Le temps des fêtes (partie 1)

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            Ça fait dix ans maintenant que je ne célèbre plus vraiment Noël. Durant ces dix ans, c’est arrivé deux fois que des personnes ont en quelque sorte essayé de me forcer à célébrer cette fête pour laquelle je n’ai aucun intérêt, mais ces tentatives m’ont fait me sentir plus agressée qu’autre chose. Ça ne m’a pas tellement donné l’impression d’être respectée dans mes choix. J’ai des invitations, ça, ça va. C’est juste gentil. L’idée de célébrer dans la famille d’autres personnes alors que je n’en ai pas envie me fait cependant toujours refuser. J’ai toujours peur de dire quelque chose qui gâcherait le « beau Noël » de ces personnes, alors ça me semble préférable de m’abstenir. Je ne suis pas non plus quelqu’un qui apprécie tellement les moments en groupe… à plus de 3 ou 4 personnes, je perds intérêt.

            J’ai arrêté de m’intéresser à Noël après des événements qui sont arrivés en 2008 et que j’ai déjà racontés dans le texte « L’affreux Noël » l’an dernier. Ce n’était pas une grosse perte, parce que je n’avais jamais vraiment aimé Noël. C’était toujours synonyme de crises de rage épouvantables et donc de stress et de tristesse inutiles qui paraissaient encore plus obscènes dans ce cadre se voulant magique et féérique. C’est aussi l’année où j’ai commencé à couper les ponts avec mes parents. J’ai remplacé le fait de fêter Noël et le jour de l’an par une semaine d’examen de ma vie et de remise en question de mes choix, ce qui me semble plus nourrissant et pertinent que de me forcer à aller me faire agresser de diverses façons dans la maison où j’ai grandi.

            En raison de la demande généralisée de ressentir un bonheur extatique sans fin devant les décorations de Noël et l’obscène quantité de nourriture et de cadeaux inutiles, j’ai décidé de profiter de Noël pour terminer un livre sur la dépression que j’avais commencé il y a quelques jours. Le livre s’intitule Lost Connections : uncovering the real causes of depression – and the unexpected solutions. Il a été écrit pas Johann Hari, dont j’ai commencé un autre livre intéressant il y a quelque temps. Je lis définitivement trop de livres en même temps. Je ne vais pas faire un résumé complet du livre, mais simplement parler de ce en quoi il m’est pertinent.

            C’est un bon livre. Je peux dire cela. Étant en thérapie depuis longtemps et ayant un bon médecin et un bon psychologue qui font beaucoup de recherches sur la dépression et sont contre la médication, il n’y avait pas beaucoup de choses nouvelles pour moi à l’intérieur. Je fais aussi de mon côté une forme de recherche sur la santé mentale depuis une quinzaine d’année et j’avais lu une bonne partie des études qu’il a utilisées pour faire son livre. Il reste que je suis quand même heureuse de l’avoir lu et j’apprécie le fait que ce livre existe, ne serait-ce que pour être un concentré de ces informations pour les personnes qui lisent moins compulsivement que moi. Il m’aide aussi dans ma réflexion au sujet de ce qui sera important pour moi durant les prochains mois.

            Une chose que j’ai vraiment appréciée du livre, c’est son constat sur comment les réseaux sociaux ont défait le tissu social et contribuent à nous isoler et créer des problèmes psychologiques chez leurs utilisateurs. C’est un fait souvent répété, je sais, mais il rejoignait quand même une réflexion que j’ai faite récemment à ce sujet. Un matin, en utilisant Facebook, je me suis questionnée sur ce que ça me faisait et sur pourquoi je faisais encore ça. Je n’aime pas Facebook et je n’ai jamais aimé ça, sauf durant une brève période de temps. Il y a trois aspects que je trouve utiles à Facebook. D’abord la messagerie gratuite qui me permet de parler à plusieurs amis qui sont loin de moi géographiquement. Ensuite, la possibilité, rare, mais existante, de rencontrer de nouvelles personnes. Finalement, le lien avec le monde que le réseau permet quand on est malade ou dans l’incapacité, pour une raison ou une autre, de sortir beaucoup de chez soi.

            Cette période durant laquelle j’ai aimé Facebook, c’était quand j’ai commencé à souffrir de stress post-traumatique après une relation violente. J’avais un niveau tellement élevé de stress et d’anxiété qu’aller voir des amis en personne était devenu presque impossible. Oui, même parler à quelqu’un de qui j’avais été proche avant me semblait insupportable. Je devenais trop consciente de tout. J’étais en état de choc. J’avais la mâchoire lourde et les pensées confuses, mais j’en avais besoin, de contacts, même virtuels. La fin de cette relation était liée à ce terrible Noël où j’ai mis fin aussi à ma relation avec mes parents.  Donc je vivais un double deuil énorme. À la fois celui de mon amoureux qui s’était révélé être une toute autre personne que celle qu’il avait présentée, mais aussi de mes parents, qui représentaient une sécurité illusoire. Même être vue, me semblait insurmontable. Donc, durant ce moment, mes « amis » Facebook étaient très importants. J’ai aussi une amie qui est très malade et ne peut pas toujours sortir beaucoup. Donc, pour elle et pour toutes les personnes dans sa situation, je suis heureuse que Facebook existe, parce que cela permet un lien avec la communauté, aussi superficiel soit-il.

            Par contre, maintenant que je vais mieux, ce n’est pas du tout l’effet que Facebook me fait. Facebook me fait me sentir plus seule en fait. Je me sens comme quand j’étais enfant et que j’avais de la difficulté à me faire des amis, à faire partie du groupe social. Étant neuro-atypique et introvertie, je n’ai jamais été une personne très populaire, ce qui me convient, aujourd’hui, mais quand j’étais enfant, le fait de me faire dire sans arrêt de j’étais bizarre et différente, voire anormale (ce que j’étais et que je suis toujours, mais dans un sens plus poli que ce qui était alors impliqué dans ces mots), me faisait beaucoup de mal. Il reste que maintenant, c’est encore un peu l’effet que ça me fait, d’être sur Facebook. Souvent, je publie des choses qui n’intéressent personne d’autre que moi. C’est tout à fait ok, en un sens, mais vu la fonction planifié de ce réseau social qui est conçu pour nous rendre dépendants de l’approbation sociale, je me suis rendue compte que même si, à la base, dans ma vie, l’approbation sociale ne m’intéresse pas, ne m’intéresse plus, quand je passe trop de temps sur Facebook, cela recommence à me perturber et à avoir de l’importance. Je n’ai pas à en être gênée puisque le réseau a réellement été conçu pour générer ce genre de vulnérabilité, mais j’ai décidé que ça ne m’intéressait pas de vivre cela, ni de me préoccuper de cela. J’ai donc décidé de ne plus aller sur Facebook, puisque cela va à l’encontre de mes valeurs, sauf pour partager ces articles, mais cela, c’est quelque chose qui m’a été demandé…

            Le livre parle aussi d’ailleurs de l’importance d’avoir des valeurs qui sont significatives, qui font du sens pour nous. Passez des heures sur Facebook, le royaume de l’introversion et de la relation de surface, ne m’intéresse plus. J’ai envie de réorienter ma vie autrement et de me concentrer sur autre chose qui m’apporte plus de bonheur, ou, au moins, un plus grand sentiment d’accomplissement personnel qui provienne de l’intérieur et non de ce que les autres pensent de ce à quoi je ressemble ou de ce qui m’intéresse ou de ce que je fais. J’ai eu des périodes comme cela dans le passé et je souhaite retourner davantage à comment je me sentais dans ces moments. Je veux aussi arrêter de me contenter des relations virtuelles qui ne nourrissent rien, finalement, sauf le sentiment de solitude et de vide. Retourner dans la vie semble plus pertinent.

            Je continuerai un peu plus tard cette semaine en abordant plus directement les informations contenues dans le livre. Le chien veut sortir aussi… dehors, dans la vie. Bonne journée !

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