La tyrannie de la douceur

            Attention : Le texte suivant traite de sujets qui pourraient être difficiles pour plusieurs personnes.

« Juste du doux »… Si j’entends encore ces mots, je pense que je vais me mettre à hurler. Ne vous méprenez pas. J’aime la douceur, c’est certain. Je pense qu’elle a sa place dans certaines circonstances… mais dans certaines circonstances seulement. Je n’aime par contre pas comment cet étrange nouveau slogan des personnes qui se réclament du care, qui envahit progressivement tous les esprits, a des effets pernicieux dans la société. Même si je vais parler de cette supposée « douceur », il s’agit en fait surtout d’un texte qui traite de cette émotion mal connue sur laquelle beaucoup de mensonges sont racontés tous les jours : la colère, mais aussi du droit de vivre et montrer ses émotions difficiles et du droit de parole. 

Donc de plus en plus, ces dernières années, mais surtout depuis l’automne 2021, j’entends cette phrase… « Juste du doux. » et d’autres comme « Le besoin de douceur », des « seulement des textes doux qui font du bien » et… Et j’avoue que ça ne me fait pas de bien et ça me déconcerte et ça m’effraie. Ça me déconcerte parce que je ne fais pas que penser que ce n’est pas une bonne idée, je sais que ce n’en est pas une. Je m’explique. 

Longtemps, les femmes ont été réduites à cela : la douceur. L’exigence de douceur. Il faut être douce quand on est une femme. Les femmes ont été asservies pendant des siècles à l’aide de cette idée sur leur nature, cette exigence qu’on avait face à elle qu’elles soient comme ça. Il a fallu lutter vraiment beaucoup pendant des décennies afin d’être perçues différemment et de ne pas être limitées à cela. Encore aujourd’hui, malgré tous ces efforts déployés sur de nombreuses années, une femme qui est autoritaire, forte, courageuse, dure ou en colère est encore considérée comme ridicule ou comme « une folle ». Est-ce que quelqu’un pourrait m’expliquer pourquoi maintenant on fait marche arrière et on régresse en exigeant à nouveau cette douceur écœurante partout? Et pourquoi les femmes y participent aussi activement?

S’il y avait encore dans l’espace public la possibilité de l’existence simultanée de plusieurs discours et émotions, je n’aurais pas de problème. Si la phrase était « Le plus de douceur possible quand c’est possible », ça m’irait parfaitement. Mon problème, c’est que cette idée de douceur absolue en toutes circonstances envahit tout et qu’elle représente un danger pour la santé mentale de tout le monde. Je m’inclus dans cela parce que j’en ai subi les conséquences négatives à de nombreuses reprises. Cette répétition à l’infini de cette exigence de douceur me nuit (et nuit à d’autres) énormément et je ne comprends pas pourquoi si peu de personnes sont conscientes d’à quel point cette position est nuisible. 

En fait, je pense que je le comprends en partie. Je pense que ça a autant de succès parce que vraiment beaucoup de personnes veulent être dorlotées et rassurées continuellement. Elles veulent être protégées, ne pas être exposées à ce qui est difficile. Le problème avec cela, c’est que c’est extrêmement infantilisant et malsain. Ce « Juste du doux. » est en fait une exigence extrêmement violente, même si je comprends qu’à la base elle partait d’une bonne intention, celle de remplacer la violence par une autre attitude. Le problème, c’est que l’esprit humain ne peut pas grandir, voire survivre, en étant seulement doux.  

Ces temps-ci, j’écoute beaucoup de podcasts et je lis beaucoup d’articles sur les traumatismes et leurs traitements possibles. Malheureusement, je ne sais plus qui a dit cela dans tout ce que j’ai entendu et lu, mais je précise que ça ne vient pas de moi. Je pense que c’est l’homme à l’origine du podcast It’s Not You; It’s Your Trauma dont je reparlerai bientôt parce qu’il est vraiment intéressant et motivant. Il dit : « Il n’y a pas d’émotions humaines qui n’ont pas d’utilité. » C’est tellement vrai et je suis profondément écœurée que l’on essaie de faire croire que certaines émotions sont mauvaises et qu’il faut les cacher. J’en suis écœurée par ce c’est le complet opposé de ce qui permet d’assurer la santé mentale. Si on essaie de supprimer des émotions du registre des possibles réactions, on est en train de faire violence au cerveau et ça, ce n’est jamais une bonne idée. On ne peut pas toujours être douce et ce n’est absolument pas quelque chose de désirable ni un objectif pertinent à atteindre.   

L’objectif à atteindre pour avoir une bonne santé mentale, ce serait plutôt d’apprendre à identifier, connaître et vivre ses émotions. Elles ont chacune une utilité. Ainsi : accepter l’existence de sa colère, la vivre et la communiquer, c’est prendre soin de soi. C’est aussi pendre soin de l’autre parce qu’on lui signale alors qu’il va trop loin et cela lui offre la possibilité de s’arrêter à temps et de préserver de cette façon le lien entre les deux personnes. Faire semblant qu’elle n’existe pas, se refuser le droit de la vivre, c’est de faire du mal. Refuser à l’autre son droit à sa colère, c’est le violenter. La colère, sa principale fonction, c’est de nous protéger. Elle est là pour nous indiquer que quelqu’un ou quelque chose nous fait du mal et que cela doit cesser. Elle signale la présence d’un danger qui doit être vu, analysé et par rapport auquel une décision doit être prise. Elle nous donne de l’information importante. Elle est là pour dire à l’autre qu’il est rendu trop loin et doit s’arrêter. En la démonisant, en nous suggérant de la cacher, de l’ignorer, de la refouler, on nous demande de nous priver de cette importante protection qui est nécessaire pour notre santé mentale et parfois pour assurer notre survie. Je ne parle pas de laisser une personne défouler une rage incontrôlée sur les autres, mais seulement d’accepter que c’est ok socialement pour tout le monde de ressentir de la colère et de le dire en utilisant des moyens appropriés. Ça n’a rien d’un crime et ce n’est pas honteux. 

Cela a aussi pour conséquences que chacun d’entre nous doit apprendre à accueillir la colère de l’autre d’une façon saine. Ne pas devenir soi-même enragé automatiquement. Ne pas fuir lâchement. Rester là et comprendre que quelque chose d’important se joue dans notre relation à l’autre et qu’il faudra le résoudre le mieux possible. C’est super difficile, oui. Je n’y arrive pas toujours, mais j’y travaille très très fort. J’ai vraiment fait beaucoup de progrès sur ce plan ces dernières années. 

            Récemment, j’ai eu une histoire pénible avec celles que je nommerai les sœurs Papin puisqu’elles m’ont fait vivre une violence quand même terrible sans motif identifiable et que le but ici n’est pas de dévoiler leur identité. Je parlerai seulement de celle que je connais mieux et non de sa sœur. C’est une personne avec qui j’ai un lien, pas très développé, mais nous nous sommes quand même parlé plus durant certaines périodes, depuis 15 ans. Du jour au lendemain, cette personne et sa sœur m’ont bloquée sur tous les réseaux sociaux sans aucune explication. J’imagine que j’ai produit une image ou écrit un texte ou fait un choix de vie qui leur a déplu, mais je ne comprends honnêtement absolument pas ce qui aurait pu mener à un traitement aussi violent de leur part. J’ai quelques idées, que j’ai mentionnées dans mon dernier billet sur le ghosting, mais aucune d’entre elles ne me semble justifier ma mise à mort virtuelle par ces deux personnes. 

            Celle des deux que je connais le plus, c’en est une, une personne qui dit qu’il faut toujours être dans la douceur. Le problème, c’est qu’elle fait elle-même des choses quand même assez violentes régulièrement. Je me souviens entre autres de plusieurs remarques passives agressives et méchantes qu’elle m’a faites tout en souriant et en prenant son air doux de petite fille. Je me rappelle entre autres d’une fois où elle a glissé, enragée, entre ses dents la réplique « Oh oui c’est vrai! Selon toi il ne faut pas être végane! » … C’est violent d’abord dans le petit ton innocent qui était utilisé alors qu’elle était visiblement fâchée contre moi. C’est violent ensuite dans le fait que je n’ai absolument jamais dit ça de ma vie. La seule fois où je me suis prononcée publiquement sur le véganisme c’est dans un texte sur ce blogue et il est évident dans ce texte que ce n’est absolument pas ce que je dis. Je ne suis pas contre le véganisme. Absolument pas. Je suis contre certains arguments (et certaines attitudes comme la sienne) du discours végane qui sont mensongers et violents. C’est évidemment un très bon choix pour une alimentation éthique. Par contre, affirmer que tous les corps sont semblables et qu’absolument tout le monde peut vivre facilement et en santé en étant végane, c’est faux. Je l’ai vécu directement. J’ai même dû passer des examens où tu es rendu à fouiller dans ta propre merde et l’envoie dans un laboratoire où des inconnus vont ensuite fouiller dedans à leur tour pour voir si tu ne perds pas du fer parce que tu saignes de l’intestin avant de finalement me rendre à l’évidence que ce serait impossible pour moi de l’être, végane. Je prends des suppléments de fer depuis 6 ans (D’habitude 6 mois suffisent à remonter le niveau) et je suis encore proche du seuil limite de maladie… et mon médecin m’interdit d’être végane. J’ai un corps qui n’absorbe pas bien le fer peu importe ce que je fais et je ne peux pas en enlever de sources de mon alimentation. Et je ne suis pas la seule comme ça. Il y a cependant d’autres façons éthiques de s’alimenter, des façons de s’approcher d’un idéal.   

            Donc ce qu’elle fait, c’est qu’elle déforme complètement ce que je dis pour me faire sembler méchante et se donner raison que je le suis. J’imagine que le fait que j’aie précisé que tout le monde n’est pas en mesure d’adopter un animal d’un refuge en raison des exigences qu’ils ont est devenu dans sa tête « Elle est contre les refuges la criss de bitch! » … tout en se racontant qu’elle est douce. Je me souviens aussi d’une fois où elle m’avait dit que j’étais méchante avec mes amis (à cause des récits lus sur le blogue) et elle m’a demandé si j’en avais encore. Pour des raisons obscures, elle ne comprend pas que le blogue s’appelant « Les Violents », il raconte seulement les comportements violents qu’on me faire vivre dans ma vie et ne représente pas l’entièreté de ma vie… Et que ces comportements violents sont identifiés comme tels par des experts en santé mentale et non par moi… Oui, j’ai des amis et leur réaction a été unanime quand les sœurs Papin m’ont bloquée brusquement. La réaction a été : « Est-ce qu’elles ont des problèmes de santé mentale? ». 

            C’est aussi une personne qui veut qu’on mette des avertissements partout avant de parler de sujets difficiles, chose à laquelle je m’oppose. J’en reparlerai une autre fois plus longuement, mais ça a pris tellement de temps avant qu’on puisse en parler publiquement que je ne comprends pas pourquoi tout à coup il y a des personnes, incluant de nombreuses victimes d’agression, qui veulent que le discours sur cela soit très limité. Je suis en désaccord. J’en ai vécu à la pelle des agressions et des violences. Je ne veux pas qu’on arrête d’en parler ou qu’on m’avertisse avant de le faire. Je voudrais qu’on le crie sur tous les toits jusqu’à ce que le monde change. Et si ça me trouble, je vais me retirer temporairement et faire le travail sur moi pour devenir capable d’en entendre parler. Je ne vais pas interdire aux autres de la faire pour mon confort personnel. Mais c’est ce qu’elle fait, elle. Elle veut transformer le monde en boule de ouate mignonne et protectrice afin de ne pas avoir à faire le travail sur elle-même qu’elle est responsable de faire après un traumatisme… 

C’est beaucoup plus facile de m’éliminer… mais elle s’aveugle alors sur le fait que me faire ça n’a rien de doux. C’est au contraire hyper violent et me faire ça pendant que je souffre d’effets secondaires des violences que j’ai vécues est encore pire. Le fait que ce soit quelqu’un qui prétend aider les survivantes d’agression à aller mieux et qu’elle agisse comme ça est quand même aussi extrêmement perturbant. Il me semble que c’est possible de réfléchir dans la vie et de mieux analyser les situations. Cet homme qui m’a blessée au printemps. Je n’aime pas ce qu’il m’a fait et son évitement. Ça m’a profondément blessée et je ne méritais pas ça. Je ne pense pas pour autant que toute sa personne est de la merde et qu’il doit disparaitre de la surface de la terre et que je dois l’éliminer en le bloquant. C’est n’importe quoi, ce qu’elle m’a fait. 

J’ai décidé de symboliser ma colère contre elle en découpant toutes les choses qu’elle m’avait envoyées et en les lui renvoyant. Je lui ai écrit que je lui remettais sa violence, son immaturité, ses enfantillages et ses mensonges. Je lui ai dit aussi de ne jamais plus utiliser mon travail sans mon consentement, chose qu’elle avait faite et que j’avais trouvée troublante, même si c’était supposément pour rendre hommage à mon travail. J’étais très très calme en découpant ces choses. Ça m’a permis de vivre ma colère sainement et de lui rendre sa violence. J’ai mis le tout à la poste après et je me suis sentie libérée. Je sais qu’elle se racontera probablement que c’est mon comportement qui est violent et blablabla… mais non. Bloquer une personne qu’on connaît depuis 15 ans et qui ne nous a rien fait sans explication est extrêmement violent. Beaucoup plus que découper des petits papiers pour faire sortir la violence de l’autre de son espace personnel.  

Alors qu’elle ressent le besoin de me bloquer, je reçois en ce moment plus de messages que jamais de personnes qui me disent que mon travail est important et les aide à mieux comprendre ce qu’ils vivent et pourquoi certains événements et certaines personnes les ont blessées… Je vais les écouter elles, ces personnes qui prennent le temps de me dire qu’elles m’apprécient, au lieu de fonder ma perception de moi sur le comportement d’une fillette qui fuit et ment à mon sujet.   

            Quand j’entends les maudits mots « Juste du doux. », je me revois enfant avec ma mère ou mon père qui me tiennent par les épaules et me brassent en me criant d’être douce ou gentille sinon je ne suis plus leur fille… Toutes les émotions sont valides et importantes. Il ne faut pas mentir à leur sujet ni les interdire. Tu ne me feras pas monter à nouveau dans ce train-là, société… Sincèrement : What the fuck? 

Informe-toi sur les émotions, leur importance et leurs fonctions. Ça t’aidera.

Merci de me lire et bonne fin de semaine!  

(Ce texte est long et je reparlerai de la colère plus tard probablement, mais je voulais en avoir fini avec cette histoire… )

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