J’ai déblayé mon toit ce matin. Ce n’est pas dangereux, non… même si tout le monde me chicane tout le temps. C’est un petit toit d’environ deux trottoirs de large et cinq mètres de long, complètement plat. J’ai pris une partie de ma colère et de ma tristesse et je les ai mises dans ma pelle. Ça a pelleté pas mal ardemment je dirais.
Tout ce que j’ai écrit ces derniers jours c’est en bonne partie pour dire que c’est facile pour les gens d’essayer de me faire croire que c’est ma faute ou que je me victimise… ça n’est pas le cas. C’est en bonne partie pour ça que je n’aime pas tant l’approche cognitivo comportementale. Je sais que ça fonctionne mieux pour certaines choses et certaines personnes. Peut-être que ce serait plus exact pour moi de dire que je n’aime pas quand les gens utilisent mal cette approche. Je pense que beaucoup de personnes qui l’utilisent oublient de se poser des questions sur la vie et sur la personne à qui elles parlent. Beaucoup de gens font ça dans la vie en général aussi. Ils aiment prendre des raccourcis. Ça les rassure. C’est beaucoup moins stressant que de se poser des questions… par exemple quand je voyais la deuxième psychoeducatrice, elle me disait sans arrêt que ce n’était pas normal que je me sente mal aussi longtemps. De l’autre côté j’avais mon psychologue et un psychiatre qui me disaient au contraire que considérant ce que je vivais, c’était parfaitement normal que j’aille mal pendant longtemps. Leur recommandation c’était surtout de prendre soin de moi et de faire confiance au temps. Ils ont aussi dit qu’il me fallait de bonnes expériences pour que ce soit possible pour moi de sortir de l’état où je suis. Nous avons travaillé fort pour diminuer les symptômes et je fais des efforts à tous les jours pour amener ma vie vers mieux.
Mon psy ne croit pas non plus que le fait que j’aie vécu autant de choses difficiles est la preuve que c’est moi le problème. Il est humaniste et plutôt réaliste. Il sait qu’il y a des choses qu’on ne contrôle pas dans la vie, par exemple les gens qu’on rencontre et ce qu’ils décident de nous faire. Si on ne rencontre pas des personnes respectueuses et ouvertes à nous connaître, on ne peut pas vivre de bonnes expériences. Les gens veulent des solutions rapides. On ne peut pas se rétablir rapidement de ce que j’ai vécu… encore moins de ce que j’ai vécu à répétition. Les gens me suggèrent toutes sortes de choses… de prendre plus de médicaments… comme si c’était simple. Il h a juste deux sortes de médicaments qui existent pour ma condition. Celui que je prends et qui m’a fait avoir des problèmes digestifs pendant des mois et un autre que j’ai pris dans le passé et qui me faisait avoir des crises de manie… chose quand même assez dangereuse oui… donc non, ça n’est pas une solution. Prendre des médicaments ne remplace pas des contacts humains sains. Ce n’est pas de la négativité. C’est juste un fait. Prendre des médicaments n’efface pas non plus ce que j’ai vécu. Le traitement que j’ai a rendu les journées difficiles plus faciles. C’est tout. Les médicaments n’effacent pas les inégalités sociales, l’égocentrisme, le narcissisme, le sexisme, la violence et… toutes ces choses restent là et il me semble absurde et non désirable que je cesse d’être affectée par ces choses. C’est littéralement une idée stupide.
J’ai vu ce qu’il se passe avec la chroniqueuse accusée de misandrie. Cette situation montre encore une fois que les gens ne prennent pas le temps de lire ni d’analyser ce qui est dit ou écrit. Ce n’est pas de la misandrie de dire que certains hommes souffrent de solitude parce qu’ils sont irrespectueux voire violent. Comme elle disait: pourquoi les femmes voudraient elles être avec des hommes qui refusent de les respecter. Il faudrait qu’elles se détestent en maudit, hein? Je suis d’accord avec elle. Ça correspond à mon expérience et je suis heureuse que ces hommes aient plus de difficulté qu’avant à trouver des relations. Je sais cependant qu’il y a plein d’hommes violents qui sont en couple. Il y a aussi des femmes qui croient à la supériorité masculine. Je sais tout ça. Je pense cependant que souvent la solitude de certains hommes est méritée. Je pense qu’encore trop peu d’entre eux réfléchissent à ces questions: l’égalité, être en relation, qui ils sont, qui est la femme qu’ils aiment et…
Je sais que la majorité des hommes que j’ai rencontrés dans ma vie avaient peur de mes diplômes. Certains en ont même pleuré. Il aurait fallu que je leur sois inférieure, que j’en sache moins surtout. La majorité des hommes que je rencontre ne savent pas de quoi je parle quand je leur dit qu’il y a différentes façons de vivre une relation. Ils pensent que ça veut dire que je veux coucher avec d’autres personnes. Si c’était ça je dirais simplement que je veux un couple ouvert ou une relation polyamoureuse.. non. Je parle des besoins de chacun, du respects de ceux-ci, de la possibilité de se réaliser, de se voir à différentes fréquences que les font les couples fusionnels, de l’espace de l’espace à l’autre pour être un individu au-delà du couple, pour se réaliser de différentes façons, avoir des amis, questionner les rôles de genres et les préjugés que nous portons encore pour trouver notre version des choses et… Quand je leur parle de ça, c’est comme si je parlais une autre langue. Ils ne comprennent rien. Je n’ai pas envie d’être avec une personne qui n’a jamais jugé bon de réfléchir à ces questions. Je ne pense pas que c’est normal que tant d’hommes adultes (et peut-être de femmes… je n’ai pas vraiment eu de raison de le leur demander) pensent qu’il y a juste une façon d’être en relation. Je ne pense pas non plus que c’est normal que tant d’hommes me voudraient idiote et moins instruite.
Les gens me disent souvent que le fait que je ne sois pas en couple doit vouloir dire que j’ai un problème. Je cherche une relation non violente où je sois considérée comme une égale. Une relation dans laquelle j’aie le droit d’être moi et où mon temps, mon énergie, mes compétences et mes intérêts soient valorisés. Une relation où mon histoire existe et où elle n’est pas considérée comme une faute ou une honte. Le problème réel ce n’est pas moi ou ce que je veux. Le problème est que ces choses si simples qui devraient être la base de toute relation soient si impossibles à trouver.
Oh et en passant les traumas que j’ai vécus ne sont qu’une partie de moi. Pas mon identité. Mon psy qui a probablement vu plus de victimes de traumas graves que vous pense que c’est extrêmement rare et exceptionnel en fait que je sois encore aussi fonctionnelle après ce que j’ai vécu. Encore aussi aimante, gentille et curieuse du monde. Il le voit que je suis investie dans plein de choses dans la vie même si ce n’est pas dans un couple. Il ne pense pas qu’être en couple est le Saint-Graal, non. Il ne me trouve pas du tout négative non plus. Il voit tout ce que j’essaie, découvre, découvre, explore, fait… Et…
Je préfère son point de vue sur ma vie à toutes les conneries qu’on me sort constamment et qui me font me demander ce qu’ils espèrent ces gens? Est-ce qu’ils veulent m’achever? On dirait bien.
Ce livre est magnifique:
