Je suis en pause chez la tatoueuse. J’écrirai probablement une partie du billet en mordant mon chandail tantôt. C’est le dernier pour un certain temps. Nous devrons le diviser en deux sessions finalement parce qu’elle a trop mal au dos. Mais ça me va. Une période moins longue de solitude pour mes petits amours à la maison. C’est un beau renard cette fois. Un renard qui provient de la fois où j’en avais trouvé un mort dans un boisé où j’étais seule, enfant, à Anticosti. C’était juste à côté du camp où nous étions. Il était composé de petits conifères que je ne savais pas alors identifier. Et à un moment, en suivant les petits sentiers faits par les passages répétés de bêtes, je l’ai trouvé. Il était beau. Mes tatouages sont soit liés à des traumatismes ou à des moments qui ont marqué mon imaginaires. C’en est un. Le contraste entre le jour lumineux et l’espace d’ombre, comme hors du temps, à l’intérieur du boisé avait quelque chose de mythique.
Aujourd’hui a été une belle journée même si elle a passé trop vite. Elle s’annonçait un peu ordinaire, mais finalement, juste avant que nous commencions le tatouage, j’ai reçu un appel. Un appel que j’attendais depuis longtemps. C’était pour m’informer qu’une psychoéducatrice va se libérer d’ici deux semaines. Je vais donc commencer mon suivi psychosocial pour le stress post-traumatique complexe très bientôt! Ça m’a tellement rendue heureuse! Vous ne pouvez pas imaginer. Ça a été un peu long, oui, mais ça aurait pu être pire. J’ai vraiment hâte!
Mon coeur et mon esprit vont un peu mieux. Je dirais que mon coeur est ouvert à un gros 25% maintenant. Je me suis surprise à penser à quelqu’un qui m’intéressait mais qui était en couple. Je ne sais pas s’il l’est encore. Je ne sais pas non plus s’il aurait le courage de me contacter s’il ne l’est plus. Il regarde les trucs en tout cas. J’aimerais souvent que les hommes aient plus de courage. Qu’ils prennent le temps de parler, de poser des questions et de comprendre. Je verrai avec le temps. Je ne me sens toujours pas pressée et j’avoue que j’ai un peu peur de ne jamais rencontrer quelqu’un qui ait l’intelligence, la patience et la sensibilité nécessaires pour que quelque chose soit possible. La confiance en soi aussi. Quelqu’un avec une conscience de l’autre et de l’empathie finalement… ça semble assez rare malheureusement. Les gens me semblent souvent seulement sensibles à ce qui les arrange.
J’ai eu encore un malaise physique tantôt. Je pense qu’il est temps que j’aille passer des prises de sang. C’est probablement mon niveau de fer qui déconne encore… ça m’arrive. Mais ces jours-ci c’est intense. Ce serait en tout cas une bonne explication pour la fatigue que je ressens depuis des mois, même si de toute évidence les choses traumatisantes qui me sont arrivées sur le plan psychologique expliquent aussi très bien cette fatigue.
Je suis rentrée depuis le début de la rédaction de ce billet. Les chiens ont bien fait ça. Ça m’inquiétait un peu de les laisser seuls après avoir été tout ce temps avec eux tous les jours. Ils me manquent souvent quand je suis ailleurs. Certains contacts humains me manquent aussi souvent, mais en ce moment j’ai de la difficulté à avoir confiance dans les autres et ils ne me donnent pas souvent de raisons de le faire. Je vais y travailler. J’aimerais que plus de personnes travaillent à avoir plus de gentillesse et d’empathie pour de meilleures relations. De la bienveillance aussi. Déjà avoir plus conscience d’eux et de ce qu’ils font aux autres aiderait.
J’irai bientôt coucher mon beau renard. Je l’aime déjà même s’il n’est pas terminé.
Bonne soirée, bonne nuit et à bientôt!
Mary
