Le revenant (Texte – partie 1)

            En fait, c’est la même histoire que dans la bande dessinée, mais avec plus de détails. Ce n’est pas pour compléter la bande dessinée qui se tient toute seule. Les détails supplémentaires deviendront plus importants quand j’expliquerai pourquoi il y a eu violence.  Vous pouvez juger si vous voulez en savoir plus ou pas.

            Il y a environ un an, mon troisième amoureux, celui avec lequel j’étais quand j’avais 15-16 ans, m’a fait une demande d’amitié sur Facebook. Sans trop réfléchir, j’ai accepté. Ce dont je me suis aperçue, dans les heures qui ont suivi, c’est qu’en fait j’avais en quelque sorte refoulé et presque oublié ce qu’il m’avait fait.

            Horreur.

            Bon…

            Non.

            Ce n’est pas si dramatique.

            Ce sont des histoires d’adolescents… ou de jeunes adultes puisque lui avait 20 ans. J’aurais pu savoir, mais en même temps non, puisqu’à l’époque je ne savais pas ces choses-là, que puisque sa dernière relation s’était terminée en trompant sa blonde avec moi, la nôtre se terminerait de la même façon. Il me tromperait avec une autre fille et ferait ensuite comme si je n’avais jamais existé.

            C’est ce qui s’est passé, oui.

            Je l’avais rencontré aux feux d’artifices Loto-Québec. Il n’y avait pas grand-chose à faire des fois à Beauport quand j’étais adolescente, alors les soirs de feux on allait les voir à la station-service en haut de la chute Montmorency et on buvait. On fumait des cigarettes aussi. Je portais un de mes chandails de Nine Inch Nails le soir où on s’est rencontrés. C’est ce qui l’avait fait me remarquer. Je devais boire de la maudite Budweiser dans un sac en papier brun. Je n’ai aucune idée de qui me l’avait achetée, mais les messieurs du coin étaient plutôt généreux pour ce qui était de prendre nos commandes de bière au dépanneur… ou alors j’étais allée au dépanneur de la vieille madame qui ne demandait jamais les cartes. Je ne sais plus. En tout cas. Il était saoul avec son ami et j’étais avec mon amie avec qui j’ai fait des choses épouvantables dont je parlerai peut-être un jour… C’est une période de ma vie avec laquelle j’ai encore un peu de difficulté, même si aujourd’hui les choses faites ne seraient peut-être plus considérées épouvantables.

            Il m’a dit qu’il aimait ça Nine Inch Nails, lui aussi. On a parlé un temps et il m’a probablement donné son numéro ou demandé le mien. C’est ce qu’on faisait dans ce temps-là. Ça a pris un peu de temps parce qu’on ne se voyait pas souvent, mais on est devenus des amis. J’avais été attirée par lui, mais il disait que j’étais trop jeune pour lui. Ce n’était pas vraiment vrai parce qu’il n’était clairement pas particulièrement plus mature que moi. On dit souvent que les filles sont plus matures et responsables que les garçons. Je ne sais pas si c’est vrai de façon générale ou si c’est juste un préjugé. Je sais par contre qu’en tant que surdouée, c’était (et c’est encore) plus facile pour moi de bien m’entendre avec des personnes un peu plus âgée. Alors un chum de 18 ans, non, ce n’était pas vraiment trop vieux.

            Enfin…

            Peut-être que oui. J’étais vraiment jeune.

            On a commencé par être amis pendant environ un an et demi. Ça veut dire que quand je l’ai rencontré j’avais 14-15 ans. Et je buvais déjà, oui, et j’avais fait des choses bien pires déjà en fait. J’ai fait et je me suis fait les pires choses quand j’avais 14 ans. J’étais pas mal précoce sur tous les plans finalement…

            Nous avons été amis. Il riait souvent de celui qui a été mon premier véritable amour. Il me disait souvent que c’était juste « une criss de tapette ». Il était homophobe. Comme bien des jeunes hommes à l’époque. Ça n’excuse rien, je sais. Je le trouvais con quand il disait ça, mais à cet âge, je n’avais pas compris que les personnes qui disent des choses comme ça révèlent an fait souvent ainsi qui elles sont globalement. On ne peut pas être une « bonne personne » et avoir ce genre de préjugés et commette des violences de cet ordre. En tout cas on ne peut pas correspondre à ma définition de ce qu’est une bonne personne ou du moins du type de personne que je veux dans ma vie puisque je n’aime pas beaucoup les mots « bonne personne ». Ça m’a pris du temps à le comprendre… que les gens comme ça ne changeaient pas souvent et que leur intolérance s’étendait à plusieurs sujets…

            Ça m’a pris du temps avant de respecter ce que je pensais et mes valeurs en fait. Ça m’a fait beaucoup de mal.

            Donc on a été amis un temps.

            Le temps que je vieillisse un peu.

            Le temps que je sois en couple avec quelqu’un d’autre avant.

            Finalement, un jour, j’ai laissé mon premier amour. J’ai déjà raconté ça. Pas trop longtemps après on s’est mis à se fréquenter, D et moi. Mon ex était ami avec sa sœur donc c’était un peu bizarre parce qu’on se croisait chez eux des fois. Sa mère avait peur de moi parce que j’avais juste 16 ans et elle pensait que je l’accuserais (ou que mes parents l’accuseraient) d’abus de mineure. Elle ne voulait pas que je dorme chez lui, mais ça arrivait quand même. Je n’étais plus vierge alors. J’avais eu mes premières relations avec mon premier amour. C’était beau et bien. Je vais nous garder une petite intimité quand même.

            Mes parents ne disaient rien et me laissaient dormir chez D.

            Je pense qu’ils ne l’ont même jamais vu.

            En fait, avec le recul, quand je repense à ces événements, je me demande souvent ce que mes parents faisaient… Où ils étaient exactement. Mais ça fait partie des violences vécues… la négligence. Je ne suis vraiment pas une bonne menteuse et pourtant j’ai réussi à faire une panoplie de choses épouvantables sans qu’ils le sachent vraiment ou sans qu’ils s’y intéressent quand ils le savaient (mais c’est une autre histoire).

            Nous nous sommes vus un temps, D et moi. On écoutait de la musique. NIN, c’est sûr, Depeche Mode, The Cure… On allait boire une bière près de la rivière. Il me promenait dans sa vielle voiture avec la banquette en cuirette beige qui tire la peau des cuisses d’habitude, mais qui ne tirait pas la mienne parce que mon corps était toujours complètement couvert même pendant les canicules. On avait nos Dr. Martens. Il chantait quand il était saoul. On s’embrassait…

            À cette époque-là, une autre fille dans la bande dans laquelle je me tenais me détestait. C’était la meilleure amie de la sœur de D et elle avait toujours été amoureuse de lui. Elle lui tournait toujours autour. Je la détestais aussi, mais surtout parce qu’elle me détestait sans que je sache pourquoi et me disait toujours des méchancetés et essayait de m’humilier.

            Un jour, alors que je n’arrivais pas à rejoindre D depuis quelques jours, je suis allée dans une fête avec mes amis. Elle était là. J’étais triste et j’ai parlé de ce qui se passait avec D. Elle écoutait en souriant. Elle a dit : « Je pense que tu ne sors plus avec parce que je couche avec depuis plusieurs jours ».

            Mon cœur est mort.

            À suivre…

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