Créer l’autre et soi-même

            J’ai commencé à lire le livre The Artist’s Way, de Julia Cameron. À part les références à Dieu par lesquelles je ne me sens pas concernée, mais que je tolère assez bien en raison de mon intérêt pour différentes formes de spiritualité, j’avoue que ça me fait un bien fou. Cela m’aide à me recentrer sur mon travail.

            Je suis vraiment heureuse d’avoir recommencé à écrire plus et à montrer ce que je fais. Je suis aussi vraiment heureuse d’avoir eu le courage de recommencer à dessiner et d’en montrer le produit, peu importe que ce soit imparfait. La progression en tant que telle est intéressante. Ça m’a demandé beaucoup de courage et d’acceptation du fait que les progrès arrivent tranquillement. Il a fallu accepter d’être vulnérable et d’être inévitablement critiquée et jugée par des personnes qui n’ont pas les mêmes critères que moi concernant ce qui est montrable ou pas, des personnes qui sont plus dans le contrôle de leur image.

            Une part du plaisir que je ressens est indépendante de la réception de ce que je fais, l’important étant réellement dans le travail créateur en tant que tel et ce qu’il m’apporte. Le livre de Julia Cameron m’aide en cela, parce qu’il déblaie beaucoup de croyances négatives et d’obstacles à la créativité qui ont pu ou pourront se dresser sur mon chemin. Il montre aussi que certaines personnes auront des réactions très négatives même si ce que vous faites est bon.

            J’ai par contre encore besoin de travailler sur moi dans la mesure où la réaction de plusieurs personnes à ce que je produis me pose problème. J’ai vu quelques personnes avoir des réactions d’inconfort, voire faire des moues de dégoût face à mes créations et c’est une attitude que je comprends assez peu, même si oui, une mauvaise réaction est mieux que pas de réaction du tout et que la réaction parle toujours plus de la personne qui l’a que du travail en tant que tel. Il y a une variété énorme de réactions possibles à quelque chose qui ne nous plaît pas qui impliquent plus de créativité, d’empathie et de curiosité que ce genre de manifestations d’égocentrisme qui dit en gros : « Je n’aime pas ça, donc ce n’est pas bon et pas pertinent ».

            Je trouve ça dommage, triste, enfantin et inutilement destructeur.

            Depuis environ 20 ans, j’essaie d’être attentive à ce que les autres font, à ce qu’ils produisent, à ce qui les intéresse. Je l’ai fait avec plus ou moins de rigueur à différents moments. Je ne suis pas parfaite. J’essaie quand même de toujours les encourager, ne serait-ce qu’en faisant un petit signe. J’essaie de m’imposer un code de conduite dans lequel j’encourage l’autre même si ce qu’il fait n’est pas nécessairement à mon goût. Je l’encourage parce que ça fait du bien à la personne et que cela la rend plus vivante.

            C’est pour moi une forme d’éthique de vie.

            Ça ne me coûte rien et ça me fait du bien d’être positive et bienveillante pour l’autre. Je le fais aussi parce que c’est vraiment important pour moi qu’il y ait plus de créativité dans la vie. J’ai ainsi acheté, lu, écouté, été présente à des lancements et…  de livres, disques, revues, j’ai soutenu et fait de la publicité pour des sites internet, de nouvelles compagnies et… pour différentes productions culturelles et artistiques, indépendamment de ce que j’en pensais (à moins qu’il s’agisse d’un discours haineux bien sûr) et sans jamais demander quoi que ce soit en retour.

            Je ne l’ai pas fait pour avoir des contacts dans le monde culturel ni pour bien paraître. Il reste que je suis juste un être humain à la fin et parfois j’aimerais qu’il y ait un peu de réciprocité. Il y en a un peu et je remercie ces personnes de l’attention qu’elle m’accorde et du partage qu’elles font parfois de mon travail. Un simple mot d’encouragement, un sourire, un petit j’aime qui prend une seconde à faire, sont des gestes remarquables et remarqués qui aident à conserver l’énergie de créer pour soi et pour l’autre.

            J’aimerais beaucoup être complètement détachée de cela, mais je n’en suis pas encore là.

            J’y travaille un peu chaque jour.

            Je devrai effectivement essayer d’oublier le silence ou les réactions négatives de certaines personnes parce que cette semaine j’ai plusieurs gros défis à relever. Je dois produire neuf dessins d’ici mercredi prochain. Le fait de travailler à temps plein et d’être aux études en même temps m’a fait prendre un peu de retard par rapport à certains des travaux liés à mes cours.

            Je devrai aussi me soumettre à une évaluation de ma production depuis le début de la session par le professeur. J’avoue que cela me stresse un peu. Il n’a pas la langue dans sa poche et ne fait pas dans la douceur. Il est un peu imprévisible en fait. Parfois très patient et parfois très dur.

            Ça va.

            Il est comme un concentré d’humanité auquel s’exposer.

            Je devrai me rappeler, lors de cette évaluation, que la personne en face de moi ne connaît rien à mon histoire. Elle ne sait pas qu’il reste une forme d’interdiction de dessiner à quelque part dans mon esprit qui complique mon parcours. Elle ne sait pas à quel point c’est difficile. Elle ne sait pas pourquoi je suis heureuse même juste de finir quelque chose, peu importe que le résultat soit jugé aimable ou appréciable par d’autres.

            Ce sera un moment où je devrai séparer ce que l’autre dit, de ce que je sais et ce que je vois des progrès accomplis dans mon travail. Ce sera un bon moment pour choisir de rester calme et sereine, peu importe ce que l’autre m’envoie à la figure, d’accepter mes forces et mes faiblesses avec humilité.

            Je sais que ce parcours m’enrichit et m’aide à guérir.

            Il m’aide à avoir une contribution, une influence positive sur le monde aussi.

            Il me transforme un peu plus à chaque jour.

            Il me donne plus de vie et une expérience plus riche de celle-ci.

            J’ai dessiné pour la première fois à partir d’un modèle nu au dernier cours. C’était un moment que j’appréhendais pour différentes raisons. Je ne savais pas du tout comment j’allais réagir.

            Je ne suis pas quelqu’un qui s’expose fréquemment à la nudité des autres. Pas que je pense que ce soit mal. Je n’ai simplement pas beaucoup d’intérêt pour la question, en ce moment du moins, mais ça n’a pas toujours été le cas et je pense que c’est parfait comme cela, que ça doit varier au cours d’une vie.

            Je ne savais pas si ça me troublerait de voir une femme nue dans la même pièce que moi, chose qui ne m’est vraiment pas arrivée souvent dans ma vie, sauf à la piscine, donc peut-être plus souvent qu’il me semble en fait.

            Il y a quand même une différence, puisqu’à la piscine je ne regarde pas vraiment, pour ne pas mettre les autres mal à l’aise d’une part, et, d’autre part, parce que je suis souvent absorbée dans ce que je dois faire du reste de ma journée pendant que je m’habille.

            Là, il fallait vraiment regarder.

            Je me suis demandé par quel processus cette personne avait dû passer pour que ce moment et cet état lui soient indifférents. Je ne sais pas s’ils le lui sont réellement en fait.

            Le prof a fait quelques commentaires que j’ai jugé déplacés sur le corps de la personne devant nous. Je ne comprends pas vraiment pourquoi. Peut-être que le fait qu’il n’était pas en train de dessiner lui faisait voir le corps d’une autre façon. Peut-être aussi que c’est une personne qui n’a pas compris encore que même si la sexualité est une partie importante de la vie humaine pour beaucoup de personnes, nous n’avons pas à sexualiser le corps en toutes circonstances non plus.

            Le corps est bien plus que cela.

            Nous pouvons le voir autrement.

            Le corps n’est pas à réduire à sa sexualité.

            J’ai été fascinée par sa mécanique, les traces de la pesanteur qui l’écrase, la force qui provient de l’intérieur et transcende le poids du regard de l’autre pour laisser libre cours à la vie aussi.

            J’ai vu combien il est difficile de reconstruire et d’exprimer le corps de l’autre dans son esprit et dans nos gestes sur le papier. Comment il est difficile, voire impossible, de ne pas l’influencer, le modifier. Quelque chose ne nous le transforme.

            Ça m’a fait un effet de sorte de normalisation de la nudité saine. La nudité qui n’est pas seulement réduite à susciter le désir de l’autre aussi. Le corps en tant que vie autonome et indépendante de l’autre. Il y a de plus en plus de représentations du corps humain visant à retrouver l’entièreté de l’expérience du corps, ou, du moins, à la présenter différemment, mais disons que pour moi ça a été une expérience fascinante que je n’arrive pas encore tout à fait à mettre en mots, mais qui enrichit ma réflexion et ma vie.

            Cela m’a fait voir mon corps comme normal et montrable, ce qui est une très bonne chose.

            Cela m’a aussi donné envie de m’enfoncer davantage dans la création personnelle de mon rapport à mon corps et à comment le corps de l’autre est construit et peut-être reconstruit dans mon regard et ma conscience.

            J’avance.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s