La suite de la solitude pandémique

Mes sentiments ont évolué par rapport à la solitude pandémique qui s’éternise. Au début je l’ai trouvée exaltante, puis aussi en alternance terrorisante pendant les périodes où j’ai été bombardée de flashbacks du passé. Après, il y a eu une période où j’étais tellement occupée par les cours, mon travail, ma pratique artistique et la maladie du chien, au point où je ne sentais plus rien. Puis, quand j’ai eu un moment difficile au travail, je l’ai vécue comme un isolement forcé qui nourrissait mon anxiété. Bref, ça a beaucoup fluctué. 

Maintenant, à certains moments, je l’apprécie encore, cette solitude. À d’autres moments, je commence à trouver cela pénible. C’est sûr que c’est plus difficile depuis que le chien est mort. Ma solitude d’avant était peuplée. Il prenait beaucoup de place. Il y a eu un grand trou après son départ. Beaucoup de souffrance aussi. Un peu de soulagement, parce qu’il souffrait terriblement à la fin. Je n’ai pas très bien recommencé à dormir la nuit. C’est le moment où sa présence/absence est la plus forte. Probablement parce que c’est à ce moment qu’il faisait ses crises. Je me réveille encore au milieu de la nuit à l’heure où il me réveillait pour sortir parce qu’il n’arrivait plus à tenir. C’est à ce moment que la solitude est la plus difficile, puisque je dois réaffronter sa mort à chaque fois sans l’appui de quoi que ce soit du monde extérieur qui pourrait me divertir de mon ressenti. Je finirai par l’accepter et guérir, mais ça va déjà un peu mieux.    

            J’ai remarqué aussi que je trouve la solitude plus difficile quand je travaille, quand j’ai des obligations et que je ne peux pas faire ce que je veux. Je pense que cela signifie que j’ai besoin d’être en mesure de pouvoir créer du plaisir au sein de ma solitude pour pouvoir mieux la supporter. J’ai besoin de lire, de peindre, de dessiner, de jouer avec un animal… Sinon la solitude est très difficile à vivre. On dirait que mon espace est devenu étranger depuis que j’y suis complètement seule. Je ne sais plus trop où me poser ni où me réconforter… mais j’ai bougé beaucoup de choses aussi. Il y a un lien, quelque chose que je n’ai pas fini d’installer et que j’aménagerai dans les prochaines semaines. 

La solitude pandémique me dit aussi que je m’ennuie de mes amis. Je peux aller marcher avec elles et eux, mais ce qui me manque vraiment, c’est de pouvoir me poser dans un endroit, accompagnée, de passer des moments confortables où nous pourrions partager quelque chose, même juste manger. Je l’ai fait une fois récemment et ça m’a révélé que cela me manque beaucoup. Je ressens en ce sens une forme de manque de présence ces jours-ci et cela m’attriste. C’est quelque chose de positif, je pense… parce que je crois que ça signifie que je vais mieux si je peux ressentir le manque des autres. Ça veut dire que je suis assez guérie intérieurement pour pouvoir sentir ce qu’il se passe dans mon cœur. J’aurai quand même plus de temps bientôt et je pourrai remédier au moins un peu à ce manque, ne serait-ce qu’en sortant plus. 

J’ai fini ma session universitaire. Je vais finir la session au cégep sous peu. J’ai infiniment hâte de reprendre les activités qui me permettent d’être heureuse dans l’isolement forcé. Je me sens vidée. Je veux juste lire à l’infini, ranger et reprendre mes projets comme ma série de toiles et la bande dessinée. Je veux commencer de nouveaux projets. Je veux prévoir et décider de ma journée et ne pas juste subir un horaire décidé par d’autres. Juste ce détail me fera me sentir beaucoup plus vivante.   

Je trouve intéressant de penser à ce qui me permet d’être bien dans ma solitude et de ne pas chercher à fuir cette expérience. J’aime le fait d’avoir un espace temporel et subjectif pour réévaluer ce qui est vraiment un besoin ou pas, mais aussi ce qui permet le bonheur, ce qui donne la possibilité de connecter à l’autre et de questionner comment ouvrir un peu plus ma vie aux autres. J’ai eu cette réflexion, ces derniers mois, que peut-être j’étais prête à une vie un peu différente, à un rapport à l’autre aussi un peu différent. On verra où ça me mènera. 

Je pense que c’est parce que la pandémie m’a forcée à beaucoup examiner qui je suis et ce que je veux pour ma vie. J’ai pris plus confiance en moi aussi. Beaucoup. À cause de choses que j’ai faites, dites, écrites et… durant la dernière année, mais également à cause du fait que je n’ai pas pu échapper à mes souvenirs et que j’ai dû me forcer à examiner et régler quelques effets qui me restaient des violences que j’ai vécues, ou en tout cas diminuer leur influence sur ma vie. 

J’observe aussi que depuis que je suis arrivée à mieux savoir ce que je veux dans la vie, j’ai moins peur de la vie et des autres. J’ai aussi moins peur de m’engager de différentes façons. Je sais que je vais protéger mes rêves et mes projets, peu importe ce que les autres me font. Il me semble que cela m’apporte beaucoup de force et de bonheur. Ça fait du bien. Je me sens plus heureuse.

Ma solitude imposée de la dernière année m’a aussi montré que je suis beaucoup moins seule que je pensais et que je compte pour plus de personnes que je l’imaginais jusqu’alors. Je pense que c’est parce que je vais mieux et que j’ai moins peur des autres. Je peux aussi m’intéresser davantage à eux maintenant que les effets secondaires des violences vécues ont diminué. J’ai plus d’espace subjectif pour me tourner vers l’autre et en prendre soin. C’est très agréable pour moi. Ça me manquait d’avoir assez d’énergie pour cela. C’est probablement aussi plus agréable pour les autres qui doivent se sentir plus vus et entendus qu’avant. 

On verra la suite Je pense que l’expérience de l’isolement pandémique aura été globalement bénéfique pour moi, même si j’aurais préféré vivre cette expérience sans que qui que ce soit doive souffrir, voire mourir, mais je comprends qu’alors l’intensité de l’expérience aurait été bien moindre et probablement moins transformatrice. Je me sens enfin aussi étrangement plus mobile. Une partie de mon anxiété sociale est disparue et cela doit aider. J’ai envie de retourner dans le monde, même si je sais que je serai encore limitée un temps dans mes déplacements. J’y arriverai quand même. 

Finalement, je pense pouvoir revenir ici plus activement. J’essaierai aussi d’écrire des textes d’avance pour ne plus m’absenter aussi longtemps. Je serais intéressée à entendre comment vous trouvez que la solitude pandémique vous a transformés ou pas. À bientôt! 

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