La méthode KonMari c’est l’horreur.

            Je suis allée une deuxième fois voir la même massothérapeute qui m’avait fait la leçon sur mon alimentation et sur les antibiotiques. Le massage était vraiment bien la première fois, il faut le dire et le redire pour expliquer mon deuxième essai… par contre elle a été encore plus insupportable.

            Quand je suis rentrée dans la salle, elle s’est mise à me poser des tonnes de questions sur ma vie et sur quels genres de sentiments j’étais prête à accepter de laisser entrer en moi et comment avait été ma semaine sur absolument tous les plans. Je suis assez introvertie alors c’était juste déjà complètement agressant de devoir répondre à cette suite infinie de questions qui ne me semblaient pas particulièrement pertinentes et alors que je voulais juste relaxer et ne pas parler. Je n’étais pas une nouvelle cliente à ce salon alors l’ampleur du questionnaire était clairement déplacée.

            Quand j’ai commencé à m’impatienter un peu parce que je finissais par avoir l’impression qu’elle voulait juste raccourcir le temps de massage, elle s’est mise à me faire la leçon en me disant que je devrais vivre comme elle le fait depuis qu’elle a lu, en 2010 (cette information est fausse puisque le livre est paru en 2011…), le livre de Marie Kondō. Je l’ai coupée immédiatement en lui disant que je l’avais lu aussi et que ce n’était vraiment pas pour moi, mais que je la remerciais pour sa suggestion.

            Elle m’a regardée comme si j’étais un monstre de ne pas avoir aimé le livre et m’a dit sur un ton baveux : « Ça ne te parle pas, toi, d’avoir des sparks de joy dans ta vie ? ».  Comme si j’étais une idiote ou une inconsciente. Alors qu’en fait je sais bien, parce que je l’ai lu dans d’autres livres plus pertinents pour moi que celui de madame Kondō, que le fait de courir après le bonheur et de chercher des solutions extérieures pour le trouver (particulièrement des solutions matérielles et environnementales comme la sienne) est bien souvent ce qui conduit en fait plutôt vers le malheur. Je lui ai répondu que oui ça me parlait, mais que je n’avais absolument pas à ressentir constamment de la joie et surtout que cette joie n’avait clairement pas à provenir des objets que je possède.

            C’est un sujet qui me dérange pour plusieurs raisons. La principale en est que j’ai un très gros problème avec le fait qu’au Québec (comme probablement dans plusieurs endroits dans le monde) on a un problème avec ce que l’on considère comme des émotions négatives. C’est le mot qu’on utilise souvent en tout cas. J’en ai déjà parlé, je sais, mais c’est un problème que je trouve très grave parce qu’il pourrit la vie de beaucoup de personnes, incluant moi. Ça n’existe pas, les émotions négatives. Elles ont toutes leur utilité, que tu aimes les vivre ou pas.  Si tu ressens de l’anxiété 24h par jour, il y a probablement une raison beaucoup plus grave et importante que la quantité et la nature des objets dans ta maison et tu devrais te concentrer là-dessus au lieu de faire du ménage. Ça n’a rien de sain de vouloir être constamment heureux et seulement entouré de choses qui suggèrent la joie. C’est vraiment pénible et irréaliste.

            Aussi, je ne pense pas que chaque objet que je possède doive me faire sourire et provoquer de la joie intense en moi. Ce sont seulement des objets. Ils n’ont pas à me rendre heureuse. C’est possible qu’ils me plaisent, mais le bonheur, il vient de l’intérieur, de ce que cela me rappelle ou évoque en moi, de la valeur que j’y accorde, pas des objets en tant que tels. Il faudrait le savoir, au lieu d’encourager une autre théorie qui rattache le bonheur aux objets même si c’est d’une façon différente du démoniaque capitalisme. C’est la même criss d’affaire déguisée. Sauf qu’au lieu de juste acheter avec le sourire, là, on gaspille avec le sourire… pour bien souvent racheter plus tard. J’ai vu trop souvent des personnes faire ce fameux ménage à la Marie Kondō pour ensuite aller se racheter des nouvelles choses qui les faisaient sourire sur le coup… et qui finiront pas ne plus les faire sourire. C’est juste triste. Je ne crois pas non plus qu’on peut insuffler de l’énergie positive aux choses. On peut les investir, sur le plan psychologique, d’une valeur qui nous rend heureux, oui, mais ça part encore de nous.

            Je trouve aussi cette idée profondément absurde, parce que ce n’est pas toujours la même chose qui me fait plaisir et me fait sourire dans ce que je possède. À différents moments de ma vie, j’apprécie différentes choses et je recommence à porter des choses que je n’ai pas portées depuis plusieurs années parce que j’ai finalement dépassé ce qui m’avait fait les délaisser d’abord. Ou à utiliser des objets dont je n’avais pas eu besoin pendant un temps. Je ne vais pas juste les mettre dans un centre de dons et en racheter d’autres plus tard. Je peux très bien vivre avec un peu d’accumulation dans l’appartement. Ça ne me tuera pas. Vraiment pas. Ça me fera peut-être même penser plus sérieusement avant d’acheter autre chose.

            Je déteste également le fait que les centres de dons débordent de choses inutiles qui ne pourront jamais être revendues parce qu’elles sont trop usées et trop cheaps depuis l’avènement de la mode de la méthode KonMari. Parce que non, ce n’est pas tout ce que l’on donne qui peut être revendu. Et les gens se sentent bien. Ils ont l’esprit tranquille parce qu’ils pensent que les choses qui ne les rendent pas heureux vont rendre d’autres personnes heureuses, mais c’est malheureusement très souvent faux. Les choses finissent la plupart du temps au dépotoir, mais ça doit être correct en autant que vous souriez. Sacrer mes choses aux poubelles ou les donner me remplit d’intenses sentiments d’absurdité et d’horreur. Pas parce que je tiendrais à avoir beaucoup de choses. Mais plutôt parce que ces choses-là, je les ai désirées à un moment ou un autre pour une raison ou une autre et que cette raison, elle peut être retrouvée et réactivée. Elle n’est pas morte parce que je ne ressens pas de bonheur au moment présent. Mais sinon, si je n’arrive pas à la retrouver, eh bien je les ai. Je vais juste les user le plus possible et essayer de les apprécier pour ce qu’elles sont… pas juste m’en débarrasser parce qu’elles ne me font pas sourire.

            Ça me décourage parce qu’il me semble que c’est peut-être juste crissement clair que chaque chose dans ta maison n’est absolument pas obligé de te faire sourire et de provoquer de la joie en toi. Peut-être que ne pas gaspiller et éviter d’encombrer les centres de dons avec des choses qu’ils ne peuvent pas utiliser ça te rendrait plus heureux ? Peut-être aussi que tu peux faire juste ce que ça te tente de faire et ne pas faire chier personne en prétendant avoir trouvé la solution à la vie heureuse et traiter les autres qui n’agissent pas comme toi avec mépris ? Peut-être que ce serait juste bien de réfléchir, consommer moi et user ses affaires… et accepter que des fois on est triste et que c’est correct. Pas négatif.

            Je déteste aussi cette méthode parce que soudainement les personnes qui viennent chez moi se sont mises à me traiter de hoarder. Alors que je ne souffre clairement pas de ce trouble. J’ai d’ailleurs vérifié à force de me faire dire ces conneries. Je fais toujours l’erreur de penser que c’est moi le problème. Et la dernière fois que quelqu’un m’a dit que je devais en être une, une hoarder, il s’agissait d’un gars qui garde juste ce qu’il a dans sa voiture. Il travaille quelques mois à l’étranger et habite le reste du temps à Montréal. À chaque fois qu’il part de Montréal pour retourner travailler, il brûle tout ce qu’il possède qui ne rentre pas dans sa voiture… mais c’est moi qui a un problème avec les objets et la consommation… parce que j’ai trop de livres… Horreur ! Je viens d’ailleurs de lire que pour ne pas faire fuir les hommes, il ne faut pas avoir trop de livres chez soi. On progresse… vraiment. Si j’étais un homme, je serais tellement en colère…

            Enfin, je n’aime pas la méthode KonMari parce que je déteste l’ordre et le rangement. Je sais que selon certaines personnes l’ordre et le rangement sont supposés aider les êtres humains à se calmer et souffrir moins d’anxiété, mais chez moi ça provoque l’effet inverse. Je me mets à avoir de la difficulté à respirer et je me sens très mal à l’aise quand tout est trop bien rangé. Je déteste aussi les maisons vides. Ça sent la mort. Je préfère le chaos. C’est plus inspirant. J’aime beaucoup cette phrase attribuée à Einstein : “si un bureau encombré est un signe d’un esprit encombré, de quoi, alors, un bureau vide est-il un signe?”… C’est sûr que ce n’est pas automatique et que plusieurs personnes qui ne possèdent rien sont très intelligentes et très savantes, mais ça provient d’un travail d’étude et de réflexion. Pas du fait de ne rien posséder. Pas seulement de ce fait en tout cas.

            Je peux par contre être d’accord avec le fait qu’on peut faire le ménage des personnes qui nous nuisent dans notre vie. Celles qui sont méchantes avec nous et détruisent nos rêves. Je l’ai fait ces dernières années et ça m’a fait beaucoup de bien. Par contre j’ai réussi à changer vraiment beaucoup ma vie sans avoir à vider la maison. Je dois être une des rares miraculées pour qui c’est à l’intérieur de l’esprit que le changement se produit… pas dans l’environnement matériel.

            Pour revenir à ma massothérapeute, je pense que ce qui me révolte le plus dans cette situation est de ne pas me faire poser de questions réelles sur ce que je pensais et pourquoi je le pensais. C’est très agressant. L’autre assume qu’il me connaît et qu’il sait mieux que moi comment vivre. Je lis en moyenne entre 100 et 150 livres par année… Ce n’est pas parce que je suis en désaccord avec celui-là qu’on doit me traiter comme une connasse ignorante. Ce système peut la rendre heureuse, mais elle n’a pas à mépriser ceux qui le rejettent. Il y a de bonnes raisons de le faire. Les massothérapeutes ne sont pas des psys. Il ne faut pas l’oublier même si eux l’oublient parfois.

      Après elle m’a demandé si elle pouvait me masser de façon à ce que je sois plus ouverte d’esprit. J’ai trouvé ça très drôle puisque pour moi, l’ouverture d’esprit implique justement de ne pas traiter les autres de la façon dont elle me traitait, c’est-à-dire que ça implique de ne pas faire sentir l’autre comme de la merde s’il n’adhère pas aux mêmes systèmes de pensée que moi, à moins bien sûr que l’autre croit en quelque chose de très nuisible pour les autres êtres humains, auquel cas, je peux éventuellement ne pas sourire ni approuver. Après j’étais pas mal incapable de me détendre pendant tout le massage. Avec elle c’est fini en tout cas…

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