Se remettre

            Au début de la période plus intense de stress post-traumatique, je ne me suis pas isolée. Je passais au contraire tout mon temps à contacter tout le monde que je connaissais et je déversais sans fin ce qui m’étais arrivé. J’étais incapable d’arrêter d’en parler. J’étais incapable parce que j’y pensais aussi constamment. Ce n’était pas parce que je ne me forçais pas à faire autre chose. J’essayais au contraire très fort de m’occuper. J’essayais de me concentrer sur ce que les autres me disaient quand ils essayaient de me parler d’autre chose. Ça ne marchait pas. Ça ne prenait pas en moi. Je n’arrivais pas à m’attacher à leur discours.

            Je suis devenue en quelque sorte complètement obsédée par ce qui m’était arrivé et par la personne qui me l’avait fait. Les gens autour de moi ont commencé à s’éloigner ou je me suis éloignée d’eux. Ça dépend des cas. Certaines personnes ne voulaient pas en entendre parler et se sont tout simplement éloignées sans bruit. D’autres personnes ont essayé de me faire croire que ce qui était arrivé était de ma faute et là c’est moi qui me suis éloignée après les avoir assez sauvagement remis à leur place, j’avoue. Ça m’a énormément blessée, qu’on essaie de me faire croire que c’était de ma faute… C’est plus facile comme ça, pour certaines personnes, je pense. Elles font ça parce qu’elles ont peur. Ça leur permet de se rassurer sur le monde. Ça leur permet de se faire croire que les malheurs n’arrivent pas sans raison. Ainsi, si je suis responsable de la violence qui m’a été faite selon elles, elles peuvent se bercer dans l’illusion que si elles ne commettent pas cette faute qu’elles s’imaginent que j’ai commises, aucun mal ne leur arrivera.

            Mais c’est faux.

            La violence peut arriver à tout le monde. Les personnes violentes entrent souvent dans votre vie dans une période où vous allez mal et elles le font sous un visage très gentil et doux. Personne ne laisserait entrer quelqu’un dans sa vie qui commence la relation en lui donnant une claque ou un coup de poing à la figure… Ça tombe sous le sens, il me semble… mais on dirait que certaines personnes préfère croire que les personnes violentées sont stupides au lieu de réellement se renseigner et comprendre comment cela peut arriver. La plupart des hommes violents avec qui j’ai été sont très entourés et les gens pensent, ou plutôt sont convaincus, que ce sont de bonnes personnes bien gentilles… La violence apparaît avec le temps. Elle apparaît aussi généralement graduellement et non d’un seul coup. On commence par tolérer des petites chose et ensuite ça devient de plus en plus gros et là seulement les gestes évidemment intolérables apparaissent… mais rendu là l’esprit est pas mal déjà trop englués dans la peur et la logique faussée de l’agresseur pour qu’il soit possible de réagir de la façon idéale dont la plupart des personnes pensent qu’elles réagiraient si elles se trouvaient devant une situation de violence. Moi non plus je ne pensais jamais que ça m’arriverait. Je n’étais en fait même pas consciente que ça m’était déjà arrivé avant parce que je ne savais pas vraiment ce que c’était que la violence et aussi parce que mon image négative de moi faisait que je pensais que je méritais peu.

            Après m’être séparée de la partie de mon entourage qui me nuisait et me traumatisait encore plus que je l’étais déjà, j’ai commencé à me refermer et à m’enfermer. Je ne sortais plus de chez moi sauf pour aller en thérapie. J’avais arrêté de travailler pour ne pas y recroiser mon violent. Je finissais ma thèse de doctorat et je passais donc beaucoup de temps seule à la maison. Je voyais mon directeur de recherches parfois et je pleurais beaucoup pendant nos rencontres. Il ne comprenait pas trop, le pauvre… J’ai quand même réussi à finir dans ces conditions difficiles. Ça m’a pris un peu plus de temps que prévu, mais j’ai fini et réussi mon doctorat.

            Une chance que j’avais un bon thérapeute aussi sinon je ne pense pas que je m’en serais sortie. La séparation d’avec mes parents, mon copain et ensuite quelques amis, c’était presque trop. C’était énorme. Par contre il s’agissait de personnes qui ne me voulaient pas vraiment du bien. Certaines de ces personnes vivaient des violences à la maison et refusaient de les voir, ce pourquoi elles m’attaquaient quand je parlais de ce que j’avais vécu. Mais c’est leur problème au fond… J’en suis sortie, moi, de la violence que je vivais… et je ne l’accepte plus sous aucune forme. Je préfère nettement y être parfois un peu trop sensible même que de laisse passer quoi que ce soit.

            J’ai commencé à beaucoup trop me servir des réseaux sociaux. Je passais mes journées là-dessus à écrire à des personnes qui ne voulaient jamais me voir et qui me trouvaient probablement fatigante sans me le dire. C’est vrai que je l’étais un peu. C’était parce que j’étais incapable de rester seule avec moi de quelque façon que ce soit… J’ai donc passé énormément de temps à regarder des films et écrire des messages. Je le faisais sans arrêt. Il y avait juste le sommeil pour m’arrêter et même là, je me réveillais parfois la nuit pour écrire.

            J’ai fini par être capable de recommencer à lire. J’ai lu tout ce que j’ai pu. D’abord sur le type d’agresseur qu’il était et le type de violence que j’avais vécue. Je me suis mise à faire plein de liens avec d’autres expériences. Des expériences de mon enfance, des expériences plus tard dans d’autres relations, des expériences vécues par des amies… J’ai lu absolument tout ce que j’ai trouvé en ligne et à la bibliothèque sur le sujet. Après j’ai acheté quelques livres. Dans toutes ces lectures, je pensais à l’autre plus qu’à moi. Je me concentrais sur l’agresseur… Je ne me considérais pas, comme je l’avais fait toute ma vie jusque là. Une des raisons pour lesquelles je m’étais d’ailleurs retrouvée dans cette situation au départ. Et puis un jour j’ai finalement accepté de tourner le regard vers moi. Et là j’ai vu à quel point j’étais détruite. J’ai commencé à lire des textes qui parlaient plutôt de comment se remettre. Des textes qui parlaient des effets de la violence psychologique. Des textes qui parlaient de stress post-traumatique. Mon chercheur préféré sur ce sujet est Bessel Van der Kolk. Je ferai un billet sur lui et son livre The Body Keeps the Score un jour.

            J’ai eu la bonne idée de commencer à faire plus de sport. Je courais déjà, mais j’ai commencé à courir plus longtemps et plus souvent. J’ai appris à nager aussi, ce qui m’a procuré beaucoup de calme et une sorte de sentiment de libération. J’ai aussi commencé le yoga. Ça fait 9 ans que c’est arrivé maintenant et je fais encore tout ça, mais le yoga un peu moins souvent, j’avoue. (En fait depuis un mois et demi je fais très peu de sport parce que j’ai été très malade et ça me manque énormément. J’ai par contre recommencé à faire de longues promenades.) J’aimerais quand même reprendre différemment le yoga. J’avais commencé cette pratique dans ce contexte pas pour me calmer comme souvent les gens pensent, mais pour reprendre contact avec mon corps. J’avais l’impression d’être devenue une petite entité qui n’existait que dans un coin de mon crâne d’où elle ne sortait plus… mais ça aussi demande un billet complet…

            D’autres choses qui m’ont aidée sont la méditation et les huiles essentielles. Je sais bien que les huiles essentielles ne sont pas des produits miracles et ne guérissent pas des maladies. Je ne suis pas naïve. Elles ont par contre des bénéfices qui sont scientifiquement prouvés, comme celui d’aider à changer l’état d’esprit dans lequel on se trouve ou encore d’aider à ouvrir la respiration. Il est donc possible de trouver un peu plus d’énergie ou de calme à partir simplement d’une odeur et ça, ça peut sembler miraculeux quand on se trouve dans un état comme le stress post-traumatique qui nous pousse carrément hors de nous et remplace notre intériorité par des pensées obsédantes qui sont majoritairement liées aux paroles et aux actes de la personne en position d’agression.

            Écrire m’a énormément aidée aussi…

            J’approfondirai tout cela un peu plus tard.

            Je vais aller marcher justement.

            Bonne journée !

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