Un 3e cours de bande dessinée (+BD)

            Quelques mois après l’échec plus ou moins total qu’avait été ma tentative de suivre un deuxième cours de bd, l’envie a fini par me revenir de tenter à nouveau d’en suivre un. On se souvient que j’avais arrêté le 2eà cause du prof enfoiré qui riait de mes profils de personnages et de mes dessins en général. C’est vrai que j’ai de la difficulté avec les profils. Je le sais. J’y travaille. Je finirai bien par devenir meilleure… mais rire des étudiants, c’est non. C’est toujours non. Personne ne progresse comme ça. Ça crée juste des problèmes psychologiques (chez soi et chez l’autre).

            Ça m’avait pris 4 mois pour que l’envie revienne vraiment. Ce qu’il faut en comprendre, c’est que je suis (ou j’étais, parce que là ça va vraiment mieux) très amochée à ce moment sur le plan psychologique. Tout ce que j’entreprenais tournait mal, j’avais encore beaucoup de symptômes de stress post-traumatique, j’avais aussi beaucoup de difficulté à croire que ma vie pouvait changer (Ça, c’est un thème récurrent, mais j’en reparlerai).

            Donc j’ai décidé de m’inscrire à un autre atelier de bande dessinée. C’était proche de chez moi et c’était donné par un bédéiste que j’aime qui vient un peu du même coin que moi. Je me suis dit : « Pourquoi pas ? On verra si ça passe ou ça casse cette fois ».

            Je suis allée au premier cours et j’étais honnêtement terrorisée. Ça m’a pris tout mon courage pour ne pas juste arrêter au Cheval Blanc qui était sur le chemin et me contenter de boire de la bière au lieu d’apprendre à faire de la bande dessinée… Mais j’y suis allée… et j’y suis retournée jusqu’à la fin de la session. J’ai été présente à tous les cours, ce qui est assez rare pour moi.

            L’approche était vraiment différente. Il n’y avait pas de pression à acheter cinquante mille trucs qui faisaient monter une facture incroyable. Et comme j’avais acheté tellement de choses à cause de l’autre bizarre du cours avorté, je n’ai rien eu à acheter du tout finalement.

            Le prof était très différent aussi. Beaucoup plus calme, patient lorsqu’il le fallait, encourageant et expéditif lorsqu’il le fallait aussi, pas dans l’autopromotion… Les fois où il a parlé de ses livres, c’était pour des raisons utiles. Tout était plus souple. Personne n’a été soumis à un examen ultra critique de son travail, même si oui, nous avons eu des conseils lorsque sollicités. Le plan du cours était clair et les informations reçues pertinentes. Je devrais d’ailleurs relire mes notes de cours pour me remettre tout ça en tête… Il donnait l’impression de croire en chacun de nous et si ça n’était pas le cas, il l’a très bien caché.

            J’ai pu aussi rencontrer un de mes bédéistes préférés dans le cadre du cours : Tom Gauld. Je pense que je ne m’en suis pas encore remise d’ailleurs… je regarde souvent le livre qu’il a signé, comme pour m’assurer que c’est bien arrivé (rougissements).

            Une des choses que j’ai le plus appréciée est que j’ai pu finalement terminer un projet et le voir imprimé dans une revue après. En effet, une des choses qui était devenue très difficile avec le stress post-traumatique et les variations d’états plus ou moins dépressifs qui ont suivi les violences vécues, c’était ma capacité à me concentrer sur quelque chose et à terminer des projets.

            J’avais pris pour habitude de mettre surtout mon énergie sur le travail parce que c’est sûr qu’il faut payer les comptes et aussi parce que les étudiants vont probablement (je dis probablement parce que ce n’est clairement pas sûr à 100%) s’en apercevoir si le cours n’a pas été bien préparé par le professeur… et que même s’ils ne le savaient pas, moi, je le saurais et que ça m’embêterait. J’aurais honte donc j’enseignerais moins bien.

            J’avais donc pas mal abandonné tout ce qui était créatif dans ma vie et je n’avais pas publié quoi que ce soit depuis des années, moi qui m’étais fait un devoir de publier régulièrement tout le long de mes études.

            Ça a à voir avec les effets secondaires des violences, mais ça a aussi à voir avec ce qui a changé dans ma vie quand j’ai commencé à enseigner. Je suis une personne quand même assez intensément introvertie et même si je me suis habituée à être devant une salle de classe au fil du temps, ça reste épuisant. Au début, et parfois encore maintenant, j’ai de la difficulté à doser où va mon énergie et quand me retirer pour me recharger. Ça donne des périodes d’épuisement ou de doute, mais j’ai confiance que je finirai par trouver un équilibre un jour ou l’autre. Ça va déjà mieux qu’avant. La période pour me remettre de la session a été moins longue cette année.

            Donc, dans le cours de bd, au fil des semaines, il a fallu que je pense à mon histoire, à mes personnages, au nombre de pages, à ce qu’il y aurait dans les dialogues, dans les cases et… J’ai probablement dû avoir l’air un peu bizarre au début… pas très travaillante non plus, ce qui peut-être une interprétation qui semble plausible si on ne me connaît pas, mais ce n’est pas ce qui se passait. Au fond, je traversais de mon mieux les traumatismes qui m’avaient bloquée jusqu’à ce moment. Le fait de ne pas avoir un professeur hurlant et se moquant a beaucoup aidé à ce que j’arrive à franchir les étapes peu à peu. Avoir une date de tombée aidait aussi. Ainsi, j’ai vu peu à peu naître ma première bande dessinée, dont j’ai été très fière, peu importe de quoi elle a l’air.

La voici :

Le chien 1.1

Le chien 1.2

Le chien 1.3

Le chien 1.4

Le chien 1.5

      Je peux constater que mon dessin a évolué depuis même s’il me reste encore beaucoup de travail pour arriver à ce que je veux. Je suis fière de moi et du chemin parcouru. Ça m’arrive rarement. Je vais en profiter.

            Une autre des choses dont je suis reconnaissante pour ce 3ecours de bd, c’est le fait que le professeur n’avait pas d’attentes particulières sur le plan du style et qu’il nous encourageait tous à produire ce que nous voulions. Il a respecté absolument tout le monde et a accepté que chacun d’entre nous était rendu à un stade différent et avait un style différent, ce qui est idéal.

            Je me souviens aussi qu’un jour, il nous a parlé du livre Lapinot et les carottes de Patagonie de Lewis Trondheim. C’est un livre au début duquel Trondheim ne savait pas du tout dessiner. Il a quand même décidé que c’est ce que cela lui tentait de faire, la bande dessinée. Alors il s’est mis à dessiner… et dessiner… et dessiner, jusqu’à ce qu’il soit bon. Aujourd’hui il a plusieurs livres derrière lui. Il est devenu dessinateur, scénariste et éditeur de bandes dessinées. Je le lis en ce moment. Bon… Je n’avais pas la même confiance en moi que lui, mais ça m’est resté dans la tête pendant les deux ans (environ… + 2 mois) que ça m’a pris pour finalement mettre en ligne la bd à la mi-février. Je ne faisais pas rien pendant ce temps-là… Je travaillais encore à mon projet dans ma tête et surtout j’apprenais à me rétablir tranquillement.

            Même si j’avais fait ces deux cours et malgré les encouragements, pendant un moment, je me sentais incapable de mettre quoi que ce soit en ligne. On pourrait décrire le niveau d’anxiété que j’avais par rapport à cela comme la classique impression qu’on va mourir. J’étais comme paralysée. C’est difficile de changer l’image que l’on a de soi. L’image que les autres ont de nous n’est pas importante même si elle peut être pénible à subir… J’avoue qu’à chaque fois qu’on me prend pour une imbécile c’est assez insupportable, mais je survis, parce que je sais que ça parle de l’autre et de ce qu’il se permet. Pas de moi. L’image de soi est plus dure à affronter et à changer. Ça peut prendre beaucoup de temps. Ça m’aura pris plusieurs années moi et je me suis officiellement donné le droit de vivre et d’être qui je voulais il y a genre un mois à peine… L’envie m’en est venue à force de me repencher justement sur celle que j’ai été, celle que j’ai tuée pour les autres. Je l’aimais bien cette personne là. Elle commence à revivre finalement et à s’épanouir enfin!

            Aussi, cette semaine, je suis allée voir une conférence sur la scénarisation au Festival international du Film Black de Montréal et une des conférencières a parlé du fait qu’il fallait faire très attention à qui on montrait son travail au début, parce qu’on risquait de rester pris avec les jugements des autres. Je pense que c’est ce qui s’est passé dans mon cas. Je pense que les remarques de mon père quand j’étais enfant, la blonde de mon amie après le premier cours qui me disait que mes dessins n’avaient l’air de rien, le prof qui avait ri de moi, les collègues au travail qui se moquaient aussi de ce que je faisais ou le comparais à des dessins faits par des personnes avec beaucoup plus d’expérience, mon ancienne amie qui avait proposé de faire un livre dans lequel elle s’occuperait des dessins alors qu’elle sait que je veux en faire… Je pense que tous ces jugements me sont restés en tête vraiment longtemps… je pense que je suis encore très sensible aux définitions des autres. J’ai par contre atteint un état d’esprit résolu où je juge que les jugements des autres m’ont inutilement pris trop d’énergie et arrêtée beaucoup trop longtemps. J’ai décidé que c’était fini. Je n’ai plus de temps dans ma vie pour la négativité et les remarques assassines. Qu’ils s’étouffent avec, les vilains.

            J’ai décidé malgré tout d’écouter parfois un peu, mais pas trop, les bons commentaires plutôt que les mauvais et de me lancer. J’ai décidé que j’allais m’améliorer avec le temps et que c’était bien parfait comme ça. J’ai décidé que c’était tant pis pour les personnes négatives et celles pour qui je ne suis pas encore « assez bonne » pour me permettre une telle « audace » en montrant mes choses. Je ne veux pas de ces personnes dans ma vie de toute façon. Je vais continuer à travailler. Je sais par exemple qu’il y a encore un peu trop de texte… mais ça c’est un réflexe de littéraire. Je vais m’ajuster avec le temps… mais peut-être que ça peut être ok aussi, chacun choisissant de le faire comme il le désire.  C’est ma bd, après tout. Je pense que je ne veux juste pas que les images deviennent superflues à cause du texte et ça s’arrête là. Je pense aussi que le fait que la fin de cette histoire s’est beaucoup déroulée sur le Messenger du Facebook a à voir avec la quantité de texte, les téléphones et pages Facebook étant assez ennuyeux à dessiner. Je verrai pour la prochaine.

            Merci encore J.B.

            À plus

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