenir pire, que tout le monde l’haïsse…). Alors pourquoi ils font ça? Est-ce qu’ils manquent tellement de confiance et sont tellement malheureuc qu’ils ont besoin de détruire les autres pour se sentir ok? Personne qui va bien ne passe son temps à rire des autres et à chercher à les blesser.

            Si ces choses se produisaient de temps à autre, ça ne me dérangerait pas tant, mais comme ça se produit continuellement et qu’en plus d’être différente, ma différence a l’air d’inquiéter les autres au point où ils ressentent souvent le besoin de me fesser dessus, je trouve ça profondément épuisant et souffrant. Plus jeune, je cherchais plus à plaire et comme bien des surdoués, j’ai pendant un temps développé différents faux-selfs afin de survivre et qu’on me fiche la paix… mais je ne suis plus capable de vivre comme ça et je ne devrais pas avoir à le faire. Dans une époque qui dit prôner la diversité, les différences neurologiques sont vraiment loin à la traîne derrière pour ce qui est d’être connues et respectées. Ça fait vivre vraiment beaucoup de souffrances aux personnes neurodivergentes. Pas juste à moi. Il y a plusieurs problèmes physiques et psychologiques liés au fait d’avoir un cerveau différent aussi… J’ai commencé à en parler avec une autre douée la semaine dernière. Les difficultés sont cependant souvent aplanies (en apparence) par la douance… mais c’est ça le danger de la douance : parce qu’on sait s’adapter beaucoup plus vite que les autres, il y a un très grand danger de suradaptation à des choses qui seraient conçues comme insupportables pour les autres. C’est par exemple facile pour moi de m’adapter à la pandémie parce qu’enfant j’ai dû m’adapter à des conditions de vie terribles et bien pires que ce que nous vivons en ce moment… ce qui fait que je suis consciente de vivre encore vraiment dans le luxe malgré la pandémie et je remercie chaque jour d’être encore en vie plutôt que de regarder ce que je ne peux pas faire… mais j’en reparlerai. 

Je trouve ça terrible de constamment me faire juger et attaquer par des personnes que de mon côté je respecte. C’est vraiment extrêmement rare que je vais parler contre quelqu’un qui ne m’a pas profondément blessée. Je défends même parfois mes ennemis si on les traite injustement. J’ai déjà défendu une femme qui m’a harcelée alors qu’une de mes amies riait de son orientation sexuelle et que pour moi c’est inacceptable, peu importe à quel point la personne est détestable pour moi. Je ne ris pas non plus des goûts des autres même si je n’aime pas ce qu’ils aiment. Je ne prends surtout pas la peine d’entrer en communication avec eux qui ne m’ont rien demandé afin de leur expliquer pourquoi ce qu’ils aiment est en fait à chier et qu’ils en sont inconscients. Je ne pense pas que le travail des autres est de la merde que j’aime ou n’aime pas ça. Si je n’aime pas ça, c’est que je n’y trouve rien pour les réflexions qui m’animent et ça ne veut rien dire de leur travail. J’aimerais que les gens arrêtent de confondre avoir l’esprit critique et détruire les autres et ce qui les intéresse. Ce n’est pas du tout la même chose. Il y a une tendance à confondre intelligence et bullying que je déteste et qui est très présente dans les milieux académiques. Le dernier homme avec qui j’ai eu un conflit adopte cette attitude sans se poser de questions et ça m’énervait royalement depuis toujours. Ça m’en fait un de moins à écouter. Il avait ri aussi de l’emploi de l’homme fuyant et je l’ai défendu même après qu’il m’ait fait du mal. Mon ancien « ami » pense que la valeur des gens se situent dans leur cv. Il était incapable de se rappeler ce qui m’était arrivé, mais me citait le cv de fille avec qui il avait eu une seule date plusieurs années auparavant. Il riait de l’homme fuyant pour des raisons financières… mais je n’en ai rien à foutre de l’argent, moi… et il me plaisait justement parce que je pensais qu’il était différent. Je voyais dans son choix d’emploi une sorte de renoncement à un ordre social que je n’aime pas et ça me plaisait… mais j’ai commis l’erreur de penser que ça le rendait heureux, alors que ça n’est pas le cas. C’est quelqu’un qui ne va pas bien et le cache. C’est quelqu’un qui m’a jugée beaucoup aussi, en plus de se juger lui-même, donc il fait partie de ces personnes qui décident à ma place de qui je suis et de qui je devrais être aussi. C’est très blessant et fâchant. Je déteste ça et ça me fait ressentir un sentiment d’injustice. Et je suis prise avec ça… et ce n’est pas juste un sentiment d’injustice. C’est une injustice réelle.

Je trouve ça aussi très insultant que des personnes s’imaginent que je suis enragée simplement parce que j’écris des messages rapidement et moins gentil qu’avant qu’ils m’aient blessée. Ça a quelque chose de fondamentalement misogyne d’imaginer les femmes comme étant complètement enragées à chaque fois qu’elles ne sont pas d’accord avec ce que vous dites et ne se plie pas à vos arguments. Je précise donc que je suis très calme aussi quand j’écris le blogue. J’essaie de comprendre et je suis rationnelle et posée, même si ce n’est pas tout le monde qui aimera ce qu’il lit.

            Ce matin, en thérapie, nous avons parlé de comment j’essayais toujours plus que les autres de faire fonctionner les relations. Mon psy disait que j’essayais souvent pour 2 ou 3 personnes au lieu de fournir seulement les efforts que moi je devais fournir raisonnablement. J’ai tendance à trop croire en les autres… Ça vient de mon enfance aussi. Enfant, j’étais à la merci de mon père dans sa maison, n’ayant pas de moyen de la fuir… J’ai donc essayé très fort, par tous les moyens, de le faire m’aimer. J’ai intégré l’idée que c’était moi le problème et elle est encore là plus ou moins consciemment même si j’ai fait beaucoup de progrès. Quand j’écris trop de messages, quand j’écris trop longtemps, c’est toujours la petite fille en moi qui se dit que l’autre va finir par comprendre et finir par me voir et saisir ce que je lui montre et dit… mais souvent les autres ne veulent pas ou ne peuvent pas voir… mais c’est sûr que puisque moi je mets tellement d’efforts et de bonne volonté dans les relations, quand l’autre ne fait pas d’efforts pour que ça fonctionne, je suis beaucoup déçue… Surtout que là, le gars se disait vraiment beaucoup intéressé… mais pour moi c’est difficile à croire, puisque quand on est intéressé et qu’on veut que ça fonctionne, on fournit des efforts, on essaie réellement… et ça, ça n’a pas été fait. Ça aussi, c’était vraiment irrespectueux et blessant. 

J’ai besoin de rapatrier mes efforts vers ma vie, mes projets et mes œuvres si je veux amener ma vie ailleurs. C’est à cela que je vais m’employer dans les prochaines semaines. Je ne ferme pas complètement la porte aux relations, mais il faudra que l’autre fasse des efforts concrets, pas juste moi qui comme une conne essaie de comprendre, d’être gentille et de faire fonctionner l’affaire. C’est un gros manque de respect. Je l’ai vécu comme une trahison épouvantable après tout ce qu’il avait fait pour que je m’intéresse à lui et me sente en confiance. Je n’ai rien fait de mal et je ne méritais pas d’être traitée comme ça. Je suis tannée aussi que les autres manquent d’imagination sur les possibles des relations. Je suis tannée des moules sociaux tellement réducteurs et nuisibles. Ils me font mal. Ils font beaucoup de mal aux autres aussi, même si je pense qu’ils n’en sont pas toujours conscients.

          Je sonne parfois dure, j’imagine, avec les autres. C’est parce que je trouve que les autres se déresponsabilisent beaucoup. J’ai énormément d’empathie pour les événements et mauvais traitements qui ont fait que les autres personnes vont mal et souffrent et ont adopté des comportements malsains. Je n’ai en revanche aucun respect pour les faits que souvent les personnes vont soit refuser de prendre conscience qu’elles sont comme ça et violenter ou rejeter toutes les personnes qui leur font voir plutôt que de mettre les efforts pour changer, soit juste ne faire aucun effort réel pour arrêter de blesser les autres même s’ils sont conscients de leurs problèmes. L’événement qui a causé le mal n’était pas leur faute ni volontaire, mais il y a ensuite eu des choix répétés qui ont mené à maintenir les comportements malsains pour les autres… Ça, c’est très difficile pour moi à comprendre et à pardonner. Ces personnes me diraient probablement que je suis trop dure et plate… mais ne pas être contre ces choses signifierait me plier à leurs traitements irrespectueux et j’ai assez travaillé sur moi pour être incapable d’accepter ça à nouveau dans ma vie. Je rêve de personnes qui posent plus de questions et qui veulent réellement connaître les autres afin d’avoir de vraies relations saines au lieu de rejouer les relations malsaines du passé. C’est triste de savoir qu’il y a de fortes chances que ma relation avec cet homme fuyante aurait probablement eu plus de chances de durer si je l’avais traité comme les personnes qui l’ont blessé… ou qui lui ont pardonné tous ses manques de respects… ou comme ce qu’il pense de lui-même… parce que c’est malheureusement presque toujours le cas… mais je ne veux pas jouer ce rôle-là. Je ne veux pas encourager les autres à rester dans leurs problèmes. Je me sens flouée parce que je n’ai pas eu le temps de connaître la personne en face de moi et que j’ai été sauvagement jugée, encore une fois. 

Ça finira par aller mieux, mais en attendant c’est pénible. J’ai encore quelques symptômes de stress post traumatique, mais ils ont diminué. Je vais continuer à travailler pour changer ma vie puisque je ne peux pas forcer les autres à agir décemment ni à croire que c’est possible de vivre différemment. Je le ferai pour moi. 

            À plus! 

            (Le texte que j’écrirai sur la pandémie risque d’être difficile à lire parce qu’il pourrait contenir des informations troublantes sur mon enfance. Il risque cependant aussi d’être éventuellement très confrontant pour plusieurs personnes. Mon but n’est pas de créer des inimitiés, mais plutôt d’éventuellement faire réfléchir et mettre les choses dans une autre perspective qui me semble trop ignorée sur le plan social. En attendant la rentrée en présentiel me terrorise encore. J’ai l’impression de regarder une bombe approcher tout en sachant qu’elle explosera clairement à l’endroit où je serai obligée de me tenir la semaine prochaine. La rentrée n’aura en tout cas absolument rien d’un retour à la vie normale… Ça c’est sûr!)

  

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