Prendre soin de moi, prendre soin de nous (Partie 2)

Attention: Ce texte traite de sujets difficiles qui pourraient troubler plusieurs personnes. Lisez prudemment.

Je continue à me faire différents types de soins afin d’essayer de diminuer les effets du stress post-traumatique sur ma vie et de relancer un peu plus mon système malgré le burnout pour devenir un peu plus fonctionnelle et efficace. J’avais beaucoup de plans créatifs cet été et cela m’attriste de ne pas être en mesure de les faire avancer autant que je voulais. C’est difficile. Ça me manque beaucoup. Je ne pensais pas être aussi malade… mais je ne pensais pas non plus qu’on me traiterait de cette façon. Je sais au moins que je pourrai m’épanouir cet automne dans mon nouveau programme.  

            C’est difficile à accepter, le stress post-traumatique, quand il y a des événements comme ceux des dernières semaines. C’est difficile à accepter pour moi et pour mon entourage. Ce n’est pas une situation dont je pourrais simplement décider de sortir du jour au lendemain en me secouant. Cette semaine, en discutant avec une amie qui a une formation liée à la santé mentale, j’ai réalisé à quel point la majorité en savent peu sur ce que cela implique de souffrir de stress post-traumatique. Je ne suis pas du tout fâchée contre elle. Elle fait partie des personnes qui m’écoutent et m’accueillent le mieux. Ce que j’essaie de dire, c’est que si même elle ne sait pas autant que j’aimerais à ce sujet, qu’en est-il de l’ignorance des autres? Pourquoi y a-t-il si peu de curiosité face à la réalité des effets des violences? Je comprends qu’il s’agit d’une condition invisible. L’objectif de mes textes est d’ailleurs de la rendre un peu plus visible et de la faire sentir aux autres un peu, aussi, mais pas trop, parce que c’est quand même profondément horrible.  

            Le stress post-traumatique, dans les faits, c’est une blessure au cerveau causée par l’intensité de la peur ressentie lors des traumatismes (pluriel dans mon cas). L’espèce de décharge de peur qui arrive alors dans le cerveau trace un sillon, une forme de lésion, dans celui-ci et affecte son fonctionnement. Cela laisse une cicatrice réelle qui est observable par imagerie cérébrale. C’est le système limbique qui est affecté, plus particulièrement l’amygdale, mais aussi souvent l’hippocampe. L’amygdale, c’est le centre de la peur. Quand une personne souffre de stress post-traumatique, l’amygdale devient en quelque sorte hyperactive et hyper-réactive et la personne aura peur plus rapidement et plus intensément. C’est pour ça que je parlais de « crises d’horreur » (ou d’effroi) au début. C’est ça que ça me faisait. La trahison et l’abandon de cet homme sont allées appuyer sur la cicatrice des autres violences dans mon cerveau et j’ai été envahie par une terreur qui venait de très loin et dont il a répété la cause en me traitant mal. Je travaille depuis plusieurs années sur moi, donc maintenant, quand ces crises se produisent, je peux les observer et savoir que je ne vais pas mourir. Ça ne change pas grand-chose à leur intensité, mais c’est au moins un peu moins éprouvant. Ce n’est pas non plus comme si ces crises se produisaient fréquemment. Ce n’est heureusement pas tous les jours, mois, ni années que je me fais traiter aussi mal. La plupart des gens n’ont heureusement pas de bouton « on/off » sur leur intérêt et leurs sentiments pour quelqu’un et ne vont pas vous faire vivre un choc en changeant complètement de façon d’être et en perdant tout intérêt pour vous en 24h. Comme j’ai dit, ça faisait dix ans que je n’avais pas vécu un choc aussi violent et j’espère que ça ne se reproduira plus. J’en ai vécu des versions un peu moins intenses, oui, malheureusement… Il reste que ce que lui a fait, ça m’a terriblement blessée et ça m’a horrifiée de voir qu’on pouvait avoir aussi peu de considération pour ce que je vis. L’horreur vient aussi du fait de voir quelqu’un faire autant d’efforts pour vous attacher à lui et être de son côté capable de se détacher complètement de vous en un clin d’œil.   

Le cerveau limbique étant aussi celui qu’on appelle le cerveau émotionnel, s’il est affecté, il y aura alors un problème dans la gestion des émotions et dans le niveau de stress ressenti. Il y aura des difficultés à gérer les souvenirs et les pensées, leur présence et leur insistance dans l’esprit. On parlera alors de pensées et de souvenirs intrusifs, c’est-à-dire sur lesquels la personne n’a pas de contrôle, qui s’imposent à son cerveau. C’est parce que l’hippocampe, dont le rôle est lié à la mémoire et à la mise en ordre des souvenirs, est affecté. C’est comme si le cerveau de la personne qui souffre de stress post-traumatique ne faisait plus la différence entre le passé et le présent à certains moments. La personne n’est pas délirante pour autant. En tout cas, je ne le suis pas. Je sais où je suis quand je suis et… Je suis lucide et consciente, mais il y a en parallèle des souvenirs, phrases, images, sensations et émotions qui s’imposent à moi et m’affectent. Je ne peux pas, à ce stade-ci, avoir autant de contrôle que je voudrais sur ces flashbacks de la situation. Moi aussi, je suis tannée. Moi aussi, j’aimerais que ça passe plus vite et ne plus y penser, mais je fais déjà tout ce qu’il est possible de faire afin que ça passe le mieux et le plus vite possible en respectant ma santé mentale et physique. Le seul moment où j’ai vraiment une pause des symptômes, c’est quand je travaille. Mon sentiment de devoir envers mes étudiants semble être la seule chose qui arrive à me détourner de moi assez pour avoir la paix.   

Exiger qu’une personne qui souffre de stress post-traumatique se remette rapidement d’un choc affectif comme celui que j’ai vécu est donc absurde, même si je sais que ça peut être pénible pour l’entourage qui ne comprend pas vraiment ce qu’il se passe. Malheureusement, je ne peux pas juste faire arriver la guérison de mon cerveau dans l’existence en le souhaitant assez fort ni en faisant semblant que ce qu’on m’a fait ne me fait rien. Regarder des films drôles et penser à autre chose n’aide pas trop non plus, à part que ça détend un peu et fait ainsi baisser mon niveau de stress, ce qui est mieux que rien. Ce n’est pas une question de manque d’efforts ou de mauvaise volonté. C’est ça qui est difficile à comprendre, je pense. C’est une maladie qu’on ne voit pas, mais qui a des effets physiques et psychologiques. La liste des symptômes est longue. J’en parlerai une autre fois, mais elle est facilement disponible sur le net si cela vous intéresse. C’est une des raisons pourquoi j’en veux à cet homme aussi de comment il m’a traitée. Quand quelqu’un qui m’intéresse me dit qu’il souffre de quelque chose, c’est pas mal certain que j’aurai lu au moins une vingtaine d’articles sur le sujet le lendemain. De ce que j’ai pu constater dans mon expérience, la réaction des autres n’est cependant souvent pas ça. Ils ont au contraire souvent tendance à écarter ce qu’on leur dit et minimiser ce que ça peut être au lieu de nous respecter et de prendre ce qu’on vit au sérieux. C’est ça qu’il a fait. Il est resté vraiment en surface et n’a pas essayé de comprendre ma réalité alors que moi j’ai essayé de comprendre la sienne et de m’y intéresser. J’étais prête à beaucoup d’efforts et j’en ai fait beaucoup. La vérité, c’est aussi que je ne devrais pas avoir à dire ce que j’ai vécu pour être traitée de façon respectueuse et que lui m’a traitée de façon irrespectueuse même après que je lui ai dit… 

Pour arriver à m’en sortir, je dois faire des choses qui apaisent mon système nerveux et qui font avancer ma pensée. Des choses qui me font habiter mon corps aussi. J’ai rédigé des lettres contenant les choses que je n’ose pas dire ici et dont je ne pense pas qu’il veuille les entendre. Je les ai ensuite détruites pour me libérer. J’ai détruit d’autres lettres que j’avais écrites à mes parents aussi, concernant ce qu’ils m’ont fait en même temps. J’ai également détruit des photos. J’aurais bien brûlé le tout, mais j’ai peur du feu, surtout en plein centre-ville. Tout sacrer ça aux poubelles a quand même été pas mal libérateur. Je suis fière de moi. Je médite. Je fais des exercices de cohérence cardiaque. Je lis des livres dont je parlerai bientôt. J’ai aussi commencé une routine de yoga qui vise le pardon. Le pardon de moi, d’abord. Lui, je ne sais pas si je pourrai lui pardonner de m’avoir mise en danger comme ça pour rien malgré ce que je lui avais dit. Je ne sais pas ce qui est vrai ou pas de ce qu’il m’a dit. Je ne sais pas comment je pourrais avoir confiance en lui. Peut-être un jour s’il fait des efforts réels. Pour le moment, après ce qu’il a fait, je ne sais pas comment faire pour le pardonner.    

Au moins maintenant je sais que ce n’est pas ma faute. Avant je pensais que je sécrétais, que je suintais, quelque chose qui forçait les gens à mal me traiter. Je pensais que j’étais si mauvaise que c’était normal qu’on me traite comme ça. Maintenant je sais que je n’ai rien fait pour mériter ça. Personne ne mérite qu’on joue avec sa vie comme il a joué avec la mienne. J’ai un peu abandonné l’espoir d’avoir des explications qui m’aideraient un jour. Je serais très heureuse d’avoir tort si c’est le cas, mais je ne sais pas s’il en a. Ce qu’il m’a dit, que c’était parce qu’il ne s’aime pas et que ce n’est pas sa faute, ne justifie pas de me traiter mal. Je me suis détestée jusqu’à l’âge de 37 ans et je ne menais pas les gens en bateau pour autant. Nous sommes responsables de comment nous traitons les autres. Je n’ai absolument rien fait de mal dans cette histoire. Je mérite du respect et de l’amour. Je suis tannée qu’on infantilise les hommes et qu’on leur pardonne n’importe quoi sans qu’ils fassent d’efforts pour bien se comporter. Ça m’est arrivé tellement souvent, de me faire dire que j’étais méchante de critiquer un homme qui m’avait fait du mal. C’est ridicule. Ce n’est pas être méchante que de tenir les humains responsables de ce qu’ils font. C’est ça que ça donne, les personnes qui pensent ça : Toi tu te ramasses à souffrir de stress post-traumatique complexe chronique à cause du fait qu’il n’a pas réglé ses problèmes et lui te demande d’être triste pour lui en plus… J’ai même une amie qui s’est fait dire par son psy que son chum ne s’occupait pas de son enfant parce qu’elle ne lui a pas appris à le faire… comme si c’était sa responsabilité à elle et non à lui. Il faut que ça cesse. Ce n’est pas à nous d’éduquer les hommes. Leur propre éducation et leurs comportements devraient les intéresser eux, en premier lieu. Si j’étais un homme, en tout cas, vu toutes les horreurs qui se passent et qu’on dit à propos d’eux, vous pouvez être certains que j’en ferais, des efforts, pour être une personne décente. Je le fais en tant que femme, oui. Ce qui s’est passé est donc entièrement de sa responsabilité et son choix. J’ai fait tout ce que je pouvais pour que les choses se passent bien. Pas lui. Ça a été son choix de ne pas se poser de questions et de ne pas prendre conscience de comment son comportement pourrait m’affecter. 

Je vais probablement continuer à ralentir un peu quand le chiot arrivera samedi, mais je pense que tout le monde sera heureux de voir que lui fera une très grande différence pour moi. C’est excellent pour le système nerveux et la capacité de rester dans le présent, un chien. Vivement qu’il soit dans mes bras!

À plus et soyez patients avec vos amis qui souffrent même si vous ne pouvez pas voir leur maladie. Personne ne reste dans l’horreur pas plaisir.  

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