Reprendre vie

            Ça commence à aller mieux, même si ça ne va pas très bien encore. Le fait de me retrouver en vacances a comme ouvert la porte au déversement d’une grande partie de la tristesse que j’avais refoulée pour réussir à finir la session de mon mieux et le plus vite possible. Je savais que j’aurais besoin de repos après, pour continuer à me remettre et retrouver le sourire pour les nouveaux étudiants que j’aurai dans deux semaines. Au moins, au collège où j’enseignerai cet été, les cours sont un peu espacés. Ça me donnera la possibilité de continuer à bien prendre soin de moi et de ne pas être trop fatiguée pour l’automne, moment où plusieurs de mes projets démarreront.

            C’est important de pleurer. C’est une très bonne chose. Ça ne sert à rien de cacher sa peine ou de la nier. Ce n’est pas bon de la arder en soi. Elle est le signe de combien je m’étais investie dans l’histoire, de combien c’était important pour moi… de comment ça m’a profondément blessée aussi, sans que j’aie fait quoi que ce soit pour mériter ça. 

            Ça me prend du temps, me remettre de ce genre de situations. C’est en bonne partie à cause des nombreuses violences et relations malsaines que j’ai vécues durant ma vie. C’est aussi parce que ça reste un choc psychologique quand même important, quand une personne fait semblant d’être quelqu’un qu’elle n’est pas. C’est finalement parce que ça faisait plusieurs années que j’étais curieuse de cette personne… mais comme m’a dit le vieux monsieur en bas de chez moi : « Maintenant, tu sais comment il est. Tu sais à quoi t’en tenir. ». C’est une grande déception. 

            Chacun a son mot à dire, son conseil, sa recommandation. C’est bien gentil, mais je sais quoi faire. Ça fait malheureusement plusieurs fois que je dois me remettre de situations traumatisantes. C’est mieux d’y penser. Un certain temps du moins. La situation que j’ai vécue reste un choc psychologique. On ne s’attend généralement pas à ce que les gens fassent des virages à 180 degrés comme ça du jour au lendemain… et qu’ils continuent à mentir après… Mais comme j’avais écrit et comme ma belle-sœur dit, il faut s’en tenir aux actions et non à ce que la personne dit. C’est facile de prétendre avoir eu telle ou telle intention une fois que les choses sont faites… Les faits sont qu’il a menti, il a manipulé, il a fui au premier signe de conflit et il a continué à mentir après… et même après que ce soit évident qu’il mentait, il a menti encore… Je ne peux pas faire beaucoup de bien avec ça… peu importe les qualités qu’il avait fait semblant d’avoir avant.

            J’ai le cerveau qui est comme un disque qui saute. C’est incroyablement lassant et pénible. Ce l’est pour les autres aussi. Désolée de radoter. C’est le choc qui fait ça… en partie le stress post-traumatique aussi. Mon esprit va sauter et répéter jusqu’à ce qu’il intègre l’expérience et puisse reprendre son cours normal. Il y a des bouts de phrases qui me reviennent en tête… des choses troublantes et étranges… comme quand il a dit qu’il « ne se ferait plus prendre à lire mon blogue… ». Comme si c’était un piège que je lui ai tendu et non le reflet de ce qu’il m’a fait. Ce n’était pas un piège… j’ai été complètement transparente sur le fait que j’écris ce blogue et que les personnes qui me font du mal s’y retrouvent… S’il y a un risque que la personne soit reconnue, j’attends, mais là ce n’était pas le cas et je n’ai donné aucun indice de son identité, si ce n’est que c’est quelqu’un que je connais (peu) depuis longtemps. Je trouve ça fou, cette arrogance. Je pense que beaucoup de personnes se mentent à elles-mêmes concernant la gravité de ce qu’elles font aux autres. Je pense aussi que plusieurs personnes ont dû lui laisser passer beaucoup de choses dans sa vie. Ce n’est pas méchant de ma part de le tenir responsable de ce qu’il fait. C’est juste ça, être un adulte. Si lui-même ou d’autres personnes l’avaient tenu responsable de ses actions avant, je n’aurais probablement pas eu à vivre ça.

            Je me sens comme si j’avais reçu un coup de pelle sur la tête et un coup de poing dans le ventre… Je me sens comme le pauvre lapinou éventré que j’avais fait dans mon cours de peinture et dont je reparlerai bientôt… 

             Mais c’est ça, la suite des traumatismes… Ça prend du temps. Les nausées se sont un peu estompées. J’ai moins l’impression d’être étourdie. Mon esprit saute et répète encore les mêmes choses, mais je n’ai plus l’impression que je vais devenir folle ni l’envie de hurler… ou en tout cas… j’ai moins souvent envie de hurler.

            Je sais quoi faire. 

            Je prends des bains. Je travaillent avec les huiles essentielles qui ne guérissent rien, mais apaisent… Je cours. J’ai commencé la routine de yoga contre le stress post-traumatique d’Adrienne. Ça m’aidera à reprendre vie dans mon corps et à retrouver de la mobilité. Les chocs psychologiques figent le corps autant que la pensée malheureusement. Je mange bien. J’essaie de dormir le plus possible. J’écris. Je paie des séances supplémentaires avec mon psy. Je m’accorde le droit d’arrêter et de me reposer. Il faudra que je recommence à méditer. C’est important. À la longue c’est mieux que les médicaments. Je fais des projets. Je rêve à l’avenir. Je me demande comment me réinventer pour la suite… Oui, j’ai été victime des agissements de cette personne, mais non, je ne me victimise pas. Je cherche des solutions pour avancer et me sentir mieux. Pour me sortir de là. Je n’essaie pas de cacher que j’ai été blessée. Ça ne fait pas de moi quelqu’un de faible. Je sais que je m’en sortirai… et que je dépasserai ce choc, même si cette histoire était importante. Je préférerais avoir tort. Je préférerais qu’il ait été la personne qu’il disait être. Je préférerais ne pas avoir mal. Je préférerais être heureuse et aimée sainement. Mais ce n’est pas ce qui s’est passé. Je sais que je n’aurai jamais ni justice ni compensation ni réparation pour ce que j’ai vécu. Ça me rend amère pour le moment. Ce n’est pas moi qui ai tué cette histoire. 

            J’ai recommencé à travailler sur mes bandes dessinées. Le fait de revenir sur ces histoires du passé me rappelle ma force et comment j’ai toujours su dépasser des situations graves et vivre encore après, souvent mieux. Je nettoie mon coin peinture aussi afin d’avancer ces projets-là. Je dois réimprimer mon roman pour en faire une première relecture annotée depuis longtemps afin de retrouver le fil et d’avancer pour le terminer cette année. Il a assez traîné.

            Je vais guérir. C’est déjà commencé. J’ai un peu moins mal dans la poitrine là où mon cœur s’est brisé (pas seulement de façon métaphorique). Ma cage thoracique est un légèrement moins oppressée. Je respire mieux. Je le sens avec l’énergie qui remonte un peu chaque jour. Il reste que, la prochaine fois qu’un homme me dit que je suis gentille. Je me sauve en courant et en hurlant en bougeant les bras dans les airs frénétiquement. Vous aurez juste à vous boucher les oreilles.  

            D’ici-là, il faut écrire, il faut peindre, il faut dessiner… Il faut vivre, même sans les personnes qu’on aurait voulu aimer, si c’est nécessaire.    

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