Les traumatismes et les relations (partie 3)

            Quand je suis sortie de la relation avec un prof de math d’une université montréalaise qui m’a conduite à souffrir de stress post-traumatique, je n’allais vraiment pas bien, je l’ai dit dans mon dernier billet. Je n’ai pas mentionné que j’avais quand même réussi à terminer mon doctorat à ce moment. Plus lentement que je l’aurais fait normalement, mais j’ai réussi… et j’étais gênée d’avoir pris plus de temps pour le faire… J’étais très seule. Mon meilleur ami m’avait plantée là après que je me sois révoltée contre des choses qu’il me disait. Il préférait la compagnie de filles de 19 ans. J’étais devenue trop plate et trop révoltée en même temps… Je ne connais pas beaucoup de personnes qui ne sont pas plates après un trauma, mais bon… Il avait trouvé mon chum sympathique la seule fois où il l’avait vu… donc ça devait être moi le problème…

            Certains diront que je ne devais pas être si mal, si j’ai réussi à terminer mon doctorat. Ce n’est pas le cas. J’allais très mal. Je me suis endettée parce que ma bourse arrivait à sa fin et que j’étais incapable de travailler en même temps que je finissais de rédiger et que j’avais besoin de rédiger. M’accrocher à ma thèse, qui parlait de violences terribles qu’avaient vécues des écrivaines, c’est en partie ça qui m’a permis de sortir du gouffre. Ça, mon psy et l’adoption de mon chien qui m’a permis de m’accrocher à un autre être vivant qui ne me trahirait pas et dont je devenais responsable. 

            J’ai réussi aussi parce que je suis neuro-atypique. Je suis surdouée, je l’ai déjà dit. C’est l’affaire que je sais la mieux faire, penser. C’est en bonne partie ma raison de vivre. Ce qui me fait avoir envie d’envoyer chier n’importe qui me conseillant de penser moins, soit une bonne partie de la population. Je pense qu’ils auraient besoin de penser plus, au contraire, les autres… et d’arrêter de me dire de penser moins. Ça n’arrivera pas. Ça me met en colère aussi quand on me dire que je ne suis pas vraiment différente. C’est faux. D’autres zones du cerveau sont activées pour faire les mêmes tâches chez une personne neuro-atypique que chez une personne neuro-typique. Il n’y en a pas une qui est meilleure que l’autre. C’est un fonctionnement différent, c’est tout. Ma potentialité et ma rapidité d’apprentissage sont généralement beaucoup plus développées que celles des neuro-typiques. Il faut quand même que je fasse des efforts. Les apprentissages ne se font pas seuls. Par contre, les neuro-typiques, ils sont beaucoup mieux adaptés à la vie en société. Ils ne sont pas constamment hyperstimulés et en train de faire des liens infinis entre les choses, ce qui est étourdissant. Ils ne sont pas hypersensibles au point de parfois avoir le vertige d’avoir bu un seul café, une seule bière ou d’être dans une salle trop bruyante. Ça m’emmerde quand on me dit que je ne suis pas différente. Ça nie tout le harcèlement que j’ai vécu toute ma vie à cause de mon fonctionnement différent. Pas meilleur, je le maintiens. Juste différent. La liste des différences est longue… j’en reparlerai une autre fois. 

            J’ai grandi avec un père qui avait un trouble de personnalité narcissique. Ça fait que pendant plus de 30 ans, j’ai eu honte de mon intelligence. J’ai pensé que j’étais complètement stupide jusqu’à la fin de mon doctorat, et ce, même si je me ramassais des A+ à la pelle. Le narcissique ne peut pas accepter que ses enfants le dépassent. Il ne fait pas bien la différence entre les différents âges de la vie et voit les autres comme des extensions de lui… ce pourquoi plusieurs sont pédophiles ou incestueux, ce qui n’était pas vraiment le cas de mon père, mais ça arrive souvent. Ils projettent leurs pensées et leurs sentiments et leurs désirs sur les enfants qu’ils voient comme des égaux (et c’est le cas, en un sens, mais en ce sens seulement, puisque les narcissiques sont très très immatures sur le plan psychologique parce que leur développement s’est arrêté à un stade et ensuite seul leur corps a vieilli.). Mon père, il était plus du genre à toujours prétendre savoir mieux que nous au point de souvent mentir de façon épouvantable. Il a une maitrise, ce qui est très bien, mais quand j’ai fini mon doctorat, il a commencé à mentir à tout le monde et dire qu’il avait un doctorat. Vous voyez un peu le type… Quand j’étais enfant, ça se manifestait quand il me disait qu’il savait les choses que j’apprenais bien avant moi. Genre quand j’ai appris que 3+2 = 5, il a répondu : « Je le savais bien avant toi » au lieu de me féliciter, comme un parent sain l’aurait fait. 

            L’accumulation de ces petites humiliations quant à mes capacités intellectuelles a fait que j’ai grandi en pensant que j’étais incapable de faire un apport pertinent sur quelque sujet que ce soit dans la vie et que donc je ne devrais probablement pas parler, chose qu’il m’a été très difficile de dépasser pour devenir professeure. C’était empiré par le fait que souvent les parents de ce type veulent cacher des choses et les enfants surdoués vont en prendre conscience. L’enfant surdoué vivra alors toutes sortes de violence visant à lui faire croire qu’il a tort, qu’il se trompe, que c’est « dans sa tête » (violence ignoble que tant de gens répètent comme si de rien n’était), voire même qu’il est fou. Il finit par douter de tout ce qu’il pense, par ne plus avoir confiance en lui.  

            Quand j’ai atteint l’adolescence, j’étais encore là à penser que j’étais stupide quand les jeunes hommes que je fréquentais se sont mis à m’agresser psychologiquement parce que j’étais intelligente et que c’était insupportable pour eux. Ça ne s’est jamais arrêté. Parfois, encore aujourd’hui, des amis voulant bien faire me disent que je devrais cacher mon intelligence pour être en couple plus facilement. Je ne suis pas fâchée contre eux. Je pense qu’ils sont inquiets et cherchent des solution. J’ai fait ça quand j’étais plus jeune, essayer de cacher mon intelligence pour être acceptée. Parce que même si je me sentais stupide, les gens me disaient encore que j’étais trop intelligente. J’ai commencé à boire dans les partys… puis ça a dégénéré jusqu’à ce que je prenne des drogues par intraveineuse à l’âge de 14 ans, drogues vendues par le gars dans le dessin qui en plus de n’avoir aucun scrupule à vendre des drogues dures à des filles de 14 ans, s’était aussi permis de me demander d’arrêter d’utiliser des mots compliqués parce que ça me rendait moins intéressante même s’il me trouvait belle puisqu’il ne comprenait rien quand je parlais. je ne dis pas ces choses pour me vanter. C’est juste un fait. c’est comme ça. Je suis née comme ça, avec ce cerveau là. Je ne peux pas le couper pour faire plaisir aux autres.   

            C’est le premier homme qui m’a fait ça après mon père et ça n’a plus arrêté après. À toutes les fois, ça crée des problèmes. Je me souviens entre autres de mon ex poète qui me hurlait après durant le lancement d’un de mes textes, devant tout le monde, gâchant la soirée de tout le monde, essayant de me ridiculiser en me disant que je n’utilisais pas le bon mot pour parler de quelque chose. Mon père est une personne qui travaille dans les milieux de la chasse et de la pêche. J’ai passé une bonne partie de mon enfance dans la forêt à l’entendre parler de ces sujets. Le mot avait rapport à ça et c’était le poète qui avait tort et non moi, mais il était incapable d’accepter que je sache quelque chose de plus que lui… alors que s’il avait ne serait-ce qu’à peine essayé de me connaitre réellement, il aurait su que dans ce contexte, j’en savais nécessairement beaucoup plus que lui, que c’était juste normal et non une faille de sa personne. Je n’ai pas envie de ressasser tous les autres exemples, mais ils sont légions. 

            Donc non, ce n’est pas une bonne idée de faire semblant d’être moins intelligente. C’est un défi qui s’ajoute aux traumatismes, le fait que l’intelligence des femmes n’est pas jugée désirable par plusieurs. C’est aussi une source d’autres violences et traumatismes quand les hommes essaient de m’écraser. Quand je l’ai fait à 14 ans, quand j’ai essayé de cacher mon intelligence pour être aimée, ça m’a presque tuée. Je suis trop féministe pour accepter de le faire à nouveau. Ça prendrait un homme féministe aussi. Ça prendrait quelqu’un qui sait ce qu’il veut et qui ne se sent pas menacé par ce que je suis et ce dont je suis capable. Ça ne court pas les rues malheureusement. Il sont bien rares, ceux qui veulent réellement une relation égalitaire. Je ne me plains pas non plus le ventre plein. Il y a des avantages et des inconvénients extrêmes à avoir une intelligence atypique et à ne pas être une personne qui veut des choses très conventionnelles aussi… parce qu’il y a ça aussi…. Le travail que j’ai fait sur moi durant toutes les dernières années fait que je ne pourrais plus supporter bien des choses… et que je suis souvent mieux seule qu’avec ce que certains hommes essaient de m’imposer en couple… et ça ça fait peur, aussi, que je puisse être bien seule… Je suis terrorisante finalement, on dirait. 

Une chose est certaine : jamais, vraiment jamais je ne ferai semblant d’être moins intelligente et je ne vais plus jamais me diminuer et je n’arrêterai surtout pas de penser, parce que ça me tuerait de le faire. Cette fois ,ça me tuerait pour vrai de faire ces choses. Je ne veux pas vivre en me diminuant. Je ne veux pas m’excuser d’être ce que je suis. Je veux être entourée de personnes qui apprécient mon intelligence et éventuellement en couple avec une personne qui en est fière, de mon intelligence et n’essaie pas de la nier ou de la détruire. Je préfère rester seule tant que je n’aurai pas trouvé ce type de personne. C’est nécessaire. C’est vital.      

2 commentaires

  1. Votre texte m’a beaucoup touché. Il m’a rappelé que mon père ne me complimentait jamais. Mais je n’ai pas subi les sévices dont vous parlez. Peut-être parce que je suis un homme. Et pourtant, ce doute dont vous parlez, je l’ai porte toute ma vie, jusqu’au doctorat, et après. . Et j’ai toujours trouvé que les femmes étaient intelligentes, et ça me plaisait. Vous avez eu bien raison de ne plus le cacher. Ça faut partie du charme d’une personne. Toujours ravi de vous lire. Mary.

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    1. Merci beaucoup pour votre partage. C’est quelque chose de terrible à vivre, je trouve. Il y a aussi tant de personnes qui disent des niaiseries sans en douter une seconde. Il faudrait que la confiance soit mieux répartie.

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