S’enfoncer

            C’est possible qu’il y ait des descriptions d’évènements qui perturberont certaines personnes pendant la lecture de ce billet. Soyez sûr de vous respecter en continuant la lecture et n’hésitez pas à le sauter si vous êtes très sensible ou si vous avez peur de vivre ou de revivre des émotions difficiles…

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            Je pense que c’est logique, en un sens, que j’aie rencontré mon premier amour, un amour différent, à l’âge où j’avais, donc à un moment de révolte, l’adolescence, où je commençais à m’extraire des discours qu’on me tenait à la maison. Je n’étais quand même pas capable, à ce moment, de m’en extraire complètement. L’amour ne sauve pas de tout.

            Après, je suis sortie avec un gars beaucoup plus vieux que moi, mais il n’avait pas fini son adolescence… J’avais 16 ans. On s’était rencontrés à une soirée de feux d’artifice. Il avait aimé mon t-shirt de Nine Inch Nails. Il m’a trompée avec une fille qui me détestait et qui a bien sûr trouvé ça très drôle. Il l’a laissée deux semaines plus tard. Elle a trouvé ça moins drôle. Il m’a réécrit, 21 ans plus tard, il y a quelques mois, pour me dire qu’il pensait et rêvait encore toujours à moi et qu’il pensait qu’il était encore amoureux. Il est en couple avec deux enfants. J’ai dit non. Il m’a écrit une semaine plus tard pour me dire qu’il était amoureux d’une fille de 20 ans…

            Les gens ne changent pas ou alors très rarement. Il leur faut mettre beaucoup d’efforts pour le faire. C’est flatteur et glauque en même temps, comme histoire. Je sais bien sûr qu’il n’est pas vraiment encore amoureux de moi, mais seulement d’une idée de moi et qu’il cherchait une porte de sortie de son couple… donc il voulait faire à sa conjointe la même chose qu’il m’avait fait… et voulait que je participe… tout en criant haut et fort qu’il avait changé, qu’il n’était plus comme ça.

            Après, encore à 16 ans, j’ai eu un amoureux qui était un ancien polytoxicomane qui ressemblait à Iggy Pop. J’en étais folle, mais lui avait eu une longue histoire avec quelqu’un et dans notre petite banlieue tout le monde les voyait comme inséparables et je devais en quelque sorte me battre constamment contre le fantôme de cette fille, ce qui, pour une personne qui se détestait, mettait énormément de pression. Il me faisait passer des tests de connaissances musicales. C’était un peu condescendant et ça illustre parfaitement un certain type de relation malsaine où l’autre ne veut pas vraiment de vous, il ne veut pas se confronter à l’altérité, il veut que vous soyez lui ou que vous le deveniez si vous ne l’êtes pas déjà. On s’est vus et séparés à de multiples reprises pendant trois ans. À chaque fois qu’on se séparait j’avais l’impression que ma vie était finie et je faisais des plans autodestructeurs sans en parler à personne. Je ne suis pas morte et j’ai quand même appris beaucoup sur la musique. Un jour, il m’a appelée pour qu’on reprenne et j’ai finalement dit non, bref début d’affirmation qui provenait en partie du fait que l’entrée au cégep m’avait rappelé qu’il existait d’autres personnes dans le monde.

            Après j’ai vu un barman et un acteur. Ni l’un ni l’autre ne voulait que nous soyons vus en public et nous ne faisions que coucher ensemble. Ils ne se voyaient pas avoir une relation avec moi. Ça me rendait très malheureuse, mais je n’avais pas l’impression que je pouvais faire quoi que ce soit. Je pensais qu’on me faisait une faveur. J’imagine qu’à cette époque, j’agissais vraiment comme ce que les gens veulent dire quand ils utilisent négativement le mot victime. Je n’avais par contre réellement aucune idée que les choses auraient pu être autrement. Je n’avais pas un très bon modèle de couple. Les deux sont revenus plus tard dans ma vie, les deux m’ont fait un peu la même chose encore. Ils n’avaient pas changé, eux non plus.

            J’ai eu une histoire avec un sculpteur aussi, à cette époque. Il ressemblait à Antonin Artaud. Ça avait troublé la jeune littéraire en moi. Il m’avait abordée dans un café de la rue Saint-Jean où j’étais allée pour écrire après avoir passé la nuit chez un ami qui habitait dans le coin. Il était plutôt charmant, comme ce type de personne l’est toujours, au début. Sa vraie nature est par contre sortie très rapidement. Un jour j’ai passé la nuit chez lui et je l’avais accroché avec un de mes ongles et il m’a dit que ça faisait mal. Je me suis excusée, la soirée a continué. Je l’ai égratigné encore un peu plus tard sans faire exprès. Il m’a pris par le poignet, m’a fait me lever et m’a poussée violemment contre le mur, me tenant le bras en l’air en serrant très fort et maintenant mon corps immobile avec son corps. Ça m’a coupé le souffle. Il a dit : « Le comprends-tu, que ça fait mal, là ? ». Je lui ai dit de me lâcher. Il a tenu encore quelques minutes puis m’a lâchée et est parti faire du café en sifflotant dans la cuisine comme si rien n’était arrivé. J’ai fait semblant de rien. J’ai bu mon café et j’ai dit que je devais rentrer. Il m’a rappelée souvent après, même quand je lui ai dit que je ne voulais plus lui parler et j’ai toujours refusé de le revoir. Quelques années plus tard, j’ai travaillé dans un restaurant où il était client. J’ai en fait appris qu’il harcelait une serveuse qui travaillait avec moi… Donc mesdames, si vous voyez un sculpteur qui ressemble à Antonin Artaud à Québec : fuyez !

            Quelques mois plus tard, un de mes professeurs m’a couru après. J’en étais à ma deuxième année de cégep. C’était un ancien punk et il avait gardé le look. J’en étais follement amoureuse. Il me prêtait des CDs. Il me faisait des compliments sur mon écriture. Il m’écrivait de longs courriels et un jour après que je lui aie dit qu’il m’avait manqué alors qu’il avait dû s’absenter quelques jours, il m’a dit qu’il me demanderait en mariage si jamais je lui disais ça à nouveau. Ça a fait plaisir à la jeune femme de 19 ans que j’étais. Un jour, il m’a dit que mes parents ne m’aimaient pas vraiment et que je devrais aller vivre chez lui. Pendant que je réfléchissais, il est comme disparu et ne me parlait plus. Je ne me sentais pas à l’aise d’aller vivre chez lui. J’avais aussi peur de la réaction de mes parents. Alors je suis allée le voir pour lui dire non. Il m’a appris, à ce moment, qu’une autre de ses étudiantes avait des problèmes dans sa famille et qu’elle était allée vivre chez lui… quelques semaines plus tard on les voyait toujours ensemble dans les couloirs du cégep… Il a essayé de me faire croire que j’avais halluciné toute l’attention qu’il m’avait donnée et qu’il n’y avait jamais rien eu entre nous.

            J’ai fini l’année scolaire le cœur brisé et avec l’impression d’être une folle. Au milieu de l’été, je partirais pour Montréal. J’avais trouvé une façon de partir de chez moi et de m’éloigner de ma famille qui semblait justifiée et pour laquelle personne n’essaierait de me dire qu’il en mourrait (ni par suicide, ni de chagrin). J’allais faire de brillantes études universitaires. Personne n’aurait rien à redire à cela. C’était faux. Mes parents trouveraient beaucoup à redire à cela, peu importe combien de A+ j’accumulerais au fil des ans.

            J’ai été agressée sexuellement 9 mois après être arrivée à Montréal par un poète que je connaissais, dans mon appartement, le soir de ma fête.

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