Se placer en position d’infériorité (3)

            Mieux vaut aller lire les deux premières parties de cette histoire si vous voulez bien comprendre. Ça va être plus long que je pensais et c’est possible que les billets sortent un peu plus fréquemment parce que j’ai vraiment hâte que cette histoire soit derrière moi, mais je veux quand même l’écrire parce qu’elle peut aider d’autres personnes. Le texte me permet aussi de montrer comment des violences psychologiques subtiles se déroulent dans le temps et comment elles sont perverses. Cela souligne aussi combien elles sont faciles à nier pour la personne qui les commet et faciles à sous-estimer pour la personne qui les reçoit. 

            L’homme qui était alors mon nouvel ami habite à côté de chez moi, sur la rue transversale un peu après le coin de la rue. Il est donc très proche, ce qui est plutôt pénible maintenant que les choses ont mal tourné. Je suis allée souper une fois chez lui durant l’été. J’ai alors rencontré un de ses amis. Durant cette soirée, il m’a soufflé entre ses dents la remarque mesquine que je n’arrêtais pas de parler et qu’on n’entendait que moi. J’avais pourtant l’impression d’être en conversation avec son ami qui habite dans un coin du Québec que je connais bien. Nous discutions d’endroits gourmands qui se situent dans les villages qui entourent le sien. Peut-être qu’il n’aimait pas parce que nous parlions de choses qu’il ne connaît pas et qu’il se sentait mis à l’écart… mais personne ne l’empêche de prendre des notes et d’aller lui aussi visiter ces endroits… Je lui en ai d’ailleurs fourni la liste quelques temps plus tard quand il est parti en voyage dans le coin… mais je ne pense qu’à moi… 

            C’est vrai que je suis quelqu’un qui parle beaucoup. D’abord, parce que je suis professeur. Ensuite, parce que quand j’étais plus jeune je manquais tellement de confiance en moi que j’avais l’impression que si quelqu’un m’invitait à faire quelque chose, il fallait que je parle sans arrêt et que je sois le plus divertissante possible pour que l’autre m’accepte. J’ai gardé ce pli. Aussi, puisque je suis introvertie, je ne parle pas si régulièrement en fait et souvent, quand je vois des amis, ça fait quelques jours que je n’ai pas parlé, alors oui, je suis excitée et enthousiaste et j’ai beaucoup de choses à dire. Aussi, quand il m’arrive quelque chose de moche, comme la plupart des êtres humains, ça a tendance à prendre beaucoup de place et à me rendre moins attentive aux autres. Ça n’est pas quelque chose d’exceptionnel chez moi. C’est normal. Alors si quelque chose de moche m’arrive et que je suis restée enfermée à lire sans parler pendant des jours, c’est possible que je parle énormément, oui. Ça ne fait pas de moi un monstre ni quelqu’un d’égocentrique ni quelqu’un devant être puni.  

            Il y a des personnes qui aiment ça et d’autres qui détestent. La plupart des gens arrivent à juste faire leur place dans la conversation sans que j’aie à regarder dans le vide pendant 5 minutes en faisant silence pour qu’ils sentent qu’ils peuvent parler… C’est possible de me le dire poliment, aussi, si on a besoin de parler de quelque chose et que je n’ai pas l’air d’y faire de place. Je n’ai pas à deviner ce qu’il se passe dans la tête et la vie des gens. Mais ce n’est pas ce qu’il fait lui. Il le dit d’un ton sifflant et méprisant entre les dents. Une autre fois dans sa voiture, à chaque fois que j’essayais de parler il haussait le ton de plus en plus pour continuer à le faire. C’est supposé être une conversation, pas un monologue de l’un sur l’autre. Si je coupe quelqu’un en voulant finir une idée, je vais m’excuser. Pas crier de plus en plus fort pour que l’autre ferme sa gueule. Les deux techniques qu’il utilise, leur but est de faire taire l’autre et de lui faire honte. Ça n’est jamais sain dans aucune relation. 

            Après, je ne l’ai pas revu pendant plusieurs semaines. Nous nous croisions des fois et parlions un peu sur le bord de la rue ou échangions quelques messages sur le Messenger de Facebook. Je pense que je suis retournée souper chez lui une autre fois durant l’automne. On ne se voyait pas souvent. J’étais très occupée cette session-là et lui semblait occupé aussi. J’avais une surtâche au collège où j’enseigne, je suivais deux cours à l’université et j’avais commencé ce blogue. 

            Puis, le temps des fêtes est arrivé. Je me souviens avoir pris une photo d’une installation de lampadaires dans mon quartier. J’en avais photographié un avec des motifs d’insecte. Il s’est mis à péter sa coche sur Instagram et dire comment c’était déplacé et insensé de mettre ça au moment des fêtes sans qu’il y ait des motifs de fin d’année dessus. Le premier problème avec ça, pour moi, c’est que quand je vois qu’une personne met une photo en ligne sur les réseaux sociaux, j’assume qu’elle aime la photo ou au moins trouve intéressant ce qu’il y a dessus. Sinon elle ne la mettrait pas. Si je n’aime pas la photo, je ne l’aimerai pas. C’est tout. Mais non, lui, on dirait qu’il pense qu’il y a une urgence à faire une commentaire négatif (voire blessant, je donnerai d’autres exemples) s’il n’aime pas une photo. Alors que dans le fond, le genre de commentaire qu’il a fait, ça fait juste montrer son égocentrisme et ça ne sert absolument à rien. Ce n’est pas comme si le fait de faire un commentaire négatif sur ma photo et l’installation allait subitement me donner le pouvoir de changer les lampadaires dans la rue… et même si je pouvais, je ne voudrais pas, parce que je ne pense pas qu’il doit seulement y avoir des décorations reliées aux fêtes de fin d’années durant les mois de novembre à janvier. C’est incroyablement lourd d’être entouré constamment par cela. Oui, des fois, c’est joli, mais il y a un nombre considérable de personnes qui ne célèbrent pas Noël et qui se retrouvent noyées dans ce flot de décorations inutiles et bien souvent polluantes juste pour faire plaisir à l’autre partie de la population. Pour les personnes qui souffrent déjà de dépression, de solitude, qui ont vécu des abus dans leur famille et ne veulent plus fêter Noël, c’est extrêmement pénible, qu’elles le disent ou pas. Donc, selon moi, c’est correct qu’il y ait d’autres œuvres aussi, pour modérer les choses et pour qu’on pense à tout le monde, pas seulement à ceux qui veulent fêter Noël. Et personne n’est obligé de mettre une photo en lien avec les fêtes catholiques sur les réseaux sociaux le jour où elles ont lieu. Personne n’est obligé de les fêter ni même d’y penser.   

            Mais lui, il aime ça Noël… alors il veut que ce soit comme il veut, mais ça, ce n’est pas égocentrique parce que l’important pour tout le monde ça doit être son bonheur à lui, ce que lui pense qu’il est convenable de penser, ressentir et faire à chaque moment de l’année. C’est une évidence que c’est lui et son confort qui importent le plus ! Je ne sais pas à quoi j’ai pensé d’oser prendre une photo de quelque chose que je trouvais joli et de la mettre en ligne pour que d’autres puissent voir… Je pense juste à moi. C’est évident… Bien sûr, je dis le contraire de ce que je pense. Il prétend que lui est tourné vers l’Autre et que je ne le suis pas. Il est au contraire seulement tourné vers lui-même et les personnes qui ont les mêmes préoccupations que lui et les autres doivent disparaître s’ils ne pensent pas comme lui sous peine de se faire accuser d’égocentrisme… Je l’entends : « Mon dieu ! Tu as mis une photo d’une œuvre qui n’est pas directement liées aux jours présents ! Tu as gâché mon Noël ! ».   

            Je ne fête pas Noël depuis 2010. Ça n’a rien à voir avec lui. Ce n’est pas de ses affaires. On vit dans un pays où chacun est libre de croire en ce qu’il veut et de ne pas être persécuté. Ne pas fêter ce jour-là est un choix que j’ai fait après avoir vécu un très grand nombre de jours de cette fête qui étaient littéralement des moments d’horreur. Je n’ai rien contre le fait que les autres le fêtent. Je ne veux juste pas participer. C’est mon droit. Ça ne regarde que moi. Un peu avant Noël cette année j’ai publié un billet qui explique les raisons de mon choix de ne plus fêter Noël (Ça s’appelle L’affreux Noëlet ça fait référence à un Noël en particulier, celui de 2010 et non à Noël en général… mais il ne l’a probablement pas lu, il a juste décidé que c’était un billet contre Noël. Mieux vaut rester ignorant et accuser les autres de n’importe quoi… C’est ce qu’il semble défendre par son attitude en tout cas).  

            Je lui ai dit à plusieurs reprises que je ne ferais rien pour Noël. Je ne fais jamais rien… rien de relié à Noël en tout cas… L’année précédente j’étais allée passer cette période avec une amie qui ne voulait pas rester seule et ça c’était plus ou moins bien passé, ce qui avait renforcé mon envie de rester seule l’année suivante. Avec le temps, j’ai développé mes propres traditions et activités à faire durant ces moments et qui me rendent heureuse et ne dérangent personne (sauf lui apparemment, le terroriste qui veut imposer Noël à tout le monde ou sinon c’est la mort). Je vais courir très tôt dans la neige, je me fais un souper qui me plait, je fais des listes de projets pour l’avenir, je m’achète quelque choses qui me fait plaisir… Toutes des activités sans pression sociale. Je suis introvertie. Enseigner pendant les 4 mois avant les fêtes est très demandant pour moi. C’est demandant pour tout le monde, mais quand on est introvertie, le fait de devoir répondre aux besoins et questions de 120 à 160 étudiants, plus tous les collègues, plus les amis, plus les personnes qui étaient dans les cours que je suivais à l’université, plus le chien et… c’est juste profondément épuisant. C’est une question de survie, pour moi, de rester seule après et de juste faire des activités qui me nourrissent et me rechargent au lieu de me forcer à fêter une fête en laquelle je ne crois pas une journée où me sont arrivées une bonne partie des pires choses de ma vie. J’ai des invitations chaque année et je les refuse. Personne ne fait de crise à part lui. C’est mon choix de passer Noël seule et ça ne regarde que moi… et quelqu’un qui aurait un minimum de respect pour moi comprendrait ça. Pas lui.  

            Je m’étais quand même forcée à aller visiter les marchés de Noël avec lui parce que ça lui faisait plaisir. Je m’étais dit que je trouverais peut-être quelques choses gourmandes dont profiter. J’y suis allée en étant de bonne humeur. Ça s’est relativement bien passé dans l’ensemble à part le fait que j’étais terrorisée par sa façon de conduire (dont je reparlerai) et le fait qu’il prenait des photos avec son cellulaire en conduisant, ne tenant le volant qu’avec le côté de sa main… Horreur et danger. Sur la route du retour, il m’a offert de faire un souper de Noël, même si j’avais déjà dit à plusieurs reprises que je ne voulais rien faire. Il m’a aussi dit, sur le ton d’un enfant de 5 ans : « En tout cas, si tu n’aimes pas Noël, MOI, J’AIME ÇA ! ». Je venais en plus de lui acheter une guirlande en cadeau… Le truc c’est qu’à la base je n’avais rien contre Noël en tant que tel… Je ne voulais juste pas le fêter. Mais maintenant je commence à haïr ça en tabarnak Noël, vous pouvez être sûrs de ça. 

            Je suis finalement allée au souper en étant de bonne volonté et de bonne humeur, pour lui faire plaisir encore une fois même si ça ne correspondait pas du tout à ce que je voulais faire et ce dont j’avais besoin. J’avais fait une chaudrée de palourdes. Il m’a demandé avec quoi je l’avais faite et j’ai répondu des palourdes en conserves. Il s’est alors mis à rire de moi comme si j’étais vraiment ridicule et a dit que c’était insensé vu que j’habite à côté d’une poissonnerie… Le fait est que je n’ai pas d’argent parce que je paie mes dettes et que je savais que je n’allais pas travailler pendant l’hiver. Alors non, je n’ai pas les moyens de faire une chaudrée de palourdes qui va coûter une fortune en palourdes fraîches. Ensuite, le vin ne convenait pas parce que les deux bouteilles ne goûtaient pas la même chose. Finalement, au dessert, il m’a dit qu’il comprenait pourquoi je n’avais pas partagé mon gâteau parce qu’il y avait goûté au magasin et que c’était vraiment bon. Il faisait référence au cadeau que je m’étais payé pour Noël… 

            Je n’avais jamais eu un gâteau pour moi depuis mon enfance. J’ai 38 ans. J’avais décidé que pour mettre un peu de « luxe » dans ma vie pour la période des fêtes, j’allais m’acheter un gâteau aux carottes pour moi toute seule chez la nouvelle pâtissière du quartier. Je venais de passer six mois à couper dans tout pour payer 6000$ de dettes et ça me faisait plaisir de me l’offrir. Aussi, dans la réalité, je l’avais partagé mon gâteau. J’en avais donné au vieux monsieur qui habite en bas de chez moi et qui est seul pour Noël aussi… Mais mon supposé « ami » avait juste décidé dans sa tête, sans me poser aucune question, que je l’avais gardé pour moi au lieu de lui en apporter. Je n’étais pas obligée de lui en donner d’aucune façon. Quand on achète quelque chose pour soi, on décide soi-même de ce qu’on en fait. Personne n’a rien à dire. Tout le monde a le droit de se faire plaisir de temps à autre. Mais lui ne respecte pas ça. Il fallait qu’en plus de m’être forcée à aller à son souper pour lui faire plaisir, d’avoir apporté deux bouteilles de vin et cuisiné une chaudrée de palourdes, je lui emmène de mon criss de gâteau (dont il a gâché une partie du plaisir maintenant) pour que ce soit assez… mais même là, Ça n’aura pas été assez… parce que son but c’était clairement de me faire sentir que je ne fais rien de bien et que ce que je fais est insuffisant ou mal.  

            Et après ça, c’est moi qu’il accuse d’égocentrisme… Alors que clairement, la personne qui a gâché le Noël de l’autre, c’est lui…

            La suite bientôt… 

            Bonne journée !   

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