Guérir

Attention : Le texte suivant traite de sujets qui pourraient être difficiles pour plusieurs personnes.

Un jour à la fois… c’est ce qu’on dit. En ce moment, certaines journées sont bonnes. D’autres sont très mauvaises. Il n’y a comme pas de milieu. Ça reste dans la normalité du deuil et de la guérison des traumatismes. Ça prend du temps, contrairement à ce que la culture dans laquelle nous sommes veut que nous fassions, c’est-à-dire faire comme si rien n’était arrivé et passer à autre chose rapidement. Les traumatismes non réglés mettent à risque de soi-même maltraiter les autres. Je n’ai aucune envie de devenir comme les personnes qui m’ont fait du mal. Jamais. Donc je vais faire les efforts nécessaires et traverser le processus… un jour à la fois.    

            C’est normal que ce soit long aussi parce que j’ai beaucoup de choses à digérer avec ces diagnostics de deuils multiples, burnout émotionnel et le stress post-traumatique… en plus de la pandémie et du travail. Le travail aide un peu. Je suis fatiguée, mais ça m’aide à penser à autre chose de me concentrer sur les étudiants et leurs besoins à différents moments. J’ai quand même hâte à mes petites vacances qui m’aideront à me recharger un peu pour l’automne. 

J’ai moins de crises de panique, mais elles sont parfois encore très violentes. J’en ai eu de terribles cette semaine. Quand ça arrive j’ai l’impression que le monde est devenu insensé et je me mets à avoir la nausée. Parfois je tremble. Comme si j’étais dans un manège, une montagne russe. Le mouvement secoue tout mon corps, mais il semble venir de quelque chose d’extérieur. Je pense qu’il vient en fait du plus profond de moi, d’une forme de peur ancestrale. Quelque chose de caché en moi. Ça veut dire que les chocs récents sont allés frapper loin, dans mes peurs enfantines, dans ma peur de l’abandon, entre autres, comme j’ai dit. 

Ça arrive souvent après que j’aie eu un épisode où je me répétais des choses qui avaient été dites et j’essayais de comprendre ce qu’il s’est passé. Ce n’est pas volontaire. Ce sont des choses qui s’imposent dans mon cerveau. Je ne suis pas très bonne face à l’absence de sens, quand je ne comprends pas ce qui s’est passé ni pourquoi une personne a agi comme elle l’a fait. Je relirai le livre de Christophe André sur la sérénité et les ruminations, mais cette semaine, ça m’a permis de comprendre quelque chose d’important, ressasser. J’ai compris que je me repasse les conversations en boucle parce que je suis secrètement certaine d’être responsable de ce qui s’est passé. Ça m’a fait repenser à des personnes qui m’ont dit dans le passé que je ne me remettais pas assez en question. Elles parlaient d’elles et non de moi. Je le sais, parce que je me fais traiter parce que je me remets en question constamment, donc excessivement. Ça vient en partie de la douance. Il y a dans cette forme de neuroatypicité, une incapacité d’arrêter le cerveau d’analyser. Tout est retourné dans tous les sens afin de vérifier si on n’a pas oublié d’analyser un des angles et si on n’arrive pas à une conclusion injuste et… Les surdoués sont parmi les populations les plus à risque d’être manipulées et violentées à cause de ça… C’est parce que nous doutons de tout, constamment, parce que nous savons que nous ne savons pas grand-chose dans tout ce qu’il y a à savoir… et donc nous avons peur de mal juger… Alors qu’en fait, nous prenons beaucoup plus de précautions qu’à peu près tout le monde pour bien nous informer… 

Cette propension au doute est empirée par la violence que j’ai vécue quand j’étais enfant. J’ai déjà fait allusion à ça dans d’autres billets il y a plusieurs mois, mais les enfants, souvent, n’ont aucune autre référence que leurs parents pendant plusieurs années. Ils sont donc portés à croire tout ce que leurs parents leur disent jusqu’à ce qu’ils aient finalement des points de comparaison extérieurs, par exemple leur professeur quand ils entrent à l’école. Donc pour les enfants qui vivent de la violence, ils intègrent l’idée que puisque leur parent est supposé les aimer, si leur parent leur fait quelque chose de mal, c’est leur faute… C’est parce qu’ils sont mauvais, n’ont pas bien agi, ne sont pas assez, ne sont tout simplement pas aimables et… Cette blessure-là, elle est très forte en moi. Elle me pousse à toujours penser que je dois être ou que j’ai dû faire quelque chose de terrible pour qu’on me traite comme on me traite ou qu’on ne m’aime pas. Ça fait que quand il se passe des situations que je ne comprends pas, mon cerveau se met à spinner et je détruis toute ma personne en quête de ce que j’ai bien pu faire pour que l’autre agisse comme il le fait. 

Donc c’est là, quand la chose se produit et dans les semaines qui suivent que je me remets en question. Quand les gens ont l’impression que je ne me remets pas en question, c’est parce qu’ils ont seulement affaire à l’affirmation finale qui a suivi tout ce processus qui est interminable et exhaustif. Et quand je suis en colère, c’est quand je reconnais quelque chose qu’on m’a déjà fait et dont on essaie encore une fois de me faire croire que ce n’est pas grave alors que ça m’a complètement détruite dans le passé. Ma colère, elle est signe d’amour de moi, du fait que maintenant, je me protège et je ne laisse pas les autres me faire n’importe quoi et je ne reste pas là si on me maltraite non plus. Je me suis fâchée contre le gars à la fin parce que je ne pouvais pas croire que c’était encore possible qu’à 40 ans quelqu’un ait joué avec mes sentiments alors qu’il n’était pas prêt à être en relation et essaie de me faire croire que ce n’est pas grave. J’étais fâchée aussi quand, à la fin, après avoir changé de versions plusieurs fois, il était fâché que je n’aie vraiment rien compris… alors que si ça avait été clair, j’aurais compris. Je ne suis pas particulièrement limitée intellectuellement… C’est extrêmement rare, que je ne comprenne pas. Surtout si on m’explique. 

Je trouve ça cruel, de m’avoir laissée dans la confusion comme ça… Je sais que c’est la mode… Je sais que c’est aussi la mode d’ignorer les autres ou de les bloquer sans explication. Mais je trouve ça profondément irrespectueux, blessant et méchant, peu importe la raison pour laquelle c’est fait. J’ai même déjà répondu à un message de mon violeur… alors avant que j’ignore quelqu’un… à moins bien sûr que la personne ne me mette directement en danger. Ce qui n’est pas mon cas face à qui que ce soit. Personne n’est menacé par mon existence. Quand j’entends parfois les gens se vanter d’avoir ignoré quelqu’un et dire que c’est la pire blessure qu’on puisse infliger à quelqu’un et être fiers d’eux-mêmes, ça me dégoûte. Pourquoi est-ce que tu veux blesser l’autre? Surtout que moi, là, j’avais déjà été assez blessée et j’avais fait plein d’efforts pour essayer de régler les choses malgré cette immense blessure. Je comprends le fait que les gens sont brisés… mais il y a aussi la question de prendre la main tendue, d’accepter qu’on peut guérir et que des personnes sont bonnes. J’aimerais ça qu’on fasse des efforts pour moi, parfois.  

Même si je sais ces choses, je ne sais pas comment je ferai pour récupérer mon sentiment de sécurité intérieure. Je n’en avais déjà pas beaucoup. Je ne sais pas comment je ferai pour avoir confiance en les autres. Je ne sais pas comment je ferai pour vivre une intimité. J’ai un livre là-dessus. Je vais essayer. Ça m’avait pris vraiment beaucoup de temps avant d’être capable à nouveau…   S’il avait continué à être comme il était je pense que ça se serait bien passé. C’était parfait pour moi. Pas de manque. Pas d’envahissement ni d’affaires grandioses épeurantes… mais apparemment il ne pouvait pas et il y a juste lui qui sait pourquoi. C’est lui qui a choisi d’agir comme il l’a fait et de détruire la relation. C’est sa responsabilité et son choix. Je m’ennuie des côtés de lui que j’aimais, mais pas de ses fuites ni de son défaitisme…

Toute cette situation me fâche, aussi, parce que jamais je n’aurais traité cette personne de cette façon. Je donne beaucoup plus d’amour que j’en reçois. J’essaie plus de comprendre les autres qu’on essaie de me comprendre. Je donne plus de chances aux autres qu’on m’en donne. Je suis souvent dans des relations inégalitaires et non-réciproques finalement… C’est un problème sur lequel je devrai travailler. J’ai beaucoup d’autres choses à travailler d’ailleurs… Je dois commencer par dresser la liste de mes besoins, de mes valeurs et de mes objectifs afin d’essayer de remettre ma vie en route et de mieux investir mon énergie.  

Je ne comprends pas les humains. Peut-être que je suis trop moi-même comme un chien. Transparente, honnête, curieuse, fidèle, loyale à l’excès, pleine d’amour… Je grogne quand on cherche à me nuire et je mords quand on me fait mal… J’ai quand même appris à m’éloigner plus vite qu’un chien quand on me fait du mal. L’arrivée de mon chiot la semaine prochaine aidera. C’est assez ironique que j’aie revécu le même type de traumatisme qu’il y a dix ans… en plus j’avais dit à cette personne que je voulais être plus en forme pour mon nouveau chiot que je ne l’avais été pour le premier… Je serai capable de l’aimer et il me le rendra bien. 

À plus tard. 

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