Quand j’ai écrit mon message au département, il y avait plusieurs choses sous ma démarche qui était réfléchie et non un pétage de coche. Les gens assument toujours, la plupart du temps à tort, que les gens qui écrivent des messages à plusieurs personnes pour parler de ce qu’ils vivent sont enragés ou hors d’eux-mêmes. Ben non. Ce n’est pas parce que vous ça vous prendrait ça pour avoir le courage de le faire que c’est la même chose pour tout le monde. Pour moi (et c’est le cas aussi de la conception de notre société en fait et si la vôtre diffère vous êtes le marginal), la violence est toujours un problème de société. Que cette société soit grande ou petite n’y change rien. Si quelqu’un subi de la violence au sein d’un département, tout le monde est concerné par ce problème. Et là ce n’était pas juste moi. C’était aussi les deux personnes à la coordination. Et ça aurait pu être n’importe quel autre membre du département. Et ça pourrait être vous dans l’avenir. Il faut sortir de son nombril pour comprendre vraiment une situation, essayer d’écarter les filtres qui conditionnent notre perception. La le département était face au fait que certaines personnes pensent qu’elles ont le droit de faire une crise, petite ou grande, alors qu’elles n’ont pas toutes les informations sur une situation. Leur réflexe ça a été d’être blessées, alors qu’il n’y avait pas de raison de l’être, mais aussi de crier après des femmes qui avaient agi correctement. Je ne sais pas pourquoi mais dans mon département il y a plusieurs personnes qui pensent à tort que c’est leur droit de crier après les autres. Une des femmes impliquées dans cette histoire est déjà rentrée dans mon bureau en criant et en tapant du pied. Elle criait « Mon image! Tu vas briser mon image! Tu n’es pas professionnelle! Tu me fais honte! », les cheveux en bataille, le visage tout rouge. Qu’est-ce que j’avais fait? J’avais dit que je n’étais pas certaine du choix d’un mot dans sa proposition. Juste pas certaine d’un mot. Une autre à crié tellement fort après une collègue qu’elle a été terrorisée et s’est mise à saigner du nez… Je ne sais pas comment c’est possible que mon introversion, mes cheveux noirs et mes converse soient plus perturbants et moins professionnels que ça… C’est inacceptable et ça doit cesser les petits power trip violents.
Quand j’ai écrit le message, je venais de passer une semaine à sortir d’un état de choc provoqué par le mouvement haineux contre l’idée que je puisse présenter ça en assemblée et que quelque chose de croche devait avoir été fait, ainsi qu’à subir des commentaires mesquins de personnes qui n’avaient rien compris à ma proposition et n’en avait pas tous les détails, mais qui se permettaient quand même de la rabaisser. J’étais aussi restée en état de choc pendant un moment et j’étais en état d’hypervigilance et ça c’est vraiment épuisant. C’était le cas parce que ces femmes avaient fait ça dans mon dos et que je ne savais pas de qui il s’agissait. Quand on souffre d’un trauma complexe, faire face à une menace inconnue et diffuse comme ça, ça enclenche automatiquement l’état d’hypervigilance. Ce n’est pas un choix. C’est un effet secondaire de la violence impliquée dans un tel comportement.
Je me suis donc levée le dimanche matin en me disant que ce n’était pas vrai que j’allais passer une autre semaine comme ça. Personne ne devrait avoir à subir ça sur son lieu de travail. C’est du délire de penser ou de prétendre le contraire. On m’avait dit de ne pas écrire… mais ce n’est pas vrai que j’ai à le faire enlever la parole sur mon projet, pour ensuite me réduire au silence sur ce qui m’a été fait. Quelqu’un a essayé de me faire croire que c’était horrible de ma part d’avoir impliqué tout le department et s’est dissocié de moi. Ça m’a dégoûtée. Ce qui était horrible c’était d’essayer de m’isoler et de m’enfermer dans le silence et de me faire porter la honte et le trauma de la situation en plus. Ça, c’était vraiment répugnant et c’est punir la mauvaise personne. Et oui pour moi les personnes qui ne disent rien face à la violence en sont complices. Toujours toujours toujours. Se taire est la principale raison pourquoi la violence continue. Je ne ferai jamais ça.
Aussi, la raison pour laquelle j’ai vécu ça est que tout le monde subit en silence depuis des années et que personne ne fait rien pour mettre fin à cette situation. Ça fait plusieurs fois que je monte au front pour lutter contre des problèmes qui menace plusieurs personnes au department et à chaque fois on essaie de menace faire croire que c’est moi le problème. Après que j’aie fait s’effondrer le complot pour renvoyer les précaires, un seul m’a remerciée… alors qu’ils auraient été plusieurs à perdre leur emploi si les choses avaient suivi leur cours. Ça laisse un goût amer. C’est possible qu’à l’avenir je ne me charge pas d’occuper ce rôle. C’est possible que vous deviez vous arranger tous seuls avec vos problèmes, surtout les personnes qui m’ont abandonnée en cours de route. Je ne me battrai pas pour vous. À un moment donné il faudrait devenir lucide et développer du courage. Vous vous arrangerez. J’ai assez donné.

Certaines personnes n’ont pas aimé mon message, d’autre oui. L’important c’est que mes patrons l’ont trouvé très bien eux et ont compris pourquoi je l’avais écrit. Ce message a aussi été pour moi une façon de me redonner le droit de parole devant tous et ça c’est important. On ne doit jamais laisser les autres nous faire taire.
La dernière chose que j’aimerais adresser, c’est comment les gens se font toujours avoir et jugent toujours la victime au lieu de juger le comportement des personnes réellement responsables de la situation. La réaction de la victime est toujours proportionnelle à la violence exercée contre elle. Elle est aussi toujours normale, quoi que vous en pensiez. Je me trouvais polie en fait pour quelqu’un qui subit du harcèlement depuis 13 ans. Je pense que me demander de l’être encore plus, ce n’est pas réaliste et c’est ne pas avoir d’empathie. Si vous étiez à ma place, vous auriez peut-être fait bien pire.
Je suis bien à la maison. Mon système nerveux se calme peu à peu.