La force (partie 1)

The only way out is through – Robert Frost

            Ça va enfin mieux. Enfin vraiment vraiment mieux. L’état de choc est finalement passé hier et j’ai pu recommencer à respirer et penser normalement. Ça a été comme une injection massive de calme dans mon cerveau. C’est arrivé après avoir eu une rencontre fort efficace avec mon psy. Une rencontre après laquelle je n’avais plus rien à analyser de la situation… Je vais expliquer mieux. 

            Je sais que ce que je vis est très difficile à comprendre pour les personnes qui ne l’ont pas vécu. Peu de gens ont des expériences ou une formation qui leur permet de comprendre la nature et la sensation de l’état traumatique. Nous vivons aussi dans une culture qui a un rapport extrêmement malsain aux émotions, ce qui complique les relations, que ce soit avec soi-même ou avec les autres. J’en ai déjà parlé, mais ça vaut la peine d’être répété. Au Québec, nous avons tendance à classer certaines émotions comme mauvaises ou négatives ou néfastes… comme la colère ou la tristesse… et à les fuir ou vouloir qu’elles passent le plus vite possible. C’est faux et c’est la pire chose à faire. Il n’existe pas d’émotions néfastes ou négatives. Les émotions sont des états qui nous informent et que nous devons vivre afin de savoir ce que nous avons besoin de changer dans notre vie pour aller mieux. Par exemple, si je fuis mon anxiété et ce qui la cause, elle reviendra toujours, inévitablement. Alors que si je m’y expose et que je la ressens, j’apprendrai de nouvelles choses au sujet de ce qui la cause, mais aussi au sujet de moi-même… Elle passera aussi naturellement après un certain temps et a moins de risques de se reproduire dans les mêmes circonstances. 

            Souvent, quand on vit des déceptions amoureuses, les gens nous disent de juste se changer les idées et de passer à autre chose rapidement… Ils ne veulent pas voir votre tristesse, ni la sentir. Ils veulent que vous alliez bien. La situation que j’ai vécue est cependant plus complexe que ça et n’est pas tout à fait une déception amoureuse. Je ne me retrouve pas en état de choc après tous les hommes qui me déçoivent non plus… Il faut que la situation soit vraiment traumatisante pour moi. Comment elle affecterait une autre personne n’a aucune importance et ce n’est pas aux autres de décider ni de me dire comment en sortir. Je sais comment me sortir d’un état traumatique… C’est moi, l’experte de moi, sur ce sujet. 

            Je sais que l’envie de fuir ne sert à rien. Essayer de le faire me détruirait davantage. Sous l’effet du traumatisme, dans le stress post-traumatique en particulier, le cerveau devient comme un disque qui saute. Je l’ai déjà dit aussi, mais c’est mieux de le répéter. Le stress post-traumatique survient quand un événement vient briser votre vision du monde. Quand la vision du monde est brisée, ça laisse devant un monde insensé… Hors l’esprit humain a besoin d’au moins une illusion de sens pour fonctionner. Donc quand on est en état de choc, si on veut continuer la métaphore, l’esprit va être comme un disque qui saute jusqu’à ce qu’un nouveau sillon se creuse… ou, dans les faits, jusqu’à ce que la personne arrive à intégrer ce qu’il s’est passé de façon cohérente dans sa vie et dans sa vision du monde. C’est juste impossible que ça passe avant, même si de l’extérieur les autres peuvent avoir l’impression que la personne ne fait pas d’efforts, devrait se retenir d’en parler et… La personne n’est pas capable et ça ne sert à rien de vous impatienter ou de critiquer sa façon de faire. 

            S’ajoute à cela le fait d’être surdouée. Le cerveau de la personne surdouée analyse tout, constamment, partout, sous tous les angles et… Dire à une personne surdouée que ça ne sert à rien d’analyser ou d’essayer de comprendre ne sert absolument à rien. Elle ne peut pas arrêter son cerveau (à moins d’une entraînement de méditation de plusieurs années que je n’ai honnêtement pas et qui n’a pas non plus un effet garanti…). L’intensité de cette activité risque même d’augmenter en rapidité et en quantité lors d’un traumatisme, en particulier si la personne n’a pas de réponses claires de la personne à l’origine du traumatisme, que cette personne soit tout simplement confuse ou qu’elle soit manipulatrice et cherche à créer la confusion volontairement ne change rien… La personne surdouée gère rarement bien les situations qui lui restent incompréhensibles, mais qui affectent sa vie. Elle ne peut pas, ne pas savoir. 

            Aussi, avec une histoire comme la mienne, une histoire de traumatisme multiples, c’est aussi quand même assez délicat et il manque beaucoup de morceaux aux autres pour comprendre… Par exemple cette fixation que j’ai sur le fait qu’il voulait que je sois gentille… La colère que cela me fait vivre ne vient pas de nulle part. Un commentaire qui pourrait sembler pas grave pour quelqu’un d’autre a un autre sens pour moi. Ici, l’intensité de ma réaction face à ça vient du fait que quand j’étais enfant et que je me fâchais parce que mes parents me faisaient des choses injustes et abusives genre me mentir ou me manipuler ou essayer de me faire croire que j’avais halluciné quelque chose et que je me fâchais, au lieu de me soutenir, ma mère me disait sans arrêt que ce n’était pas moi, être fâchée, que j’étais douce et gentille et que tant que je ne serais pas comme ça, je ne serais pas sa fille… C’est super violent, essayer de définir comme ça quelqu’un de l’extérieur, lui dire quoi être et comment être… C’est super violent aussi de renier son enfant parce qu’il dénonce tes abus. Donc, quand il me disait des choses comme ça, d’être gentille sinon il ne me répondrait plus, c’est le même traumatisme qui se répète, soit une personne qui me fait quelque chose d’inacceptable et qui essaie de me faire croire que je devrais l’endurer en étant gentille. Je suis retraumatisée par ça et ça a des effets secondaires. Pour moi, c’est une situation qui fait très mal, qui est insupportable. Elle réveille aussi un vieux doute face à moi-même qui vient de très loin…. De quand mes parents me faisaient douter de moi afin de ne pas avoir à changer ou à évoluer… Mais maintenant je sais que je ne dois pas douter de mes perceptions quand je me retrouve dans ce genre de situation. 

            J’aimerais qu’il y ait une façon d’aider les enfants à développer davantage leur conscience d’eux-mêmes et des autres… On commence à développer ça un peu, mais je trouve que c’est lent. Je trouve que les gens ne réfléchissent pas assez aux effets de leur comportement sur les autres et sur eux-mêmes. On peut bien l’observer avec les partys sur les plages en ce moment alors que les mesures sanitaires liées à la pandémie ne sont pas levées encore… Les gens veulent aussi être innocents de tout, on dirait… ne se poser aucune question. Ne pas prendre leurs responsabilités. Ne pas reconnaitre ce qu’ils ont fait. Ne pas vouloir être tenus responsables de ce qu’ils ont fait à quelqu’un justement à cause de cette inconscience… et je trouve ça lâche et insupportable… 

            Je vais continuer bientôt… Je pense que c’est bien d’expliquer pourquoi cette situation m’a autant affectée et pourquoi j’ai choisi de passer au travers comme je l’ai fait. C’est normal que ça m’ait pris quelques semaines avant d’aller mieux. Plus jeune j’aurais eu plus peur parce que j’aurais pensé que cet état ne s’estomperait jamais et que j’aurais pour toujours l’esprit dans la brume… mais cette fois, je savais ce que je faisais. Ça me montre que j’ai grandi et que je suis devenue plus forte. 

            Bonne journée et à plus!      

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