La perception des autres

            J’écris un peu plus tard que d’habitude. Je suis désolée si certaines personnes attendaient le texte ce matin. J’écris plus tard parce que j’ai eu une très mauvaise soirée hier qui a débouché sur un matin un peu plus difficile que la normale et parce que je n’avais pas fini mon texte pour aujourd’hui. J’ai décidé de changer de sujet aussi.

            J’ai mis fin à une amitié de longue date qui était importante pour moi récemment. Je l’ai fait pour plusieurs raisons. Il s’agit d’une personne qui vit une dépression profonde et que j’ai tenté d’accompagner dans son épreuve pendant longtemps. Le problème c’est que cette personne, parmi ses symptômes de dépression, a une très grande agressivité. Elle fait preuve de beaucoup de négativité aussi et même si oui, je sais que c’est normal pour une personne en dépression, c’est devenu trop lourd à porter. C’est le cas parce que, même si j’essaie de l’aider de mon mieux, cette agressivité et cette négativité se tournent très souvent vers moi.

            Je ne vais pas assez bien encore pour le supporter sereinement.

            Pour être honnête, je ne pense pas qu’elle est en mesure d’en être consciente pour le moment. Elle vit trop de colère et de souffrance en même temps. Cela la pousse à être injuste envers son entourage, mais, encore une fois, je ne pense pas qu’elle peut le conscientiser réellement. Je pense qu’elle est juste en train de se débattre. Il y a quelques mois, j’ai essayé de lui en faire prendre conscience et ça a très mal tourné.

            Mes oiseaux, deux perruches, sont morts cette année. Je me sentais très mal parce que quelques mois plus tôt, j’avais eu des maux de têtes extrêmement intenses, les plus violents que j’aie connus (au point où à un moment donné j’ai fini par me demander si je n’avais pas quelque chose de grave comme une tumeur), 24h sur 24 pendant deux semaines et pendant cette période, parce que les oiseaux criaient sans arrêt, j’ai dit à mon amie que parfois j’étais tannée d’eux et que j’aurais préféré ne plus les avoir. Alors quand ils sont morts un peu plus tard dans l’année, je me sentais vraiment mal et triste d’avoir pensé cela, en plus de la tristesse de leur mort. J’avais mis une photo d’eux sur Instagram. Mon amie m’a écrit et quand je lui ai dit que j’étais triste elle m’a répondu : « Je suis désolée que tu vives ça même si tu ne les aimais pas vraiment. ». J’ai expliqué qu’il y avait une grosse différence entre avoir un moment d’impatience et souhaiter la mort réelle d’un animal et c’est resté comme ça, mais j’avais trouvé ça vraiment méchant. Surtout qu’elle a déjà abandonné un de ses oiseaux dont elle ne voulait plus.

            Quelques mois plus tard, elle a décidé de couper les ponts avec sa famille, ce qui me semblait une bonne décision puisque sa famille semblait empirer son état plutôt que l’améliorer. Certaines familles ont des fonctionnements malsains et sont effectivement nuisibles. Mais à un moment elle m’a dit qu’elle avait écrit à une tante qui ne lui parlait plus depuis des années et dont le mari était mort le jour même pour lui offrir ses condoléances et lui dire de ne plus jamais la contacter. Ça m’a fait comme un coup de poing dans le ventre et j’ai pensé à cette femme qui devait déjà être pleine de chagrin et qui recevait ce message horrible d’une personne à qui elle ne parlait pourtant plus depuis longtemps.

            Ce n’est pas la première fois qu’elle fait des choses du genre, mon ancienne amie. Elle a entre autres pensé à droguer sa grand-mère à son insu, chose qui bien sûr est très violente… et illégale… peu importe à quel point la grand-mère est détestable.  Je ne pense pas qu’elle l’ait fait finalement. En tout cas, je l’espère…

            Le jour où elle m’a dit ça, j’étais encore heurtée par l’affaire des oiseaux et d’autres choses qu’elle m’avait dite la dernière fois que j’étais allée chez elle. J’ai quand même pris mon courage à deux mains et je lui ai dit que je ne comprenais pas toujours pourquoi elle disait des choses méchantes et je lui ai rappelé sa remarque sur les oiseaux aussi. Elle est entrée dans une plus grande colère encore. La conversation a continué un peu, mais je voyais bien qu’elle était aveuglée. J’ai commencé à avoir peur d’elle un peu aussi. Alors, dans les semaines suivantes, je me suis éloignée. Et elle a arrêté de me donner signe de vie elle aussi, allant jusqu’à ne même plus aimer les photos de mon chien qu’elle aimait tellement avant pourtant.

            J’ai essayé quelques fois de lui tendre des perches pour finalement toujours me faire répondre de façon très bête. Elle continuait pourtant à me suivre sur tous les réseaux sociaux… Cette semaine j’en ai eu assez et je lui ai dit que j’étais certaine de ne pas mériter ce genre de traitement (quelqu’un qui boude sans rien dire pendant 3 mois…), que ma limite était dépassée et que je ne voulais plus de notre amitié.

            Elle n’a rien répondu.

            Elle n’a rien répondu jusqu’à hier soir, moment où elle m’a envoyé plein de messages horribles disant que j’étais une personne négative, que je vois de la violence partout, que je suis une victime et… Je n’ai pas réagi aussi bien que j’aurais voulu. Je n’ai pas réussi à m’empêcher d’avoir de la répartie. Par contre j’y suis allée beaucoup moins durement que je l’aurais fait avant. Je fais quand même des progrès. Je vais essayer de ne pas être trop dure avec moi. J’ai essayé de juste dire ce que je jugeais essentiel. Ça a quand même assez bien marché, malgré quelques écarts.

            Je dois préciser que c’était la première fois que je lui reprochais quoi que ce soit. La première fois que je lui disais qu’une chose qu’elle m’a dite me blessait, alors que ça arrive très fréquemment. C’est quelqu’un que je connais depuis 19 ans. Je ne pense donc pas m’être plaint excessivement du comportement de cette personne en lui faisant une seule remarque sur sa façon de me parler. Par contre c’est une chose que j’ai remarqué depuis que j’ai parlé ouvertement du fait que j’avais vécu de la violence : à chaque fois que j’ose faire un reproche à qui que ce soit sur quoi que ce soit, même juste une phrase, l’étiquette de victime arrive en deux secondes. Peu importe à quel point j’ai fait preuve de force dans ma vie et les épreuves que j’ai affrontées, ce mot vient très facilement à la bouche des gens que j’osecritiquer. Et toujours avec la connotation négative que le mot ne possède pas réellement, ce que les personnes qui ne s’intéressent pas vraiment au langage ignorent. Ils confondent le fait d’être victime d’un événement avec la victimisation, ce  qui n’est pas du tout la même chose.

            Donc oui, si vous vivez de la violence et que vous en parlez, soyez prêts à ce que les autres vous traitent de victime.

            Ce n’est pas vrai. Si vous étiez une victime au sens où ils l’affirment, vous seriez encore dans la situation en train de dire que vous n’avez pas le choix et que les autres sont chanceux et pas vous. Une personne qui se sort des situations où elle est maltraitée n’est pas une victime. Elle est quelqu’un qui se bat pour changer sa vie.

            J’écrirai un jour un article sur les mots « victime » et « survivor », mais pas aujourd’hui. J’utiliserai aussi des exemples des choses qu’elle m’a dites dans des textes sur la violence que j’écrirai plus tard.

            Ça me fait toujours un peu rire quand des personnes qui n’ont à peu près jamais rien lu sur la violence viennent me dire que j’en vois partout… Après huit ans de recherches sur le sujet, il me semble pourtant normal que je sois plus sensible à ses manifestations. Le fait que le commentaire me soit venu cette fois d’une personne qui dit écouter des podcasts sur le crime pour « se rappeler que le mal est partout » est encore plus cocasse. Je ne pense pas que la violence est partout. Je pense qu’il y a autant de mal que de bien dans le monde et que ça dépend où on regarde. J’ai choisi de regarder la violence un temps et dans ce blogue pour en sortir et pour essayer de la faire diminuer dans le monde. D’ailleurs la même personne a fait semblant que ce blogue, auquel je rêve depuis des années sans avoir le courage de le faire, n’a toujours pas commencé à exister… tout ça pour me punir d’avoir exprimer un inconfort par rapport à quelques mots de sa part. Mais c’est moi la personne négative…

            Enfin… Heureusement pour moi, au travers des messages haineux de la fille, j’ai reçu le message de quelqu’un que je connais depuis 21 ans. Il me disait qu’il me trouve vraiment inspirante de poursuivre mes passions et mes rêves… que cela lui donnait envie de changer des choses dans sa vie aussi, à l’approche de la quarantaine. C’était donc un discours complètement différent…

            J’avoue qu’une chose que je veux et dois améliorer en moi est l’importance que j’accorde à ce que les autres me disent de moi. Je me suis trop longtemps laissée définir par les autres et ça m’arrive encore malheureusement. Mais la journée d’hier donne la preuve d’à quel point c’est absurde. Je suis la même personne qui provoque des réactions diamétralement opposées chez deux personnes différentes. Il y a de quoi devenir folle… mais ce matin, en promenant le chien, j’ai décidé que j’étais quelqu’un au milieu de cela. Quelqu’un avec des qualités et des défauts, quelqu’un avec des bons et des mauvais moments… comme tous les êtres humains finalement. Je sais que je crois au changement et au travail sur soi, peu importe que les autres trouvent que je change assez vite ou pas. Je suis aussi généreuse, curieuse, travaillante et je veux le bien des autres.

            Je vous souhaite une très belle journée.

            Ne laissez pas les autres vous définir.

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