Progression

            J’ai encore mal, mais les choses changent un peu à l’intérieur de moi. Il y a quelques années, j’aurais cru que tous ces échecs relationnels venaient de moi, du fait que je suis une mauvaise personne, une personne pas intéressante, une personne inaimable et… c’est ce qu’on m’a appris. Si bien que je ne pouvais pas imaginer que qui que ce soit puisse sincèrement s’intéresser à moi et encore moins m’aimer. J’étais alors une bonne proie pour les personnes manipulatrices parce que je doutais de tout, à la fois de ma personne et de mes perceptions. 

C’est d’ailleurs assez fréquent chez les surdoués qui ont généralement été mis à l’écart, trouvés étranges, été rejetés et… toute leur vie et qui ont donc un désir d’être acceptés et aimés très fort puisqu’ils ne l’ont jamais été. Leur intelligence les rend aussi très facilement manipulables parce qu’ils sont toujours en train de tout remettre en question. C’est dangereux parce que parfois cela les amène à voir sous des angles acceptables des comportements qui ne le sont clairement pas, principalement parce qu’ils se sont intéressés de trop près à la souffrance de l’autre dans leur explication. C’est ça qui me faisait tomber dans des relations violentes avant. J’imaginais toutes les raisons qui faisaient que l’autre m’avait fait ce qu’il m’avait fait… mais j’oubliais de compter le fait que même s’il y a une explication à quelque chose, cela ne signifie pas que cette chose est correcte.     

J’ai réalisé que j’ai changé. C’est déjà ça. 

            Comme tout être humain, j’ai besoin que certaines personnes m’aiment, mais je n’ai plus besoin d’être aimée à tout prix, au sens où je n’ai pas besoin d’aller jusqu’à me trahir et me manquer de respect en laissant l’autre me maltraiter pour obtenir de l’amour. Je ne suis pas désespérée. J’ai grandi et j’ai appris. J’ai aussi fixé des limites claires pour moi à ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas. Je refuse aussi maintenant de porter les responsabilités de l’autre dans les situations et les conflits, ce qui peut fort probablement me faire passer pour dure et éventuellement méchante aux yeux des personnes qui veulent qu’on leur passe tout sans trop poser de questions. Je pense qu’il s’agissait d’une personne comme ça. Une personne qui pense qu’une personne qui accepte et pardonne tout est bonne pour elle, alors que c’est l’inverse et que cette acceptation et cette douceur infinies ne font que l’encourager à continuer ses comportements malsains.

            Mon hypothèse présente, pour la personne par qui j’étais intéressée et qui m’a finalement fait beaucoup de mal, c’est que cette fois il s’agissait d’une personnalité évitante. Quelqu’un m’a soufflé cette possibilité lors d’une conversation et j’avoue qu’après, en lisant et en m’informant sur ce trouble, je trouve effectivement que ça fait beaucoup de sens. Il ne s’agit pas d’une maladie mentale, donc oui, c’est possible pour moi d’affirmer que je reconnais l’autre là-dedans. Par contre, il serait incorrect de prétendre que je puisse soigner ce type de personne… donc pas besoin de me faire le reproche de poser un diagnostic. Ce n’est pas un diagnostic puisque ce n’est pas une pathologie… C’est un schéma comportemental trop répété par quelqu’un jusqu’à ce que cela devienne ce qui régit sa personnalité et sa façon d’être avec les autres. C’est en quelque sorte une réaction à des choses que ces personnes ont vécues, mais ça devient pénible pour l’entourage… et parfois abusif. Souvent même. 

            Dans le cas de cet homme, ça correspond pratiquement point par point. C’est une personne qui ne s’aime pas, mais qui a quand même un besoin très fort d’être aimé, mais comme il ne s’aime pas, il va saboter les relations, en partie pour éviter d’être rejeté. Il rejette donc l’autre avant, ou le tient à distance à l’infini si jamais il reste en relation avec. C’est terrible parce que pour faire ça, il utilise les autres, dans ce cas, moi. C’est une personne qui a une perception déformée de la réalité, qui pense que tout est pire, voire à la limite qui est paranoïaque. Je pense qu’il pense que je lui veux du mal. Ça m’a vraiment troublée quand il a prétendu que je l’avais berné, alors que dans cette histoire, c’est clairement moi qui ai été bernée. C’est clairement aussi moi la seule à avoir été honnête et à avoir travaillé pour que ça fonctionne.   

            J’ai encore trop tendance à idéaliser les autres. Je ne me méfie pas assez. J’étais une cible assez facile, au fond, dans la mesure où il m’a montré exactement ce dont j’avais besoin et que je n’ai jamais eu : quelqu’un qui comprend ce que j’ai vécu, s’y intéresse, veut me respecter là-dedans et veut être là pour moi… mais ce n’était pas vrai et c’est ça qui fait mal. C’était juste du vent. Je ne savais pas qu’il y avait d’autres personnes qui faisaient cette technique du miroir en dehors des narcissiques, mais oui. Ça fait quand même aussi mal quand on se rend compte que c’est faux même si les intentions étaient peut-être moins mauvaises… 

            La personne avec ce type de personnalité va aussi se dire qu’elle ne fait rien et que c’est l’autre qui est méchante. Elle va par exemple fuir et se dire qu’elle n’a rien fait puisque fuir c’est se retirer de la situation… Ça semble n’être rien, mais en fait, la fuite est une agression psychologique pour la personne qui est fuie. Souvent l’autre pense qu’il n’a rien fait parce qu’il s’est dérobé, mais en fait ça fait beaucoup de mal à la personne désertée. Le silence et la fuite de l’autre peuvent vous rendre malade physiquement tellement ça active des zones sensibles du cerveau. Après, la personne qui a été désertée se fâche ou pleure et ensuite l’autre a le beau jeu de prétendre qu’elle se plaint pour rien et que sa réaction est inadéquate puisqu’il n’a rien fait d’autre que s’enlever de là… C’est donc clairement de la manipulation. 

            Il m’a fait toutes sortes de reproches et a essayé de me mettre la situation sur le dos de façon plus ou moins subtile, tout en prétendant faussement assumer ses torts, mais c’est lui qui a volontairement fait échouer la relation. Il refuse simplement d’en être tenu responsable parce que ça impliquerait de changer. La personne avec un trouble de la personnalité évitante est une personne qui sabote la relation afin de se prouver qu’elle est mauvaise. Mais ça fait mal. C’est comme si cette personne ne voit pas ton existence réelle. Elle joue la relation toute seule. Elle se raconte des choses sur toi et ce que tu penses d’elle, mais ces choses sont inventées par elle et elle ne le voit pas. 

            C’est vraiment super perturbant de vivre ça. Surtout quand tu les vois, les solutions, mais que l’autre s’enferme dans son raisonnement faux et ne veut pas en sortir par peur. La personne va par exemple te dire que tu ne comprends rien alors que la personne n’explique pas… ou pas vraiment… ou ment, consciemment ou pas en changeant de version à chaque fois qu’elle te parle. La personne finit par créer le rejet, mais c’est elle en fait qui t’a rejetée. 

            C’est lui qui a commencé la relation. C’est lui qui s’est arrangé pour que j’aie de l’intérêt. C’est lui qui a détruit la relation quand nous avons commencé à nous rapprocher parce que c’était trop effrayant pour lui. Je lui ai donné plusieurs chances, mais l’inverse n’a pas été vrai. Moi, tout ce que j’ai fait a été considéré comme terrible et impardonnable. Le pire, je pense, ça a été d’être placée en position de devoir prendre soin de la personne qui me blessait. Il me demandait, en d’autres mots, de voir comment il souffrait de m’avoir brisé le cœur et comment la situation était terrible pour lui. Ça ça me perturbe vraiment beaucoup. Sa souffrance est réelle, mais ce n’est pas à moi d’en prendre soin après qu’il m’ait fait mal, surtout s’il m’a enlevé l’espoir d’une relation. Dans une relation, parfois il y a des conflits et après les deux peuvent prendre soin l’un de l’autre. Là ce n’était pas ça, il m’était demandé de prendre soin d’une personne qui m’avait blessée sans que personne ne prenne soin de moi et alors qu’il avait mis fin à la relation. C’est injuste de faire ça à quelqu’un. Il dit que ce n’est pas de sa faute, mais oui, c’est de sa faute. C’est lui qui a fait les choix qui ont mené à cette situation. Il y a parfois quand même des moments où il les voit, je pense, mais les raisons qu’il s’invente alors le maintiennent dans le même problème.

Je ne pense pas que ça me sert à quelque chose d’espérer quoi que ce soit de lui. Je ne pense pas que j’entendrai à nouveau parler de lui. Je l’ai fait, espérer, mais je pense qu’il déforme tellement les faits pour se protéger que ce n’est pas possible qu’il puisse même vraiment se mettre à ma place et comprendre ce que ça m’a fait d’être traitée de la sorte. Je me sens détestée et pas importante. Je reste avec l’impression de ne pas avoir été vue et de n’avoir aucune valeur pour l’autre. Il a essayé de me faire croire aussi que ce n’était pas grave ce qu’il avait fait et que j’exagérais. Je ne comprends pas pourquoi il reste encore des personnes adultes qui ne comprennent pas que ça fait mal et que ça peut être très grave de prendre les sentiments des autres à la légère. Quand je lui ai parlé de cela, il a dit que je l’insultais. Ce n’est pas insulter quelqu’un que de décrire son comportement. Si une personne nous manipule, on a le droit de dire qu’elle nous manipule. La seule personne qui l’a insulté, c’est lui. Pas moi. Mes amis n’ont pas été tendres non plus parce que mes amis aussi sont tannés que je vive ce genre de situation. Je ne mérite pas d’être traitée de cette façon. Ils n’ont jamais cru que ce n’était pas de sa faute ni que j’avais pu faire quoi que ce soit pour être traitée comme ça. Ni que ça pouvait être gentil de sa part. Ni que ce qu’il avait fait n’était pas grave. Ils ont en fait été beaucoup plus durs avec lui que moi. 

            Le positif de cet échec est que j’ai pu constater que maintenant, je les vois, ces formes de manipulation. Je ne me rejette plus quand les autres me rejettent. Je prends soin de moi. Je mets des limites pour faire arrêter les comportements d’abus même si l’autre essaie de me faire croire que je suis méchante de le faire… À un moment donné, mon cerveau arrêtera de sauter, de répéter et de chercher à faire du sens avec tout ça. Mes amis me disent qu’il n’en vaut pas la peine. C’est possible, mais je pense que tout le monde vaut la peine qu’on essaie de le comprendre… Il reste que ce n’est pas pour lui que je fais cette réflexion et ces recherches, mais pour moi… parce que moi je vaux la peine de faire des efforts, je vaux la peine de comprendre ce qu’il s’est passé pour ne plus jamais m’y laisser prendre. 

            Bonne fin de semaine et à plus!      

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