J’ai pensé profiter du fait que plusieurs personnes qui me jugent dans la vie m’espionnent en ce moment pour essayer de me prendre en faute, pour plutôt expliquer des choses qu’elles n’ont apparemment pas comprises à mon sujet.
D’abord, dans la série de textes que j’avais commencé sur Ed Gein, là où je m’en allais, pour résumer très très grossièrement, c’est que selon moi ce qui est intéressant à sont sujet ce ne sont pas les crimes qu’il a commis, mais le parcours qui y a mené. D’abord, il n’est pas une psychopathe, mais plutôt un schizophrène. Il est aussi quelqu’un qui a vécu une maltraitance psychologique extrême avec sa mère qui, pour résumer grossièrement encore une fois, l’a empêché de réellement se développer comme personne et l’a positionné subjectivement comme une sorte d’extension de son corps à elle, pour pouvoir bénéficier de la force de son corps à lui pour pouvoir garder sa ferme sans avoir à se remarier puisqu’elle éprouvait un dégoût immense pour les hommes, chose qui n’a pas pu ne pas affecter ses garçons. Donc d’une part ce sont les motivations de la mère qui m’intéressent, mère qui était probablement porteuse du gêne qui rend plus probable le développement de la schizophrénie et qui en souffrait probablement elle-même, ensuite l’impact pour un enfant de grandir avec un parent souffrant d’une maladie mentale non traitée et non diagnostiquée, l’impact des violences subies sur le développement de la personnalité de cet enfant et d’autres questions connexes. Les autres questions qui m’intéressent dans ce cas sont l’échec de la communauté qui savait qu’il se passait quelque chose avec cette femme dans cette ferme et qui n’a rien fait, et enfin le rôle que les médias ont joué à la fois dans le délire de cet homme, mais aussi dans la façon dont sa vie a été transformée pour servir de monstre dans l’imaginaire collectif plutôt que de s’intéresser à ce qu’il s’est passé avant, à la vraie histoire qui est selon moi fascinante sur plusieurs plans.
Si j’aborde ce sujet dans mes cours de médias, c’est parce que dans les dernières années, l’accessibilité à ce type de connu s’est décuplée et que les jeunes écoutent ces émissions sans toujours se poser assez de questions ni saisir des enjeux que je trouve importants. Ce n’est pas une « nouvelle mode », contrairement à ce que plusieurs personnes pensent. L’intérêt pour ces questions existe au moins depuis le Moyen-Âge et cet intérêt a été instrumentalisé de différentes façons au fil des siècles. Donc ce que je fais avec mes élèves, c’est que je les amène à se poser des question éthiques sur la façon dont sont produits les documentaires, films, séries, balados et… qu’ils consomment. J’essaie de tourner leur attention vers des choses plus intéressantes selon moi, soit les victimes, les avancées scientifiques, l’empathie et le souci de l’autre des personnes qui cherchent à résoudre les crimes et… des éléments qui sont rassurants au sujet de l’humanité et qui font une différence positive dans la vie de nombreuses personnes. Peu de mes collègues le savent, mais j’ai fait la moitié de mes premières études en philosophie et la partie qui me passionnait, c’était l’éthique. J’ai aussi depuis étudié en psychologie, en criminologie, en victimologie et en intervention… en plus d’avoir développé de très bonnes connaissances au sujet des médias. Accompagner mes élèves de façon saine et intelligente dans des sujets qui les intéressent ça me semble plus intelligent que faire semblant que ces choses n’existent pas et les laisser regarder ces choses seuls et se faire des idées qui sont moins saines, par exemple que Jeffrey Dahmer est cute… ou être traumatisés parce qu’ils ne se sont pas demandé ce qu’ils étaient capables de voir.
C’est juste ça que je fais… Ça me semblait évident que je ne mettrais jamais les élèves à risque d’être traumatisés, surtout que j’ai une expérience vécue du traumatisme assez intense… mais bon… ça n’a pas l’air claire pour les personnes qui préfèrent me juger et me sous-estimer.
Après tout, je ne pense pas que je recevrais des mentions d’excellence à l’université si j’étais juste une connasse qui veut voir du sang et parler d’affaires bizarres. C’est une évidence pour tout le monde à part pour mes collègues apparemment.
Je dois aller travailler. Je continuerai une autre fois sur ce sujet.
Bonne journée!
