J’ai une sorte de tristesse qui ne part pas ces jours-ci. On dirait qu’elle est coincée dans mes os jusqu’à la moelle tout comme le froid qui s’y terre même si la température s’est un peu réchauffée.
Je suis triste. Voilà. C’est dit.
Ces jours-ci cette tristesse a à voir avec les histoires de cœur. Mon correcteur avait écrit « les historiens du cœur », ce qui est un beau titre pour bien des projet, j’imagine.
J’imagine que ça a à voir avec ce que j’ai vécu il y a quelques mois, avec les commentaires reçus après, avec la voisine, le harceleur et… ça a probablement à voir avec tout. Avec les interrogations qui me viennent durant les cours que je suis et dont j’adresserai les conclusion dans mon prochain livre. Et… Ça a à voir avec toute ma vie.
J’ai appris, dernièrement, les numéros des articles du code criminel qui correspondent aux agressions sexuelles que j’ai vécues. J’ai vécu un 272 et un 271. Dans cet ordre. Il y a un autre code pour le harcèlement, mais j’ai oublié. Et probablement d’autres numéros pour d’autres choses que j’ai vécues.
Les gens pensent souvent que les difficultés relationnelles que je vis sont liées à mes agressions. C’est en partie vrai, mais c’est aussi profondément faux. Mes difficultés remontent à l’enfance. Et à bien d’autres choses qui se sont produites après mes agressions. C’est facile de me juger à la lumière de deux événements alors que l’histoire est beaucoup plus vaste et complexe. Mais beaucoup de personnes n’aiment pas la complexité et ça les poussent souvent à me dire des choses superficielles, parfois même idiotes, mais surtout insensibles, qui finalement empirent mon état en me blessant encore plus.
J’ai beaucoup été dénigrée et invalidée dans l’enfance, à la fois par rapport à mon apparence et par rapport à qui j’étais. Du plus loin que je me souvienne c’était dans ma vie, le dénigrement. Le sentiment d’être en faute. Je n’ai jamais voulu être le genre de femme que les autres ont l’air de vouloir que je sois et ça a engendré beaucoup de violence dont les effets ont été nombreux dans ma vie et qui me suivent encore aujourd’hui. Du plus loin que je me souvienne on m’a fait sentir et je me suis sentie laide et inadéquate. C’est extrêmement lourd à porter. Ça fait très mal aussi. Je ne me souviens pas vraiment de périodes de ma vie où je n’aurais pas cette douleur dans la poitrine que j’ai encore en ce moment. Je la traîne depuis l’enfance. Elle a juste été moins prononcée à différents moments. C’est probablement partiellement la cause de pourquoi mes épaules sont toujours tendues et remontées un peu. Comme si j’étais sans arrêt sous le choc d’un coup de poing au coeur, qu’il soit physique ou métaphorique ne change rien.
Je reste crispée, heurtée.
Toujours comme sous le choc de la haine que je reçois et que je sais ne pas mériter. Plus jeune je pensais que je la méritais. J’ai même longtemps pensé que je devais produire une sorte d’hormone, voire d’odeur ou de signal qui incitait les gens à vouloir me maltraiter. C’est vous dire à quel point j’étais persuadée d’être le problème. J’ai aussi longtemps pensé que j’étais en quelque sorte maudite.
Je pense cependant que les explications que j’en donne maintenant sont plus adéquate. Personne au monde ne sécrète de substance qui justifierait qu’on lui fasse du mal. Alors que beaucoup de personnes ont des enjeux et des problèmes qui les mènent à choisir de mal traiter les autres. Ça c’est un fait. On essaie cependant encore souvent de le faire croire que c’est moi le problème… c’est probablement en partie lié au fait que ces personnes ont des problèmes et des enjeux pas réglés, qu’elles font le choix de l’aveuglement sur ce qu’il se passe dans le monde, qu’elles ont encore le cerveau lavé par la culture du viol et autres préjugés genrés qu’elles n’ont jamais pris le temps de questionner ni de se débarrasser… puisque certains sont infiniment malsains.
J’ai été beaucoup humiliée par de jeunes hommes durant mon primaire et au début de mon secondaire. Avec le recul je pense que je leur faisais peur et qu’ils me trouvaient bizarre. Je noire une fois parce que je n’étais pas le genre de fille qu’ils espéraient. J’ai quand même grandi dans le bois avec mon père et des animaux morts. Je ne vais pas hurler devant une araignée ou une souris quand même… J’ai eu un bon amoureux jeune. J’en ai déjà parlé. Ça m’étouffait. Être aimée signifiait pour moi être maltraitée. Après j’ai été avec des hommes violents dont je recherchais l’approbation. C’était plus familier. Plus conforme à ce que mon cerveau de jeune femme pas encore formé vraiment ni débarrasser de ses fausses idées comprenait sur l’amour et les hommes et les femmes. Malgré cela, je me suis débattue et défendue très fort dans ces relations. Je n’étais pas et je ne suis toujours pas une personne soumise. Je suis cependant parfois épuisée ou en état de choc… J’ai eu un bon amant aussi avant de quitter Québec. Il est revenu plus tard dans ma vie à Montréal. Il m’a rejetée parce que je ne voulais pas d’enfant. Avec le recul je comprends un peu, mais pas la façon dont ça a été fait. Je ne méritais pas d’être blessée comme ça et d’encore une fois être renvoyée à l’idée que je n’étais pas une femme comme il fallait être une femme.
En arrivant à Montréal j’ai été sauvagement violée par un homme dont j’étais amoureuse et qui agissait de façon ambiguë avec moi-même s’il était en couple. Je m’interdirais déjà et je m’interdis encore de faire des avances à des personnes en couple. Je ne joue pas avec la vie ni les émotions des autres… parce que je n’aime pas qu’on joue avec mes émotions et ma vie… parce que ça fait mal. Parce que c’est une forme de réification. Parce que c’est égocentrique et superficiel et… Sur le coup je ne me suis pas avoué c’était une agression. Je le suis menti et bien sûr tout était de ma faute. J’ai continué à porter ma mauvaise image de moi et mon sentiment de faute. J’ai rencontré une tonne d’hommes durant ma vingtaine. J’ai essayé souvent d’avoir des relations. Ça a toujours été horrible à part quelques-uns qui sont arrivés au mauvais moment je pense, dont un juste après la première agression justement. Même si j’avais peur, j’ai toujours réessayé et espéré. Mais c’était toujours de la violence, des humiliations, des problèmes pas réglés qu’on me déversait dessus, des gars ambigus avec des problèmes d’engagement, des hommes n’ayant absolument aucun intérêt ni aucune empathie pour ce que j’avais vécu, c’était vu comme un problème. Avoir été agressé ça rend compliqué apparemment… J’ai été avec JS. Même s’il avait certains des problèmes mentionnés c’était quand même le moins pire de la gagne je dirais… ce qui n’est pas nécessairement un grand accomplissement. Puis j’ai été agressée une autre fois à la fin de ma vingtaine. Puis j’ai quand même dépassé mes peurs et j’ai continué à essayer de rencontrer des hommes. Jusqu’à S. après lui j’ai cessé. J’avais atteint une limite. Au travers de tout ça il y a eu les profs harceleurs aussi.
Depuis j’ai commencé à m’aimer. J’ai débroussaillé les préjugés que j’avais envers les hommes et les femmes. J’ai compris que j’avais le droit d’exister. Que la violence sous toutes ses formes que j’avais vécue n’était aucunement de ma faute. Il reste encore des choses à travailler et guérir, mais j’ai cheminé vraiment beaucoup. Les autres autour pas tant cependant… J’ai toujours croisé plein d’hommes ambigus et condescendants. Irrespectueux aussi. Des hommes voulant juste me fourrer j’en ai connu des tonnes. Des hommes essayant de m’entraîner dans leurs problèmes aussi. Ceux supposés sains doivent bien exister, mais je n’en ai pas tant croisé. J’en ai encore moins croisé intéressé à me connaître et à entendre ce que j’avais vécu… même pas le comprendre… juste l’entendre et en tenir un peu compte dans nos interactions.
Après il y a eu le voisin harceleur, le chargé de cours dérangé obsédé par les seins et les humiliations publiques… puis cette histoire d’ambiguïté l’automne dernier. Donc oui, moi ça m’a fait mal. J’étais là à écouter calmement et essayer de survivre à la charge considérable de problèmes de santé et de travail que j’avais et je me suis mise à recevoir cette ambiguïté. Qui m’a fait me poser des questions. Qui a ramené toute cette charge de tristesse, de honte, de questionnement à savoir si j’étais encore capable de me laisser approcher par quelqu’un. Ça a causé beaucoup de trouble en moi et ça m’a pris beaucoup de temps et d’énergie… pour rien. Absolument pour rien. Parce que les gens ne se questionnent pas sur ce qu’ils font ni sur l’impact que ça va avoir sur les autres. Donc même si pour d’autres ça ne les affecterait pas autant, moi, ça m’a blessée. Il m’a fallu dealer avec toute une charge de souvenirs lourds, de honte, de gêne, de sentiment dealer faute et… et ça m’affecte encore. Donc j’aurais préféré ne pas savoir que ma voisine le connaissait. Parce que j’aurais préféré que ça disparaisse de ma vie. Ça m’la blessée aussi parce que j’aurais aimé pouvoir garder un bon souvenir de ce cours et de cet homme qu’à la base je trouvais plutôt sympathique.
Si vous ne comprenez pas encore que c’est difficile pour moi les relations et que c’est normal que ça le soit, vous avez un problème. Non, on ne peut pas effacer tout ça, encore moins sans expériences positives.
En plus de tout ça je dois me taper la violence des tentatives de normalisation que les autres me font subir en essayant de me faire croire qu’il me manque un homme pour être complète, que si je ne suis pas en couple et que je n’ai pas d’enfants ça veut dire que j’ai gâché ma vie et … en plus des intervenantes mal formés qui essaient de me faire croire que je devrais essayer d’être lesbienne et que je ne sais pas ce que je manque en ne me forçant pas à être en relation… Ça finit par parfois m’enlever la croyance qu’il est même simplement possible pour moi de vivre. Ça finit pas m’enlever l’envie de le faire.
Les choses dont je rêvais et dont j’aurais besoin me semblent pourtant assez simples. Elles ont cependant l’air impossibles. Je suis tannée qu’on essaie de me forcer à vouloir autre chose. Qu’on agisse comme si j’étais faible, peureuse ou autre conneries du genre au lieu de comprendre que je suis complètement épuisée et que c’est pratiquement un miracle que j’aime encore certains hommes et que je sois de prime abord plutôt gentille avec eux…
Si vous n’êtes pas intéressés à me comprendre et à me connaître et que vous préférez juste me balancer les conneries qui font votre affaire par la tête, laissez donc faire et sortez donc de ma vie. Comme ça nous perdrons tous moins de temps. Ça vaut pour tout le monde.
