Les traumatismes et les relations (Partie 2)

            On dirait que j’ai trop de choses à dire et que je ne sais pas dans quel ordre les mettre… C’est un paquet de nœuds. Tout est relié. Je vais y aller comme ça vient… et je reviendrai si nécessaire.  

J’ai toujours continué à voir des hommes malgré tout ce que j’ai vécu… jusqu’à il y a quelques temps. (Maintenant je recommence à avoir envie, un peu, mais il y a des choses à travailler et la pandémie n’aide pas.) Donc, j’ai toujours continué à essayer de fréquenter des hommes après les violences psychologiques, après les violences physiques, après les violences sexuelles. J’ai continué à croire qu’il y en avait des différents à chaque fois. (Je le crois encore, mais disons qu’ils semblent difficiles à rencontrer pour moi.) À chaque fois, après chaque mauvaise expérience, je suis remontée en selle rapidement. Parfois trop rapidement en fait. La plupart des gens auraient arrêté après une ou deux expériences comme celles que j’ai vécues. J’ai continué. Je ne suis pas quelqu’un qui accepte facilement de se soumettre à ses peurs. Je ne dirai pas combien de ces expériences j’ai traversées. Même si je n’en ai pas honte, je n’ai pas envie des commentaires concernant le nombre d’hommes que j’ai fréquentés. J’en ai vu beaucoup, oui. Il y a des raisons à cela. Ces raisons ne comportent pas de défaut de caractère ou d’anomalie de ma part. Gardez vos insultes et vos préjugés pour vous.  

            Ça m’énerve quand les gens me disent que c’est ridicule de ma part de me laisser arrêter par une simple petite mauvaise expérience. D’abord, comme je viens de le dire, ce n’est pas une seule, et elles n’étaient pas simples ni petites, mes mauvaises expériences. Ça m’énerve qu’on diminue la gravité de ce que je vis, de ce que j’ai vécu. Je ne dis pas ça pour me victimiser. Je n’exagère pas non plus. D’ailleurs, c’est une des autres choses que je déteste, quand les gens suggèrent que j’exagère, alors qu’ils n’ont aucune idée de tout ce que j’ai vécu. Je trouve ça malpoli et prétentieux. Quand quelqu’un me parle de sa souffrance, il ne me viendrait jamais à l’idée de lui dire d’arrêter d’exagérer. Tout simplement parce que ce serait parler en n’ayant aucune idée de ce dont je parle et que c’est quelque chose que j’essaie de ne jamais faire. Je ne parle pas de ce que je ne connais pas. Je ne minimise pas la souffrance des autres. Je ne sais pas ce qu’ils ont vécu ni pourquoi ils agissent comme ils le font. J’aimerais qu’on me rende la pareille. Ça semble difficile. Je pense que les gens me disent ça parce qu’au fond, ils ne veulent pas imaginer ce que j’ai vécu. Le balayer de la main les soustrait à l’inconfort que cela provoquerait. Même certaines personnes qui se disent mes amies, font ça. Pas tous mes amis, heureusement… mais quand même, ça arrive. 

Je me souviens de la première fois que j’ai perdu une amie à cause des violences que j’ai vécues. J’en ai déjà parlé. C’est une femme qui me disait que je devais bien faire quelque chose (ou me laisser faire) pour vivre toutes ces violences puisque ça ne lui arrivait pas, à elle. Et elle me disait ça en souriant et en riant, condescendante, me regardant comme si j’étais ridicule et décourageante. La vérité, c’est que cette femme-là est en couple avec une femme qui essaie d’amener toutes les femmes dans son lit dès qu’elle a le dos tourné et qu’elle est tellement contrôlée qu’elle n’a même pas le droit de lire chez elle sans demander la permission à sa conjointe… Vous pouvez imaginer ce qu’il se passe quand elle a envie de sortir et que l’autre ne veut pas… Donc elle riait de moi pour s’aveugler… pour ne pas voir qu’elle-même vit de la violence dans son couple et se laisse littéralement faire. De toute façon, quel genre d’humain rit d’une personne qui vit de la violence… C’est complètement stupide et inhumain. C’est dégoûtant. 

Je me suis fâchée, bien sûr. Ce n’était pas vrai que j’avais fait quelque chose pour mériter ces violences. Personne ne peut faire quoi que ce soit qui forcerait l’autre à le violenter. On entend souvent que ça arrive parce que la personne ne s’aime pas… C’est peut-être pour cela que la personne reste, mais ce n’est pas la cause de la violence en tant que telle… Quand je rencontre une personne qui ne s’aime pas, je n’ai pas envie de la violenter. J’ai envie d’en prendre soin. Si vous avez envie de blesser quelqu’un qui va déjà mal, vous devriez consulter. Vous avez un problème pire que cette personne qui ne s’aime pas. 

Ce n’était pas vrai non plus que je ne m’étais pas défendue. Je me suis toujours défendue et en fait ça m’a fait vivre plus de violence que si je m’étais laissée faire, justement. Je suis toujours partie, aussi. Ça aussi c’est une connerie qu’on entend souvent : « T’avais juste à partir! ». Comme si je n’étais pas partie… Je ne suis plus avec eux, donc je suis partie… il me semble que ce n’est pas compliqué à comprendre. Le fait de partir n’efface pas non plus ce qu’il s’est passé avant que je comprenne à qui j’avais affaire et c’est ça qui me fait souffrir. Il me semble aussi que ça n’est pourtant pas très compliqué à comprendre… Quand je lui expliquais que son comportement me blessait et que je trouvais qu’elle agissait de façon irrespectueuse, mon « amie » s’est mise à me dire que mes messages lui faisaient peur. J’ai trouvé ça tellement lâche. Il n’y avait rien de pire dans mes messages que ce qu’il y a dans ce texte… mais il y avait dans ces messages la possible révélation du fait que sa conjointe la violentait… et c’est ça qui l’effrayait et qu’elle ne voulait pas voir, je pense. C’était beaucoup plus simple d’essayer de me faire passer pour la méchante que de mettre fin à son couple… 

Je pense aussi que ce qui m’a heurtée, c’est le fait qu’elle ne s’intéresse pas réellement à ce que je vivais même si elle se disait mon amie. Je lui avais mentionné que je souffrais de stress post-traumatique à cause de ce que je venais de vivre et d’autres violences passées. J’en souffre encore, mais les symptômes se sont beaucoup atténués avec le temps. Juste le fait de souffrir de ça devrait indiquer clairement à n’importe qui à qui j’en parle que ce qui m’est arrivé est grave. Ce n’est pas quelque chose qui survient après juste des petites niaiseries dont on pourrait se remettre aisément… Mais elle ne s’est posé aucune question et ne s’est pas du tout renseignée. Elle a juste assumé que ce que je vivais et ce que j’étais était inadéquat. Ça, ça m’a beaucoup blessée et c’est quelque chose qui arrive constamment et que je ne comprends pas. J’en ai perdu d’autres après, des amis, pour le même genre de comportements que cette femme avait. Je ne comprends pas.  

Quand quelqu’un que je connais, un ami, un intérêt amoureux, quelqu’un de mon entourage me dit qu’il ou elle souffre de quelque chose (TDAH, dépression avec tendances agressives, deuil, diabète, fibromyalgie…), je m’informe. Je lis au moins un criss d’article sur ce que cette personne traverse. Je lis parfois même sur des troubles que personne que je connais a, juste pour être prête, au cas où… mais je me suis aperçue avec le temps qu’il n’y a vraiment pas beaucoup de personnes qui font ça. Et ça me laisse avec le sentiment que très peu de gens me connaissent et ont la moindre idée de ce que j’ai pu vivre et de ce que je vis maintenant. Beaucoup de personnes ne pensent malheureusement qu’à elles. Nous le voyons bien en ce moment avec la pandémie.

Ça m’attriste quand même. Ça donne lieu à des situations bizarres… Genre me faire dire par quelqu’un que je croyais mon ami que je suis « pognée » ou « ridicule » d’avoir peur de parler à quelqu’un qui pourrait éventuellement m’intéresser… Chose que je fais malgré la peur, mais parfois je bloque, oui, parce que l’anxiété devient terrible et que tout mon passé remonte même si je travaille sans arrêt à le dépasser. Et là on me sort des phrases comme « Ben voyons, tu peux l’inviter à prendre un café s’il te plaît, ce n’est pas compliqué! ». Je pense que ces personnes veulent bien faire, mais je trouve ça insultant quand même… J’ai 39 ans et j’ai abordé et fréquenté beaucoup plus de personnes que ces personnes qui me disent quoi faire comme si j’étais une petite conne de 15 ans… Le problème n’est pas que je ne sais pas comment faire ou que je sois « pognée » même si oui, j’ai une forme d’introversion qui peut ressembler à de la timidité. Ça me fait me sentir comme si ces personnes n’avaient jamais rien écouté de ce que je leur ai dit de ce qui m’est arrivé. 

J’ai peur parce que j’ai été violentée au point d’être dans un état de choc où je me bavais dessus sur le sofa pendant des jours, cachée toute seule dans mon appartement et qu’il a fallu que je me laisse le temps de réapprendre à parler et à bouger normalement tellement j’étais mal en point. J’avais de la misère à marcher. C’était même difficile de rester assise tellement je me sentais assomée. Le savez-vous, ce que ça fait d’avoir été assez violentée psychologiquement pour avoir des difficulté motrices, d’articulation et une impossibilité de concentration? Et en plus de ça il a fallu que je me tape des commentaires complètement attardés sur ce que je vivais, commentaires faits par des personnes non informées qui se pensent quand même plus intelligentes que les autres.

 On me juge négativement alors que c’est normal que je sois terrorisée. Pourtant, je parle quand même à de nouveaux hommes constamment, qu’ils m’intéressent ou pas… et je crée des situations pour les voir parce que je veux le croire, qu’ils ne sont pas tous comme ça. Vous, en faites-vous des choses qui demandent autant de courage? J’aimerais ça que les gens arrêtent d’être condescendants deux minutes et essaient de se mettre à la place des autres. J’aimerais ça que vous sachiez qu’à chaque fois que je vais mieux et que je vais vers un nouvel homme, il me fait pire que le dernier même si je lui dis ce que j’ai vécu. Et c’est pour ça que parfois je m’arrête et que parfois je me sauve : parce que les gens n’écoutent pas (ils assument qu’ils savent mieux que moi) et qu’à cause de ça, je dois sans cesse reconstruire ce qu’ils massacrent en moi.   

 C’est assez pour aujourd’hui.

À bientôt.

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