La solitude pandémique

           Je déteste l’été. J’ai toujours absolument détesté l’été. Ça a à voir avec la chaleur. Dès qu’il fait plus de 22-23, je sens que je commence à suffoquer. Je deviens immobile, moi qui aime tant bouger. Je préfère les températures fraîches… Les trois autres saisons… finalement. Je déteste tout le bruit de l’été aussi. Les foules. Le silence hivernal me manque. Je n’aurai pas beaucoup à me forcer à sortir et obéir aux normes sociales cette année à cause de la pandémie… ça fait mon affaire… même si je préférerais pouvoir avoir la paix sans que qui que ce soit ait à mourir, bien sûr.

Je continue à surtout rester à la maison, malgré le début du déconfinement. Il y a quelque chose que je trouve obscène et irrespectueux dans cet élan massif vers les parcs et l’abaissement des mesures qui fait que maintenant la deuxième vague est prévue pour juillet au lieu de l’automne. Je pense à toutes les personnes qui sont mortes, à celles qui se sont occupées des personnes mourantes… et je n’ai pas envie de reprendre ma vie normale. J’ai envie de faire attention. De prendre soin des autres et de moi.

            Un homme que je n’ai jamais vu de ma vie, mais qui m’avait écrit quelques fois et à qui je répondais parce que nous avons des amis en commun, m’a invitée à une date il y a deux jours. J’ai trouvé ça vraiment perturbant. Je ne suis même pas encore sortie voir mes amis, sauf une fois… alors aller au parc avec un inconnu ça me paraît beaucoup trop tôt. Il paraît que Tinder n’a pas arrêté de fonctionner tout le long de la crise… Ça me semble aberrant. Je comprends que certaines personnes ont le réflexe, après avoir été enfermées, de vouloir voir les autres très vite et de faire comme si de rien n’était. Ou ont le réflexe de vouloir se mettre en relation ou avoir des relations sexuelles très vite. Je comprends que certaines sont incapables de rester seules même quelques heures. Je comprends que c’est pour contrer l’anxiété que la mort a fait naitre en elles…

Je ne suis pas comme ça. Je veux qu’ils restent là un moment, les cadavres. Je veux qu’on prenne le temps de bien sentir tout leur poids et que la vie continue d’être arrêtée un temps… et que la solitude persiste un peu encore… sous cette nouvelle forme où elle nous force à nous affronter nous-mêmes… au moins une partie de la population, le reste étant dans la fuite encore et toujours malheureusement.

Bien sûr, j’ai aussi dit non parce que c’est un homme qui, les rares fois où il m’a parlé, me parle comme si j’étais une imbécile et que ça n’a rien de charmant. J’en ai trop connu des comme ça… La prochaine fois que je serai avec quelqu’un, ce sera quelqu’un qui n’a pas besoin d’avoir le dessus sur le plan intellectuel, d’essayer de me rabaisser, de me réduire, de penser toujours tout savoir mieux que moi… ce sera quelqu’un qui sait poser des questions et m’écouter, au lieu de m’étiqueter.

Ils ne sont pas beaucoup, comme ça… Je préfère alors ma solitude. Ma solitude qui me pèse quand même un peu ces jours-ci. Je me sentais seule avant la pandémie, déjà, même en ayant de bons amis, oui. Là, je me sens seule comme par anticipation… seule avec ma peur que le monde soit pareil une fois que j’y retournerai.

La pandémie me montre beaucoup de choses que je n’aime pas. Je suis une personne qui a tendance à affronter ses problèmes, à tenter de les régler. Être confinée, ça m’a fait une peu comme quand j’ai arrêté de fumer. Ça m’a montré tout ce que je pensais avoir réglé, mais que j’avais en fait refoulé ou écarté un temps. Je règle donc les choses peu à peu. C’est pour le mieux, même si ça fait des journées difficiles.

La pandémie me fait aussi ressentir une forme de désespoir qui me semble infini devant une bonne partie des absurdités de la vie et me montre beaucoup de choses dans lesquelles je ne veux pas retourner. Tout est tellement plus gros et plus obscène. Je continue ma lutte infinie contre les normes et la pression sociale absurdes. Ça semble parfois indécrottable. Mon amie s’est fait dire par sa mère qu’elle devrait vraiment se maquiller pour parler sur Skype parce qu’elle n’est pas à son meilleur… comme si c’était important d’être à son meilleur en temps de pandémie mondiale… comme si être à son meilleur ça signifiait la même chose pour tout le monde. Le fait que mon amie survive à la pandémie, à la fatigue causée par le travail à la maison en présence de son jeune fils et… ça, ça me fait me dire qu’elle est pas mal plus qu’à son meilleur, peu importe si son visage montre des signes de fatigue. Ça me décourage qu’il y ait encore tant de superficialité. Ça, celle de l’apparence, c’est juste un exemple parmi tant d’autres. Je n’en peux plus des vies de surface.

La prochaine fois que je serai avec quelqu’un, ce sera aussi quelqu’un qui ne s’attendra pas à ce que je sois belle tout le temps… qui ne tentera pas de m’imposer les nécessité absurdes et complètement ridicules de la société de toujours devoir être belle ou sexy pour mériter un « j’aime » sur les réseaux sociaux. C’est tellement profondément triste et pathétique de participer à cela. Même si je comprends que pour certaines personnes, ça les rassure de se conformer. Tout ce que ça fait, c’est me rappeler à quel point je déteste les images parfaites… et ça me donne envie d’en mettre d’encore plus imparfaites, des désordres, des absences de sourires, des petites rébellions incomprises, et de regarder, amusée, qui elles feront me rejeter. Je garderai seulement les personnes qui sauront me voir dans ma nature atypique et l’aimer au lieu de la caricaturer. Ça parle, ces petits « j’aime » … Je ne garderai personne qui me demandera de chercher à plaire, surtout considérant que tout ce que ça m’a donné dans la vie de vouloir plaire c’est de vivre de la violence sexuelle, physique et psychologique au point de souffrir de stress post traumatique chronique.

L’humanité m’ennuie ces jours-ci, alors j’essaie de m’amuser comme je peux, de respirer dans certaines parties d’elles que je connais moins.

L’humanité m’ennuie ces jours-ci, sauf ce qu’il se passe entourant la question du racisme. Ça, je surveille ça de près. C’est très enthousiasmant, malgré l’horreur.

Je sens que je suis attachée à ma solitude et mon désespoir imposés récemment parce que sous eux, je sens une énorme rébellion qui prend forme et qui me donne l’espoir d’arriver cette fois à changer ma vie pour le mieux grâce à cette énergie qui se réchauffe. Je la nourris en explorant tout ce qui m’intéresse depuis longtemps et que je n’ai jamais le temps de faire. Je révise mes valeurs, mon mode de vie, mes attirances… J’espère aussi que la solitude vous dit et vous montre des choses qui doivent changer pour vous rendre plus vivants.

J’ai hâte de reprendre la route… de voyager un peu.

J’ai hâte aussi de pouvoir enfin voir ou rencontrer des personnes avec qui j’ai des conversations passionnantes infinies en ligne.

J’ai beaucoup de difficulté à savoir quel sera mon rythme depuis plusieurs mois… donc je ne promettrai rien. Je travaille sur mon roman qui avance rapidement, je peins et je prépare de nouvelles bandes dessinées. Les choses s’en viennent… mais il y a des obstacles aussi. La dépression de l’hiver commence à lever. Le surmenage diminue, mais je dois dormir beaucoup. Une dent arrachée m’épuise plus que de raison. Les allergies me fatiguent aussi avec la neige de pollen partout.

Je survivrai.

J’écrirai quand j’écrirai.

Bonne fin de journée et bonne fin de semaine!

Prenez soin de vous.

2 commentaires

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