Avoir de la répartie

            Je n’ai d’abord pas du tout bien réagi.

            D’autres que moi joueraient la carte de l’innocence ou s’excuseraient à elles-mêmes en utilisant la fameuse violence réactionnelle. Je l’ai fait un temps. Je pense encore que la violence réactionnelle est en un sens normale. Au début, du moins, et un peu moins pire, mais je pense qu’on en porte quand même la responsabilité.

            Elle est un choix.

            D’ailleurs la personne en position d’agression réagit probablement aussi à quelque chose… qui ne justifie pas son comportement même si cela peut aider à le comprendre. La différence étant que ce quelque chose est probablement vraiment antérieur à sa rencontre avec vous. D’où le sentiment d’injustice justifié qui vous habite face au fait de subir les conséquences d’actions d’autres personnes.

            Les actions ou paroles violentes qui émergent lors d’un conflit nous appartiennent. Peu importe qu’on ait été poussé à bout ou pas. C’est nous qui choisissons d’agir de cette façon.

            Parfois nous ne savons pas comment faire autrement. Parfois nous n’en sommes pas ou plus capables.

            C’est correct.

            Il faut juste choisir autrement après, si la situation se présente à nouveau ou dans nos interactions avec d’autres personnes.

            Donc je ne suis pas parfaite.

            J’ai très mal réagi à la violence des autres.

            À la mienne aussi.

            Ma principale façon de réagir, c’était d’écrire des messages assez horribles dont il reste fort probablement des traces ici ou là, et en immenses quantités. Je n’ai pas la langue dans ma poche, ni les touches de mon clavier d’ailleurs.

            J’ai donc écrit des horreurs et des choses très dures, dont, bien que je pense que certaines soient vraies et méritées en un sens, j’ai réalisé avec le temps qu’elles étaient inutiles pour plusieurs raisons. J’ai aussi réalisé que ces comportements étaient nocifs pour moi.

            D’abord, parce que c’est épuisant. On est là, devant l’écran du téléphone ou de l’ordinateur avec les mots immondes qui s’affichent. Ou encore la bouche ouverte devant une personne odieuse qui vous dit n’importe quoi et à qui vous répondez n’importe quoi en retour, si bien tourné cela soit-il.

            L’horreur et la rage s’agitent en nous pendant ces moments. Elles deviendront de la tristesse, mais on ne le sait pas toujours encore. C’est très facile, répondre et enflammer la conversation, mais ça ne sert à rien.

            Rien.

            Ce n’est pas vraiment s’affirmer. C’est juste mettre davantage d’huile sur le feu parce que l’autre ne peut pas vraiment vous entendre. Il ne peut pas comprendre ce que vous dites.

            Ça ne sert absolument à rien, parce que si la personne en face de vous va assez mal psychologiquement pour vous faire intentionnellement du mal (et encore, cette intentionnalité n’est pas toujours claire pour la personne en position d’agression, mais j’y reviendrai quand je parlerai plus des personnes qui agressent), elle n’est pas sur le point de se remettre assez en question pour que votre répartie, si habile et ingénieuse (et éventuellement vraie) soit-elle, puisse lui faire réaliser quoi que ce soit.

            Toute l’énergie (et parfois l’intelligence) investie dans ces conversations est donc complètement gaspillée. La personne ne changera pas tant qu’elle n’aura pas décidé elle-même de le faire. Ça n’a rien à voir avec vous ou avec votre valeur. La personne agira de la même façon avec une autre personne après vous. Comme elle a agi de la même façon avec une autre personne avant vous.

            Cette énergie déployée dans un règlement de compte qui peut parfois sembler nécessaire parce qu’on vous a causé un tort réel, est finalement mieux investie à prendre soin de vous.

            Ça m’a pris du temps pour comprendre et accepter ça…

            J’avais tellement de foi dans les mots…

            Il me semblait impossible que l’autre ne finisse pas par comprendre mes explications, surtout celles calmes qui survivaient toujours aussi au sein de ma colère.

            Donc si jamais vous entendez que parfois je suis méchante par écrit, c’est fort probablement vrai. Je l’ai été en tout cas, pendant quelques années. Je l’assume. C’était nécessaire pour changer (de l’assumer, pas de le faire). Maintenant je ne fais plus cela dans la mesure du possible… et c’est pratiquement toujours possible. Il me suffit généralement de respirer un bon coup d’attendre avant de répondre. Mais ça a pris beaucoup d’entrainement et ce n’est encore pas toujours facile.

            J’ai la répartie colérique sauvage et très efficace…

            Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas parler.

            Cela ne veut surtout pas dire non plus que je pense qu’une personne victime d’agression a une responsabilité dans son agression, au sens ou en attaquant l’autre en retour on pourrait dire qu’elle a cherché ce qui lui arrivera par la suite… Pas du tout, jamais. La seule responsabilité qu’elle a, c’est de sortir de la relation aussitôt qu’elle comprend que c’est ce qui est en train de se passer.

            Et de rester loin de l’autre. Très loin.

            Pas d’espionnage sur les réseaux sociaux non plus.

            Pas d’espoir que l’autre finira par enfin reconnaître votre valeur.

            Rien.

            Une personne qui s’applique à vous faire mal psychologiquement ou physiquement ne mérite pas vos pensées et vous ne devez pas vous soumettre à son jugement.

            Mais parfois, comprendre, c’est vraiment long. Il faut enlever toutes sortes de filtres qui recouvrent la situation, un par un. Ça demande de rééduquer son regard sur plusieurs aspects de la vie et de soi-même. Certaines personnes n’y arrivent jamais.

            J’y reviendrai.

            Donc j’ai envoyé trop de messages méchants à cette personne qui m’a violentée, oui, c’est vrai. C’est par contre heureusement la seule chose que j’ai faite.

2 commentaires

Répondre à sofeee.v Annuler la réponse.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s