La trace corporelle du traumatisme (4) 

            Assez rapidement dans l’histoire, mon taux d’anxiété a commencé à monter. Il était déjà assez élevé pour que je demande à mon psy s’il pensait que c’était un narcissique. Il était aussi assez élevé pour que je demande à tout le monde autour de moi ce qu’ils pensaient qu’il se passait, stratégie vraiment inutile et vaine, mais à laquelle nous avons malheureusement souvent recours… à laquelle j’ai trop souvent recours en tout cas.

            On ne peut malheureusement pas vraiment deviner ce qui se passe dans la tête d’une autre personne, surtout si on n’a accès à elle que par messages sur Internet. Les personnes à qui on en parle et qui ne voient même pas les messages en ont encore moins la possibilité. Ma nature inquiète me pousse régulièrement à demander ce qu’ils en pensent, mais si cette histoire m’a appris une chose, c’est que je dois davantage me fier à mon intuition à partir de maintenant. Elle est un excellent outil pour savoir si ce qui m’arrive est ok ou pas pour moi, chose que les autres ne peuvent pas savoir ou décider à ma place non plus, aussi bien intentionnés soient-ils.

            J’ai pensé que j’étais anxieuse parce que j’ai eu beaucoup de mauvaises expériences dans mes relations et c’est ça que j’essayais de calmer en me disant que ça ne pouvait pas toujours mal aller. Ça va souvent très mal dans les relations interpersonnelles des surdoués d’ailleurs… surtout ceux comme moi qui ont grandi dans un milieu où il y avait de la maltraitance et où on a essayé de leur faire croire qu’il y avait un problème avec leur esprit. On a tendance à attirer le même type de personnes en amitié autant qu’en amour, même s’il y a heureusement des exceptions, oui. Donc ça aurait pu être juste ça… cette peur de revivre encore une histoire moche… mais je ne pense pas que c’était juste ça.

            C’est là que cette histoire de trace corporelle du traumatisme revient. Parce que je pense que mon cerveau et mon corps le savaient, eux, ce qui se passait et qu’ils essayaient de m’avertir que quelque chose n’allait pas. Donc, d’abord l’anxiété. Elle était présente sans arrêt et me donnait l’impression que j’allais faire une crise cardiaque. J’alternais entre penser que c’était un trop plein de peur ou une surdose de bonheur. Je me suis mise à devoir bouger sans arrêt pour me calmer un peu. Je devais nager souvent et marcher au moins deux heures pas jour pour me sentir un peu mieux.

            J’y pensais sans arrêt. C’est aussi une des caractéristiques d’une histoire avec un narcissique. C’est à ça que ça sert, l’espèce de bombardement d’amour et le fait de devenir le même que vous en faisant semblant d’aimer les mêmes choses que vous. Ça sert à rentrer dans votre tête. Ça sert à vous faire obséder. Ça sert à envoyer une dose énorme de dopamine pour vous attacher à eux. Puisqu’ils sont présents tout le temps et partout, vous finissez par aussi penser à eux tout le temps et partout…

            Ça devient difficile de départager ça du type d’amour qu’on vit quand on est jeune… et, vieillissant, c’est difficile de savoir si au fond on ne s’était pas résigné à une version ramollie du sentiment amoureux, ou si c’est juste quelque chose de crissement malsain qui est en train de se produire. Mais je pense qu’un amour sain ne doit pas prendre toute la place ni nous envahir à ce point… Ce seront donc pour moi des indices que peut-être quelque chose ne va pas dans la relation si cela se reproduit.

            Mais comme j’ai dit un peu plus tôt, il me semble que dans un début de relation saine, les gens prennent un peu plus leur temps et essaient de ne pas effrayer l’autre au lieu de juste le bombarder d’attention. Ça pourrait être tentant de penser que l’autre est juste passionné et vous trouve super intéressant et est incapable de se retenir de vous contacter, mais encore là, est-ce que ça va vraiment bien pour quelqu’un si il ou elle est incapable de se retenir de contacter quelqu’un ? Est-ce que ça ne sent pas un peu l’obsession ou le manque de respect de soi ?

            Aussi, puisque c’est un prof d’université qui est supposé être en cours de session, on peut se demander pourquoi il n’a pas mieux à faire qu’aimer toutes mes photos et regarder toutes mes stories sur Instagram et m’écrire sans arrêt… Pas que je ne sois pas intéressante, mais bon… juste sur le plan des obligations qu’il est supposé avoir, ça sent le malsain… Et aussi le fait que ce n’était pas seulement à certains moments de la journée, ce qui serait concevable, mais non, à chaque fois que je publiais quelque chose, à n’importe quel moment, quelques minutes plus tard, il l’avait vu ou aimé. Donc il a au moins un problème de dépendance à Instagram (J’en ai peut-être un aussi…). Il suivait d’ailleurs mes deux profils Instagram. J’avais décidé que je me fichais qu’on sache que mon pseudonyme était moi et je lui avais montré ce que je faisais. Il prétendait aimer ça. C’était peut-être vrai. Je ne saurai jamais… mais il aimait les photos sur l’autre compte aussi… Bombardement total d’attention sur tous les fronts.

            Après, j’ai commencé à avoir de la difficulté à dormir. L’anxiété que j’avais d’abord connue dans la journée s’est mise à envahir mes nuits et à me tenir éveillée. Bien souvent j’étais allée me coucher avec des souhaits de bonne nuit de sa part. Pas de simples souhaits. Des souhaits longs et élaborés en lien avec mes recherches ou mes créations. Je me réveillais au milieu de la nuit apeurée sans savoir pourquoi, en me demandant ce qu’il se passait et ce qui allait se passer. J’avais beaucoup de difficulté à me rendormir après. Je me réveillais aussi excitée à l’idée des conversations intéressantes à venir, conversations qui étaient manufacturées pour me plaire… mais j’y ai quand même cru… un temps au moins.

            Puis, je me suis mis à avoir des attaques de panique dans un moment où j’aurais dû être folle de joie à l’idée d’avoir enfin rencontré quelqu’un qui partageait mes intérêts obscurs. Ces attaques de paniques sont survenues en même temps qu’il s’est mis à espacer les moments où il écrivait, tout en continuant d’aimer tout ce que je faisais. Je suis quand même restée dans l’histoire. Je me pardonne. Ça a duré un gros trois semaines alors qu’avant je serais restée prise là, dans son jeu, pendant des mois… Donc ça va, j’ai progressé dans mes capacités de détecter ce genre de conneries.

            Je me suis intéressée à son travail. Je suis allée voir son site web et lire ce que je pouvais. Parce que c’était en allemand et que je n’ai pas pratiqué beaucoup ces dernières années, je ne comprenais qu’en surface. Il m’avait envoyé un article qu’il avait écrit après une discussion sur une série télévisée en faisant la blague que je pourrais peut-être lui en faire une traduction française. Je ne pense pas que c’était une blague en fait. Je pense que c’est en partie ce qu’il désirait retirer de moi, du travail gratuit en français pour faire connaître ses affaires. Je pense ça, parce que c’est après que je lui aie renvoyé sa blague en disant que je comprenais un peu, mais qu’il n’aurait certainement pas une traduction française par moi, qu’il a commencé à écrire moins souvent. J’étais soudain devenue moins intéressante.

            Puis quelques jours plus tard on a eu une conversation qu’il m’a dit qu’il reprendrait plus tard dans la soirée. J’avais fait un compliment maladroit pendant cette conversation et c’est possible qu’il l’ait mal interprété, puisque pour lui non plus l’anglais n’est pas sa langue maternelle. Ou alors c’est possible qu’il l’ait jugé insuffisant pour différentes raisons que j’expliquerai dans le prochain billet. C’était un mardi.

            Juste après cette conversation, il a arrêté d’aimer toutes mes photos et n’a plus regardé aucune de mes stories. Pendant ce temps je lisais le livre qu’il m’avait recommandé. Le vendredi je l’ai terminé et je lui ai écrit un court message pour le remercier de me l’avoir recommandé. Rien encore pendant toute la fin de semaine. Mutisme et absence de « j’aime » totaux… mais à chaque fois que j’allais sur mon profil, je voyais qu’il était en ligne… Il m’a semblé alors que c’était étrange comme comportement. Déjà que je l’avais trouvé intense, là c’était un changement de comportement extrême. Trop extrême pour moi.

            Après avoir envoyé le message sur le livre, je me suis mise à être encore plus malade. Ça a commencé par quelque chose qui ressemblait à une gastro-entérite qui a évolué en maux d’estomac par la suite. En fait j’avais tellement peur et j’étais tellement stressée que je me suis donné des brûlures d’estomac, des nausées et… Je suis encore sous traitement pour faire passer ça. Je ne pense pas que c’était une réaction innocente de mon corps. Je pense qu’il me parlait et que je ne l’ai pas écouté. J’étais trop occupée à vouloir rêver et à refuser que ce soit encore une histoire moche.

            Le lundi je me suis tannée et je lui ai écrit un message poli disant que je ne comprenais rien à la situation (ce n’était pas tout à fait vrai, mais je ne voulais pas empirer la situation) et que les deux comportements extrêmes qu’il avait adoptés avaient causé de l’anxiété en moi. J’ai dit que ses comportements et la confusion qu’ils créaient n’étaient pas bons pour ma santé mentale et que je préférais arrêter de le suivre. Il a aussi ignoré ce message…

            La suite bientôt…

            Bonne journée !

 

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