La joie

C’était une belle journée aujourd’hui même si elle était pas mal trempée pour que ce soit facile à supporter de faire la grève. J’ai quand même réussi à faire mes heures avec le sourire. J’étais très heureuse. À partir de demain ce sera 4 heures par jour au lieu de 6 heures. Ça va être pas mal plus facile.

J’ai eu une super bonne conversation avec un collègue que j’aime beaucoup au sujet de la masculinité toxique et lui aussi trouvait que le commentaire sur mon projet était complètement déplacé, faux et représentait un gros manque de jugement. D’autres profs aussi ont dit ça. C’est pas mal très unanime, oui. Mon collègue a trouvé mon projet très beau et très fort et pas narcissique. Une autre prof fait dire que c’est justement ça la force des projets autobiographiques… que souvent ils touchent quelque chose d’universel… et non de narcissique. Ça a donc été une belle journée de révolte sur plusieurs plans.

Et oui, si vous y avez pensé, je sais que c’est possible qu’il me lise, mais je m’en fiche complètement. Peut-être que ça le fera un peu réfléchir. Ce serait nécessaire. Quelqu’un a essayé de me convaincre que la chose la plus féministe à faire ce serait d’aller faire ma présentation quand même, mais je ne crois pas. Être féministe c’est aussi se respecter et s’écouter soi-même. Ce n’est pas de mettre en danger inutilement pour des situations ridicules. Et là mon état en est un de stress post traumatique complexe grave face à une personne qui ne comprend pas. Je mène assez de lutte comme ça. Je gagnerai celle-ci en restant moi et en continuant ma démarche sans la laisser être détaillée par des commentaires insensés et faux. J’ai besoin de repos et de soins. Pas de confrontations improductives et stériles.

Je réitère quand même que c’est assez là. J’en ai plus qu’assez de servir de miroir aux hommes qui ont des problèmes à régler. C’est infiniment lourd, pénible et épuisant. Au moins le harceleur a l’air disparu. Ça fait déjà ça de moins. Il était temps qu’il comprenne.

Parfois je finis par avoir peur d’aller bien parce qu’à chaque fois que je vais mieux, que je recommence à être heureuse d’être en vie, on dirait qu’un homme se sent obligé de faire quelque chose de complètement con et violent dans ma vie. Un homme ou une femme, mais ce sont plus souvent des hommes. Et encore plus souvent des hommes qui ne savent pas de quoi ils parlent et c’est encore plus désespérant. Et encore encore plus souvent des hommes qui savent ce que j’ai vécu et qui choisissent quand même de me faire du mal. Ça, c’est juste horrifiant. Je me demande ce qu’ils se racontent pour que ça leur semble justifié… mais je ne veux pas le savoir. Je pense que ça me ferait peur. C’est aussi nécessairement faux.

Avec mon collègue, on a parlé de livres, de films et de balados féministes ou qui mettent en scène la masculinité toxique. Ça m’a rendue pas mal joyeuse.

J’ai envie de ça. De la joie. De la création, de personnes respectueuses, cohérentes et pertinentes. Je n’en peux plus des personnes qui confondent intelligence et méchanceté ou qui me projettent n’importe quoi dessus. C’est quand même ridicule que des gens s’imaginent que ce que je dis n’est que mon opinion qui n’aurait aucune valeur et ne serait étayée par rien alors que ma vie entière est consacrée à apprendre sous toutes les formes possibles et qu’en fait quand je m’exprime, c’est plutôt le résultat d’une énorme quantité de connaissances accumulées qu’une simple opinion. Ce sont plus souvent les gens qui me parlent qui ne savent pas de quoi ils parlent et n’ont aucune honte de le dire quand même. C’est très étrange. J’ai passé ma vie, jusqu’à il y a quelques années à me taire de peur de dire quelque chose de faux. Ça ne me semble pas être des doutes et des craintes très répandus…

Ça m’a pris tellement d’années avant de me donner le droit de parler. Personne ne va me faire taire. Surtout pas par l’humiliation, la méchanceté ou la violence.

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