Peindre: 2e cours

            Durant la pandémie, à l’automne 2020, j’ai fait mon deuxième cours de peinture. Durant le certificat, ce sont des cours très généraux. Des cours de connaissances de base. Dans le premier on apprenait par exemple un peu les mélanges de couleurs et dans le 2e il y avait un peu plus de questions liées à la production sérielle et au geste. Dans les deux cas, j’aurais aimé qu’il y ait un peu plus de théorie, ne serait-ce que sur différentes techniques, même s’il s’agissait de cours d’ateliers. C’est sûr que oui, c’est bien d’avoir du temps et de l’espace pour produire dans le cours, mais parfois, pour des débutant, ce serait quand même bien de pouvoir observer un peu plus comment on fait les choses. 

            J’avais un peu peur au début. La pandémie avait éclaté près de la fin de la session et nous avions dû nous adapter pour terminer le mieux possible. Je ne savais pas trop à quoi ressemblerait une session entière en ligne. J’entendais beaucoup de personnes diminuer ce qu’il était possible de faire en ligne et surtout dire qu’un cours d’art en ligne était impossible. Ce n’est pas vrai. J’avais confiance en un sens, parce que j’en suis souvent, des cours en ligne et certains d’entre eux sont des cours d’art, justement. Le problème n’est pas tant le format, mais le peu d’expérience et de notions concernant l’enseignement en ligne qu’avaient les professeurs au début de la pandémie. 

            C’est cette lacune et non la technologie ou la personnalité de chacun qui a entraîné la conséquence que certains cours étaient moins bien… La motivation et l’état mental de chacun aussi, probablement. La fatigue qui envahissait tout le monde au début de la pandémie a également considérablement nuit. Cette professeure était bien et son enseignement aussi. Le principal problème que j’ai rencontré est qu’elle semblait avoir imaginé que chaque personne aurait un grand atelier à sa disposition. Ce n’est pas mon cas. J’habite dans un étroit 4 et demi sur deux étages dans l’est du centre-ville et mon atelier est minuscule. Parce que j’ai longtemps été précaire à mon travail, j’ai des dettes à rembourser qui proviennent de mon doctorat… Je n’ai donc pas les moyens d’avoir un atelier à l’extérieur pour le moment, et même si j’en avais eu un, il est possible que je n’aurais pas pu y aller à cause des périodes de confinement. Ça a rendu certains travaux pénibles, voire pratiquement impossible à réaliser. 

            Le premier travail de la session consistait à faire une peinture spontanée à partir d’une phrase liée à la forêt qu’elle nous avait donnée. J’ai produit ce pauvre lapin en peluche éventré. Je voulais peindre un lièvre afin de respecter ma mythologie personnelle, mais comme nous devions réaliser l’exercice dans des circonstances qui me sortaient de ma zone de confort, j’ai décidé de changer un peu la thématique abordée. Elle représentait alors un plus grand défi technique pour moi parce que ce ne sont pas des couleurs ni des textures que j’ai l’habitude de faire. 

            À la fin je l’aimais bien quand même… Il me donne à réfléchir sur d’autres projets que je pourrais faire. 

            Nous avons ensuite fait un exercice dans lequel nous devions reproduire rapidement au pastel des parties d’œuvres d’art célèbres. J’ai trouvé cet exercice très difficile, d’abord pour des raisons matérielles. Les feuilles sur lesquelles il fallait travailler étaient immenses et il n’y avait pas assez de place chez moi pour pouvoir bien faire le travail rapidement. Les feuilles étaient entre autres plus grandes que ma surface de travail. J’ai fini par les couper. Je ne sais pas pourquoi les gens sont toujours obsédés par l’idée de nous faire travailler sur de grands formats. Ensuite, les pastels que j’avais achetés étaient trop mous et fondaient dans ma main. Il a fallu que je retrouve mes vieux pastels pendant l’exercice, perdant ainsi un temps considérable de travail. C’est alors devenu plus intéressant. 

            Il y a beaucoup de personnes qui n’aiment pas reproduire les œuvres des autres. De mon côté ça m’a plu en fait. Je pense que c’est lié au fait que j’ai des traumatismes par rapport à la création et ça s’est déposé dans mon corps. Parfois ça fait que j’ai de la difficulté à me mettre en action puis à bouger lors du geste créatif. Reproduire ces images m’a forcée à délier mon corps un peu pour pouvoir reproduire les figures, en plus, encore une fois, d’utiliser des teintes qui ne sont jamais les miennes, ce qui m’a permis d’explorer la couleur un peu aussi… et les textures. Je me suis forcée à ne pas remplir, à ce que ça ne paraisse pas parfait. 

            Ensuite nous avons fait les deux projets liés aux séries. J’ai demandé la permission de continuer ma série liée aux femmes mortes dans l’isolement, mais près des autres en étapes qui correspondaient aux deux projets. J’ai produit les centres de trois triptyques dans le cadre du premier projet. 

            Je n’aime pas trop celui avec les rideaux. Il faudra le refaire. J’ai choisi de faire un format plus petit que ce qu’elle demandait à cause des contraintes que j’ai mentionnées liées à mon appartement et du fait que cela me semblait une thématique plus intime. J’ai envie qu’on s’approche pour les voir enfin. Pas qu’on se sente écrasés par l’horreur de leur mort. 

J’ai réaffirmé, dans ce cours, que je n’aime pas me faire dire comment faire. Je comprends que dans le monde contemporain il y a beaucoup d’enthousiasme pour l’art abstrait, enthousiasme et intérêt que je partage, mais ça ne veut pas dire qu’il n’y a plus rien à faire avec les représentations plus fidèles à la réalité, en tout cas plus fidèles sur le plan formel des apparences puisqu’une œuvre abstraite pourrait en fait représenter plus fidèlement une idée ou une sensation… mais bon, vous comprenez ce que je veux dire. Ce que je n’aime pas, c’est qu’une personne qui me donne un cours me pousse dessus sa définition et son idée de comment je devrais peindre… ou dessiner  ou… Je n’aime pas qu’on me dise qu’il n’y a qu’une bonne façon de faire les choses en général… Ça me met très en colère. Je finis toujours par faire à ma tête quand même, mais ça me demande des efforts que je trouve inutiles. J’ai tendance à plutôt poser des questions et donner des pistes de réflexion quand j’enseigne la création… donner aussi des moyens de sortir des blocages et des zones de confort… mais à la fin, je les laisse décider du type d’œuvres à produire. Je n’impose pas ma préférence. J’essaie de trouver ce qui est intéressant dans ce qui n’est pas moi. 

            Finalement à la fin j’ai rajouté les panneaux et l’extérieur pour deux des centres que j’avais produits. Ça a donné les triptyques présentés dans les billets précédents (Peindre : Sylvia et Peindre : Kitty). 

             Je suis heureuse d’avoir fait ce cours. Il y a eu des frustrations et des dépassements. J’ai hâte de voir quels cours je suivrai au baccalauréat cet automne. C’est une nouvelle grande aventure qui commence. C’est très enthousiasmant. Ça me ramène un peu plus dans la vie. 

            À bientôt! 

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