Parler d’art

    Comme je l’ai dit, ce projet a un autre versant. Il abordera le fait que je me suis redonné le droit de créer. À la fois à l’écrit, mais aussi au niveau pictural.

    Quand j’étais enfant, j’aimais dessiner. J’ai demandé à mes parents de m’inscrire à un cours de dessin. Ils l’ont fait et j’étais folle d’enthousiasme, abordant chacun des projets inlassablement, les faisant en double ou en triple. J’écrivais aussi, mais en cachette.

    Mon frère avait été inscrit en même temps que moi au cours. Ça lui tentait aussi. Il ne dessine pas comme moi. Il est bien meilleur sur le plan technique. Il reste que ça n’est pas ce qui importe ici.

    Un jour, mon père a déclaré que ce n’était pas moi l’artiste de la famille, que c’était mon frère. Je l’ai cru. J’ai arrêté de dessiner. J’ai quand même continué à écrire. C’était plus facile à cacher. Je le faisais déjà.

    Vous me direz qu’il y a pire comme traumatisme. C’est vrai. N’empêche que je l’ai cru. Je n’ai pas touché à un crayon pour dessiner pendant presque vingt ans. Pratiquement aucun trait qui ne soit pas une lettre n’a émergé de ma main jusqu’à très récemment.

   J’enviais secrètement ceux qui le faisaient. J’enviais les artistes, ceux qui l’étaient réellement. J’enviais les écrivains, même ceux qui ne se gênaient pas pour publier des choses dont j’ai pourtant parfois même honte de les lire. Je les envie encore un peu, je pense, parce que je trouve que je ne vais pas encore assez vite.

     Voici des restes de mon premier cours de dessin :

Voici d’autre dessins que j’ai fait par la suite vers l’âge de 16 ans :

     Après j’ai juste arrêté… à part quelques gribouillages ici et là.

    Un jour, l’envie irrépressible de dessiner est remontée de façon inattendue quand j’ai eu envie de faire un blog de bande dessinée sur la violence et j’ai été terrifiée. J’ai pensé que je n’en serais pas capable.

    Je ne me sens toujours pas tout à fait capable donc c’est pour ça que j’ai choisi de faire ce projet hybride pour au moins avancer plus concrètement et continuer à régler certaines questions qui me hantent depuis trop longtemps.

   Au moment où l’envie de dessiner m’est revenue, j’ai quand même décidé de m’inscrire à un cours de bande dessinée où je me suis présentée les jambes tremblantes. Je ne me sentais pas à ma place. Je n’avais jusqu’alors pas tellement remis en question ce que l’on me disait de moi, de ce que j’étais ou pas.

   Je n’avais pas non plus échappé à la voix en moi qui détruit tout espoir et tout bonheur. Il devait rester une forme de murmure que j’ai entendu, puisque je suis allée au premier cours… et j’y suis retournée… et ainsi de suite jusqu’à compléter la session.

    J’en ai fait un deuxième après et d’autres cours d’art aussi.

   Cette année, environ trois ans plus tard, je rentre dans un programme d’arts visuels à l’automne. Donc, dans le projet que vous lisez maintenant, il sera question de mon retour à l’art, de ma réappropriation d’une partie de moi que j’ai étouffée et ignorée trop longtemps.

    Ça ne devrait pas toujours être beau (ce qui n’est jamais très important de toute façon), mais ce sera un parcours. C’est ça l’objectif : dépasser les violences vécues et mes blocages face à mes pratiques artistiques. Donc des textes et des dessins. Ce sera ça… ça et la violence.

2 commentaires

  1. Woa…
    C’est fou ce que nos mots peuvent porter comme conséquence. Merci, en tant que parent, lire ceci me fait réaliser l’importance de rester alerte à nos mots, ceux que l’on dit à nos enfants surtout.
    En effet, je crois qu’il ne faut pas mettre des batons dans les roues de nos enfants. Au contraire, j’espère pouvoir l’accompagner à travers ses défis, et le voir évoluer dans ses rêves futurs.
    Bravo, pour votre courage et bonne continuation dans ce projets.

    Aimé par 1 personne

    1. Merci d’avoir pris le temps d’écrire. Je pense que tous les parents peuvent faire des erreurs et que ce n’est pas très grave la plupart du temps. Dans ma situation, le parent dont il est question dans ce texte avait des problèmes plus graves qui le conduisaient à vouloir nuire à ses enfants. Je suis certaines que vous saurez encourager les rêves de votre enfant. C’est déjà très bien de vouloir le faire. Merci encore!

      J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s