Se libérer (2)

En général, quand j’ai des genres de de meltdown comme dans le dernier billet et hier soir ici seule à la maison, ça signifie que je suis en train de digérer quelque chose. Là c’est d’avoir été dans un genre de position de syndrome de Cassandre pendant la majorité de ma vie au sujet de la présence de la violence dans la société et de ce que je vivais. Ça va un peu mieux, mais ça reste pas évident. Imaginez ce que ça fait de passer 25 ans à se faire dire que ça doit être nous le problème, que ce que nous vivons ce n’est pas de la violence (alors que c’en est, c’est un fait), de se faire répéter sans arrêt qu’on est négative ou parano, alors qu’on est juste réaliste et lucide, qu’on se fait dire que ça n’arrive qu’à nous et… À part me faire dire que mon chien et moi sommes beaucoup trop cutes dans un cours de criminologie (parce que ça il y a vraiment juste moi à qui ça arrive), il n’y a rien de ce que j’ai vécu que je suis seule à vivre. Imaginez à quel point ça m’a ralenti et détruit de subir sans arrêt ces commentaires faux de marde, imaginez comment ça a écrabouillé sans arrêt le peu d’estime de moi que j’arrivais à reconstruire et… Je n’ai jamais vraiment cru ces commentaires longtemps, mais quand même, devoir faire le travail de démêler tout ça constamment ça m’a nuit considérablement. Si vous voulez vous fermer les yeux sur ce qu’il se passe dans la vie, ça vous appartient. Ça ne vous oblige cependant aucunement à détruire les autres. Je serai vraiment moins polie à l’avenir.

J’ai continué a regardé la vidéo sur les HPI dont je parlais. Un des conseil c’est d’accepter que jamais les autres ne seront capables de la même attention que j’ai pour eux. C’est triste, hein? C’est quand même ça et mieux vaut le savoir. Comme ça je serai déçue moins souvent. Je vais quand même chercher un peu plus de gens qui comprennent ou acceptent mon fonctionnement dans l’avenir. C’était bizarre écouter cette vidéo. C’était comme revoir une bonne partie des choses qui me sont arrivées et ont fait souffrir dans la vie et dont les gens me disaient que ça devait être moi le problème et que c’était bizarre. Bien non, ce n’est pas bizarre. Ça arrive sans arrêt aux gens qui partagent le même fonctionnement neurologique que moi. Il y avait aussi de bons conseils, dont celui de pratiquer plus souvent la cohérence cardiaque. J’ai compris aussi que je dois vraiment me remettre au sport. Ma blessure est guérie maintenant et c’est vraiment fondamental pour ma santé mentale.

Hier j’ai vu mon élève, celui qui souffre d’autisme et n’a pas de suivi depuis sa naissance, le jeune homme qui a subi une négligence sévère de la part de ses parents. Ça, c’est quelque chose qui pourrait me rendre agressive, oui. Ça me met vraiment dans une très grande colère… mais j’essaie de revirer tout ça en attention vers le jeune homme et en sensibilisation indirecte des autres élèves. Hier il m’a demander d’aller l’aider à trouver une partie du matériel de dessin à la Coop après le cours. Ça m’a touchée. J’ai compris que j’avais au moins acquis une partie de sa confiance. C’est plus que bien d’autres personnes au collège parce que la TS qui le suit était vraiment surprise. Apparemment il ne fait jamais ça. Une fois que la colère contre ses parents est un peu redescendue, j’étais fière de moi, même si encore triste pour lui.

Mardi je vais présenter le cours que je suis en train de créer en réunion. Le texte de la description a été envoyé aux collègues hier. Le titre de travail temporaire est Littérature et conscience sociale. Le but c’est d’explorer certaines des problématiques sociales contemporaines qui peuvent inquiéter les jeunes et de leur faire développer plus d’empathie pour la réalité des autres. J’avais pensé à ça après le jeune policier qui m’avait dit que mon voisin était juste un vieux toxicomane et que je ne n’avais pas à me soucier de lui… Nous avons beaucoup de programmes liés à des enjeux de société comme technique policière, justice et société, criminologie, travail social et… alors je pense que ça ne peut pas nuire. Je ne suis pas naïve, ça ne changera pas tout, mais même si on en touche un ou deux ça peut provoquer des changements. Je crois au rayonnement, moi. C’est possible que des personnes du département refusent. C’est même possible que certains soient indignés. Tout est possible. Mais au moins j’aurai essayé.

Je vais probablement être moins présente jusqu’à la mi-mars donc ne vous inquiétez pas. J’ai une tonne de travail à abattre. Un dessin à finir pour le magazine féministe auquel je participe depuis plusieurs années, un concours de photo et de bd, des cours à préparer, des travaux à corriger, des cours à suivre, relire mon livre et l’envoyer à des maisons d’édition… Je survivrai, oui.

Aujourd’hui je suis restée tranquille ici. J’ai tricoté et cuisiné principalement. Demain je dois continuer mes semis, finir la préparation pour un cours, commencer à étudier un examen et corriger…

Un jour à la fois…

Je sais que ça peut déprimer les gens que j’aie dit que je ne veux plus essayer d’être en relation. Mon cœur est épuisé. Je n’ai pas le choix de mettre une limite à quelque part si je veux avoir une chance de finir par me construire une vie. Essayez de traverser tout ce que j’ai vécu et de voir à chaque fois en plus vos efforts de reconstruction être détruits par des personnes qui ne réfléchissent pas ou ne pensent qu’à elles… on verra si ça vous tente encore. En attendant, comme disait André Gide (après le Christ quand même…): « Ne jugez point ».

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