Peindre la vie des femmes

Il y a quelques mois, j’ai décidé de peindre une série de triptyques portant sur la vie de différentes femmes, plus particulièrement sur leur mort. Les femmes dépeintes dans cette série ont pour caractéristique d’avoir vécu une mort qui représente un échec pour la communauté à laquelle elles appartenaient. Leur mort a en général eu lieu près des autres, mais, en même temps, alors que ce qui leur arrivait était complètement ignoré par les autres. Elles illustrent comment les humains échouent parfois à venir en aide à leur prochain, parfois par égocentrisme, parfois par inconscience, souvent par peur.   

L’ensemble sera peint sur des panneaux de bois reliés par des pentures dorées. Les panneaux centraux sont de 12 par 12 pouces et chacun des petits panneaux est de 6 par 12 pouces. Je vais peindre les petits panneaux à l’intérieur et à l’extérieur. À la fin, l’ensemble représentera trois fois une surface de 36 par 36 pouces. J’ai choisi de faire des formats plus petits à cause du caractère intime du sujet, qui inspire une forme de recueillement et de réflexion au sujet de l’humanité plutôt qu’un format plus grand qui ajouterait à la lourdeur du sujet en étant très imposant. Le format plus petit invite aussi le spectateur à s’approcher et à entrer plus intimement dans l’histoire des femmes peintes. Je voudrais atteindre au moins 12 triptyques pour ma série, mais le sujet me semble infini et pourrait perdurer au-delà de ces 12 itérations. Je travaille principalement au pinceau et à l’acrylique. Je vais continuer à réfléchir à si je veux inclure d’autres matériaux… 

Les panneaux centraux représentent des lieux où des femmes sont mortes dans des conditions de violence et d’isolement extrêmes. Ils sont peints de façon très détaillée et réaliste. Mon objectif est de donner une image très concrète et dure de leur mort en insistant sur le caractère rigide et vide de l’endroit où le décès a eu lieu.  

            L’intérieur du volet gauche représentera à chaque fois le visage de la femme décédée. Je n’ai pas l’intention de peindre ces visages de façon réaliste. Je pense faire seulement les contours du visage et ne pas peindre les traits. J’ai choisi d’adopter cette méthode afin de dénoncer le fait qu’elles ont été traitées comme si elles étaient des choses et non des personnes. Le visage étant le symbole de l’identité, le fait de ne pas le peindre montre que l’humanité en elles a été effacée.

            L’intérieur du volet droit représentera un élément lié au corps de la personne décédée, mais pas nécessairement dans son entièreté. Encore une fois, l’objectif est de montrer comment le fait que ces femmes étaient des personnes ayant droit au respect et à la vie n’a pas été respecté. Le fait de morceler le corps dans le tableau insistera encore une fois sur le fait qu’elle ont été vues en tant que non humaines, un peu comme dans la pornographie, où les images de bouts de corps font perdre le sentiment de l’humain autour de ce bout de corps.  

            Le panneau extérieur, celui formé par les volets fermés, représentera les lieux où elles sont mortes, mais de l’extérieur cette fois. Je reprends ainsi une partie de la tradition des triptyques dont les panneaux extérieurs fermés montraient une image du monde de plus loin (par exemple pour Le jardin des délices de Bosch qui montre une sphère représentant le terre).  

Ces triptyques s’inspirent de la tradition de la peinture religieuse. Les panneaux d’autel servaient surtout, au début, à honorer la vierge Marie, qui représente aussi la mère de tous les hommes, mais qui est, avant tout, une femme ayant dû faire le sacrifice de sa vie pour l’humanité, pour la racheter de ses vices avec la mort de son fils. Je trouve qu’il y a un lien pertinent à faire avec le fait que les vies de ces femmes ont été sacrifiées par les autres à différents niveaux, en bonne partie à cause de ce que l’on peut nommer leurs vices. La couleur dorée utilisée pour peindre les bordures renvoie aux retables, mais est aussi là pour souligner le caractère précieux de chacune des vies peintes dans le cadre du projet. 

            Je pense que le thème convient bien au format choisi. Les triptyques ayant été développés dans le cadre des retables religieux, les notions de souffrance et de martyre y sont très souvent présentes. Ce sont des notions qui recoupent la vie de ces femmes. Par ces tableaux, j’aspire à leur redonner une part de l’humanité qui leur a été enlevée durant leur vie et à reconnaître leur souffrance dans son infinité. 

            Durant les semaines à venir, je vous présenterai certains des triptyques. J’en ai terminé deux et un troisième est bien avancé. 

            À bientôt!  

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