Le ghosting : progrès

            Je me suis fait ghoster par deux personnes cette année. Les psychologues ont beau s’évertuer à dénoncer cette pratique parce qu’elle est d’une extrême violence et qu’elle cause des dommages psychologiques graves à ceux qui la subissent, les lâches (je ne sais pas vraiment comment les appeler autrement et je n’en ai pas envie) continuent l’utiliser comme si de rien n’était, comme s’ils n’avaient aucun souci de l’autre, ce qu’ils n’ont apparemment pas… ou alors ce souci est enterré bien profondément sous une couche d’orgueil démesuré et d’ego amoché. 

            À moins qu’il ne s’agisse d’une personne qui met votre vie en danger, de quelqu’un qui vous harcèle après que vous lui ayez déjà dit de vous ficher la paix, d’Adolf Hitler, de Donald Trump ou de quelqu’un du genre, on s’entend que personne sur terre ne mérite de se faire ignorer. Personne n’est pas important au point de le traiter comme une chose indifférente. Personne ne mérite ça. Donc il faut bien comprendre la différence entre reculer pour se protéger et ignorer quelqu’un pour le blesser. 

Je vois souvent, sur Instagram, ou alors je l’entends dans la bouche des gens, l’idée que le mieux pour faire mal à quelqu’un est le silence, qu’il est la meilleure vengeance. Mon problème avec ça c’est que vouloir se venger est quelque chose de complètement stupide et improductif. C’est une perte de temps totale. Les personnes qui vous ont fait du mal souffriront à leur tour plus tard autrement. Personne ne maltraite les autres sans conséquences, ne serait-ce que le fait d’avoir à vivre avec la personne dégoûtante qu’elle est devenue, ce qui me semble déjà extrêmement pénible. Ça ne sert donc à rien de vous abaisser à torturer les autres de cette façon. C’est plus à vous que vous faites du mal en adoptant des comportements violents qu’à l’autre. Le plaisir que vous en tirerez est bien éphémère et vide. Enfantin aussi.     

            La première personne est une femme qui me disait toujours des choses que je jugeais douteuses, mais dont je croyais que c’était une bonne personne au fond et qu’elle ne s’en rendait pas compte. Je pense qu’effectivement elle ne s’en rend pas compte, mais j’aurais dû lui faire comprendre avant que ces choses qu’elle me disait me blessaient. Elle riait par exemple de l’importance que j’accorde à mon chien, qui est selon elle vraiment bizarre… mais ça n’a rien de bizarre. La plupart des personnes qui ont vécu de graves et/ou nombreux traumatismes ont des meilleures relations avec les animaux qu’avec les humains. Si en plus les humains vers qui elles vont pour retrouver foi en l’humanité rient d’elles parce qu’elles ont peur des humains au lieu de comprendre que c’est normal dans les circonstances, ça n’aidera en rien. Ça empire au contraire les choses. Elle me traitait de gothique aussi, ce qui est quelque chose que je ne comprends absolument pas. Les seules choses que j’ai de vaguement gothiques sont des cheveux noirs, mais n’importe qui peut avoir les cheveux noirs, pas seulement les gothiques et prétendre le contraire est ridicule, et quelques objets qui évoquent la mort ici et là… mais ça c’est une affaire de surdoués, la fascination pour la mort et le fonctionnement de l’organisme. Ça n’a rien de particulièrement gothique. Elle me traitait aussi de emo…. à cause de ma frange… Il faut le faire… La coupe de cheveux que j’ai a fait sa première apparition durant les années 50… elle n’a rien à voir avec le fait d’être emo. D’ailleurs les franges emo n’ont pas du tout l’air de ça… le problème dans tout ça, même si cela peut sembler être des commentaires anodins, c’est que je déteste ça me faire mettre dans une boite. Je déteste ça parce que ça me montre que la personne en face de moi ne fait aucun effort pour me connaître réellement. Et parce que j’aspire à vraiment connaître les autres, ça me blesse quand ce n’est pas réciproque. Quand je lui ai dit qu’elle avait tendance à faire des caricatures des autres, elle a été super insultée et est disparue sans me reparler… L’histoire est plus longue et complexe, mais j’y reviendrai plus tard.     

            L’autre est un homme qui pouvait éventuellement m’intéresser, mais ça restait stressant pour moi parce que ça fait un moment que je n’ai fréquenté personne. J’ai pris une longue pause après la dernière histoire où j’ai vécu de la violence et mes dates depuis étaient pas mal juste négatives et perturbantes, en bonne partie parce que les gens ne règlent pas leurs affaires… Après que je lui aie parlé de quelque chose de difficile que j’avais vécu, il est disparu du jour au lendemain en se mettant à m’ignorer. En plus, c’était quelqu’un à qui je m’étais forcée de dire quelque chose d’important à propos de moi que je n’avais absolument pas à lui dire, mais qui expliquait quelque chose que j’avais fait et qui avait pu le blesser. Je lui ai dit pour prendre soin de lui. Même pas pour moi. Me traiter de la sorte après est quand même assez étrange et troublant. Ça ne semble pas dire de belles choses de la personne ni être une preuve de respect en tout cas. 

            Dans les deux cas, c’est la personne qui a fait quelque chose de mal (ou d’inadéquat, d’irrespectueux) qui traite l’autre comme de la merde. C’est assez ironique… mais en même temps c’est normal au sens que je pense que les personnes qui font du ghosting sont souvent des personnes qui ne veulent pas se remettre en question et ne veulent pas grandir en travaillant sur elles-mêmes. Elles veulent juste que les choses soient faciles et simples, ce qui est complètement immature et irréaliste.   

            Malgré les émotions difficiles que cela m’a fait vivre, je suis fière de moi. Avant, il y a genre un an et demi, ça m’aurait détruite, ou en tout cas vraiment amochée, pour assez longtemps. Ça ne me fait plus ça. J’ai, durant les derniers mois, de plus en plus intégré la réalité du fait que ce que les gens font et disent parlent d’eux, de qui ils sont, de leurs valeurs, de leurs difficultés… et non de moi. Donc même s’ils me font quelque chose qui me blesse, ce qu’il y a à retenir de cela n’est pas que je suis une horrible personne qui mérite d’être abandonnée sauvagement pour une quelconque terrible faute que j’aurais commise ou un défaut de constitution qui rendrait justifiable que les autres me traitent comme ça. Ce n’est pas du tout ça la leçon, même si c’est ce que les autres qui me traitent mal voudraient que je pense. 

Je suis partie de loin, puisque cette idée… cette idée que je n’en vaut pas la peine, que c’est impossible de m’aimer et… c’est une idée que de très nombreuses personnes ont essayé de m’enfoncer de force dans la gorge depuis mon enfance. Je sais maintenant que cette idée est fausse. J’apprends de plus en plus à être bien avec moi et à m’aimer et à voir ces personnes pour qui elles sont : des personnes faibles qui vont très mal.  

Ça me fait quand même quelque chose quand les gens me traitent mal. C’est normal, puisque c’est quand même à moi qu’ils le font et il n’est sain pour personne de se faire traiter comme une chose indifférente, voire une sous-merde. Ça me perturbe aussi parce que j’ai un esprit qui chercher à comprendre de façon compulsive, parfois au détriment de mon propre bien être. 

Je n’arrive à me calmer que quand j’ai fait le tour des possibilités dans ma tête et j’arrive toujours à la même conclusion : peu importe ce qu’elle vit et la raison qui la pousse à s’éloigner, la personne qui choisit de ghoster a tort et aurait dû dire quelque chose, ne serait-ce que par décence et respect minimal. Le fait qu’elle ne prenne pas la peine de s’assurer de ne pas vous blesser parle d’elle et non de vous. Elle vous renseigne sur le fait qu’il ne vaut surtout pas la peine de vous attrister pour cette personne ou de regretter son départ.  

Dans les deux situations décrites, je sais que je n’ai absolument rien fait pour être traitée de cette façon. Je ne le mérite pas et peu importe ce que j’ai pu faire à l’autre qui l’a éventuellement blessé, je mérite au moins qu’on me le dise pour que je puisse éventuellement m’excuser et grandir après. Il n’y a aucune justification valable au ghosting. Aucune. Même si vous trouvez que c’est difficile de parler, c’est quand même à vous de vous forcer pour parler. Les relations humaines dépendent du fait de ce dépassement de la violence par l’effort. 

Je pense qu’il y a aussi des personnes qui n’ont même pas conscience de ghoster. Ce sont des personnes qui traitent juste toujours les autres comme comme des objets, ce qui est profondément violent et inacceptable. Ces personnes nous rendent en fait un service en s’en allant, mais il est clair qu’il aurait été préférable qu’ils s’abstiennent juste d’entrer dans notre vie. J’aimerais bien qu’un jour elles le comprennent et qu’elles nous sacrent la paix. 

Bonne journée et à plus!  

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