La patience

Attention: Ce texte contient des références à des formes de violences qui pourraient troubler certaines personnes.            

 Il me restait finalement un billet encore en moi avant de devoir réellement ralentir cette fois. 

Je pleure encore beaucoup, j’ai des attaques de paniques, je dors mal, je fais des cauchemars, je suis toujours fatiguée et… C’est pénible. Je pense que c’est l’accumulation des mauvais traitements et des traumatismes au fil des années et des derniers moi. Mon cerveau est fatigué et blessé. Comme je l’écrivais l’autre jour, mon rythme normal, c’est la vitesse… ce qui fait que devoir attendre d’aller mieux comme c’est le cas en ce moment, accepter que ça prenne du temps, c’est une torture. J’essaie quand même d’apprendre à me reposer. C’est très difficile pour moi, mais ce sera toujours ça de gagné si j’y arrive.  

            Je me sens conne d’avoir cru que ça pouvait bien aller. J’ai honte et je me sens humiliée. Ça m’a fait vivre une forme de désespoir à propos des humains et de comment ils traitent les autres… ou en tout cas de comment plusieurs d’entre eux traitent plusieurs autres. J’avoue ne pas comprendre. J’avoue aussi que je suis épuisée de faire des efforts. Je suis là comme une conne à travailler sur moi depuis des années et à respecter les autres, à m’intéresser à eux et à faire des efforts pour eux… et je me retrouve toujours traitée comme de la merde ou comme si j’étais une coquille vide que rien ne devrait affecter. C’est désespérant. 

            Ça m’aurait fait du bien que ce soit vrai qu’il se souciait de moi et s’intéressait à ce que j’ai vécu. Ça m’aurait fait du bien, d’être aimée, pour une fois. De ne pas avoir à tout faire toujours seule, même si la solitude me plaît. Ça m’aurait fait du bien qu’on prenne soin de moi au lieu que je prenne soin de l’autre. Ça m’aurait fait du bien qu’on ne me mente pas. Ça m’aurait fait du bien qu’on essaie réellement de me connaître au lieu d’imaginer n’importe quoi à mon sujet. Ça m’aurait fait du bien qu’on soit conscient de ce qu’on me fait au lieu de me faire n’importe quoi sans réfléchir et d’essayer de ne faire croire que je capote pour rien de m’être fait faire n’importe quoi. Ça m’aurait fait du bien, de l’honnêteté et du calme. Je ne comprendrai jamais pourquoi il a décidé de me faire ça, mais je dois accepter que ça a été son choix.  

            Je ne pense pas qu’il s’est posé la question de ce que ça me ferait, à moi, qui ai vécu tant de violences et qui n’a jamais vraiment eu de bonnes relations, sauf deux très courtes, de voir s’effondrer la belle illusion qu’il avait construite selon laquelle il se souciait des violences que j’ai vécues. Ça a été terrible, pour moi, de réaliser que tout était faux. J’ai été très profondément blessée. Ça m’a fait un choc très violent. Je ne l’ai absolument pas vu venir. Je n’ai pas non plus pensé qu’il pouvait n’accorder aucune importance réelle à ce que je lui disais, comme pourtant tant de personnes le font. Je pense que je désirais trop fort que les choses soient différentes. C’est compréhensible. J’ai été face à une fausse représentation bien réussie. Il était bien déguisé, celui-là… Parfois je me demande à quoi ça sert de parler si personne ne tient vraiment compte de ce que je dis. Parfois je me demande aussi à quoi ça sert que les gens se fréquentent s’ils ne cherchent pas à réellement connaître les autres. C’est ça qu’il me reste comme sentiment de cette histoire : qu’il m’a rejetée sans essayer de me connaître alors qu’il avait tout fait pour que je lui fasse confiance. Ça m’a fait un énorme choc psychologique que je sens encore dans mon corps des mois plus tard… mais je me parle. Je me dis que ça va passer. J’ai survécu à pire. J’aurais quand même préféré de l’amour et du respect plutôt qu’avoir à prouver encore une fois à quel point je suis forte et résiliente. C’était vraiment très important pour moi, cette histoire. Je vais toujours en garder la blessure, je pense.    

            Au moins en réfléchissant à tout ça, j’ai un peu mieux identifié ce que j’aimerais dans une relation dans le futur. Quelqu’un qui aime les chiens. Quelqu’un qui se soucie RÉELLEMENT des violences que j’ai vécues. Quelqu’un qui essaie RÉELLEMENT de me connaître. Quelqu’un qui ne fuit pas. ou, s’il fuit sur le coup, revient, le plus vite possible, pour réparer. Quelqu’un qui me respecte RÉELLEMENT. Quelqu’un qui veut régler les difficultés, pas les éviter. Quelqu’un de respectueux. Quelqu’un d’honnête. Quelqu’un qui n’a pas l’impression que les choses que je fais pour m’épanouir et me rendre heureuse lui enlèvent quelque chose. Quelqu’un de RÉELLEMENT gentil. Quelqu’un qui me voit. Quelqu’un qui veut savoir qui je suis et non me dire quoi être… Des choses de cet ordre… à compléter.   

Je me fiche de son métier, de son revenu, de son apparence en bonne partie. Je veux une personne intègre et bonne. Pas un statut social. Je n’en ai rien à foutre des apparences ni des règles de comment il faut vivre. 

Peut-être que je rêve en couleurs. Peut-être que c’est trop beau pour être vrai. Tant pis. Je préfère quand même rêver, mais me respecter, que de me résigner à la maltraitance. Ce sont les choses dont j’ai besoin et des choses que je suis capable d’offrir. Je ne laisserai jamais personne me faire croire que je demande trop. Je n’ai au contraire jamais assez demandé. J’ai manqué de tout, tout le temps sur le plan affectif. Je ne resterai plus dans la misère affective. Si les autres veulent s’y vautrer, qu’ils y restent sans moi.  

Si je ne trouve pas ça, ce sera ok. Je suis bien seule. Je ne resterai jamais avec quelqu’un qui me fait du mal. Jamais. Je suis toujours partie dans le passé. J’ai toujours su dire non quand quelqu’un dépassait mes limites, même si ça voulait dire qu’il me rejetterait immédiatement après. Je serai encore plus sévère à l’avenir.  

Je pense que ça va toujours me rendre triste cette histoire. Bien sûr, j’y penserai moins avec le temps. Mais le fait que c’était si incompréhensible, contradictoire et brutal va me hanter, je pense. Hier j’écoutais un truc sur le deuil des courtes relations, des courts liens, peu importe comment vous voulez les appeler. On a parfois l’impression que ce devrait être un deuil plus rapide, mais en fait c’est souvent bien pire que celui des longues relations. C’est en bonne partie parce que, comme c’est mon cas en ce moment, on manque effroyablement d’informations qui nous permettraient de vraiment bien comprendre la situation et la personne qui nous a fait du mal. À la place, si on se soucie le moindrement des relations interpersonnelles, on reste pris avec une infinité de questions. Alors que dans une longue relation, au moins, on a les informations pour savoir pourquoi ça n’a pas fonctionné. C’est pas mal un cauchemar et de la torture, ce qui m’est arrivé, mais j’y arriverai. C’était une très grosse déception aussi. C’est dur à avaler et encore plus à digérer.  

            Je vais essayer de continuer à prendre ça un jour à la fois. Ça finira par aller mieux. J’ai déjà survécu à ce genre de situation, comme je le disais. Je suis un peu moins mal en point que je l’ai été dans le passé. J’ai encore plusieurs textes à écrire sur différents enjeux impliqués dans cette histoire, mais c’est possible que je le fasse sans reparler de l’histoire. On verra. J’écrirai entre autres un billet sur pourquoi les relations amoureuses, amicales et… bref, les relations en général sont difficiles pour les personnes qui ont le type de neuro-atypicité que j’ai… Je ne suis pas la seule à vivre ça. C’est au contraire pas mal la norme… c’est rendu encore plus difficile par les violences que j’ai vécues et par le fait que peu de gens veulent des relations profondes et vraies, de nos jours…  

            Le genre de vie que j’ai n’aide probablement pas trop non plus… J’aime surtout apprendre, de toutes les façons possibles et constamment. J’aime lire, créer, peindre, écrire, la photo… d’autres médiums aussi. J’aime marcher, courir et nager. J’aime voir des films et des séries. J’ai un jardin. J’aime avoir une routine. J’aime aider. J’aime parler en tête à tête. Pas en groupe. J’aime faire les mêmes choses tous les jours. Je me suis construit une vie que j’aime. Je n’ai pas d’envie de luxe et les endroits et les sorties qui coûtent cher et où il faut s’habiller d’une façon particulière me mettent mal à l’aise. Je déteste les dates. Je ne me drogue pas. Je ne bois presque jamais d’alcool. J’aime être consciente et lucide. Je suis très introvertie et solitaire. J’aime passer du temps avec mon chien et rêve d’en avoir plusieurs. Je vais voir des expos parfois. Je fais des road trips parfois. Je ne fais pas grand-chose d’autre. Je pense qu’il y a beaucoup de personnes pour qui ma vie n’est vraiment pas excitante… La majorité des gens probablement. Je ne suis pas pour eux et je préfère être seule que passer mon temps à me faire dire que ma vie est inadéquate et/ou bizarre.

            Je vais enfin chercher mon petit chien dans moins de deux jours. Je vais essayer de me concentrer sur lui et sur la création pour un temps. Sur ma guérison aussi, c’est sûr. Je pense que je veux apprendre à dresser les chiens d’assistance pour les personnes qui souffrent de stress post-traumatique comme moi. Pas immédiatement, mais pour un peu plus tard. C’est un beau projet qui allierait ma résilience face à ce que j’ai vécu et mon amour des chiens. Je vais le faire. Il en manque trop. Ça prend en moyenne deux ans avant d’avoir un chien… C’est interminable, deux ans, quand on souffre. 

            Je ne pouvais pas attendre si longtemps… D’où l’adoption de mon magnifique petit survivant qui a, lui aussi, eu un difficile début dans la vie. Je vais me concentrer sur lui et l’aider à avoir une très belle vie. Je pense qu’il m’aidera beaucoup aussi. Je serai patiente avec lui. 

            À plus! 

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