Ça faisait un moment que ce n’était pas arrivé, une fin de semaine entière où je me suis sentie plutôt bien. Même si parfois j’écris des choses tristes ici, ça ne veut pas dire pour autant que ça prend toute la place. Dans mon énumération des événements de ma vie il manquait les choses plus positives, comme de bons moments avec des amis. Ce n’était pas le but de cette description rapide. Le fait est malheureusement que ces souvenirs ont été en partie recouverts ou teintés par les traumatismes. Il reste que je suis plus souvent heureuse que triste au quotidien et que j’ai eu de beaux moments malgré tout, oui. Que j’en ai encore. Je ne le montre pas toujours cependant. Je suis tannée qu’on me gâche mes joies. Comme si j’en avais en trop…
Ce matin j’ai marché au soleil en écoutant de vieux succès pop des années 80, parce que ça me fait rire et parce que je m’étais endormie la veille et réveillée avec Modern Love de David Bowie coincée dans la tête pour une raison qui m’échappe complètement. J’ai souri en marchant. J’ai quand même tracé la ligne à une chanson des Beatles qui me tape vraiment sur les nerfs. C’était assez. J’allais à la bibliothèque. C’est probablement ce qui me manquera le plus de mon quartier quand je partirai. Même si je me dis que ça fera peut-être du bien d’y passer moins de temps… ou pas. Allez savoir. Quand je parle éventuellement d’aller vivre plus près de mon travail, les gens essaient de me faire peur au sujet du quartier. Le mois prochain ça fera 21 ans que j’habite le Centre-Sud. J’en ai vu d’autres… ça ne m’effraie pas.
Et puis comme on a compris, j’ai plus peur des rapprochements humains que des gens dans la rue, peu importe dans quel état ils sont. À part le voisin, les personnes qui m’ont fait du mal dans ma vie provenaient tous de quartiers plus riches. Et ces personnes se racontaient qu’elles avaient le droit de me traiter comme elles le faisaient… ça donne une idée. Les préjugés ont la vie dure. Les gens de mon quartier dont les autres ont peur en général sont plutôt gentils en fait. Il faudrait quand même que je parte. Du quartier et de cet appartement. Du quartier parce que croiser le voisin harceleur me déprime à chaque fois. De mon appartement parce que j’y ai vécu tant de choses difficiles, incluant la première grosse crise de PTSD. Aussi je suis tannée de vivre dans un endroit qui est juste deux ou trois coches au-dessus d’une boîte de carton. Je suis tannée d’avoir froid. Ça viendra. J’ai assez. Je veux juste avoir un peu plus de marge… pour être moins anxieuse.
C’était une bonne journée parce que j’ai fini des choses. Fini le plan du nouveau cours. Les autres étaient terminés. Je pense que c’est assez excitant comme programme. J’espère que les élèves seront d’accord. J’ai aussi vu les petites faces de mes 163 élèves. 163, oui, (Bonhomme qui pleure de rire). Plusieurs sont mes anciens élèves. Ça fait toujours plaisir.
J’ai aussi fini deux paires de mitaines, un châle et réparé des jeans.

J’accepte le fait que mes points sont tous croches. Je ne couds jamais à la main. À force de le faire ça s’améliorera. Je suis heureuse de ne pas être une de ces personnes qui se sentent toujours mal si elles ne sont pas parfaites ou ne font pas parfaitement les choses. Ces personnes m’énervent… et j’en entends assez souvent pour que leur manque de respect et de compassion envers elles-mêmes me hante. Ce sont des jeans pour jouer avec les chiens, faire le ménage, peindre et aller au jardin. Quand elles briseront à nouveau, elles iront dans la pile de tissus pour devenir une couverture. C’est plus parfait comme ça, il me semble.
Demain j’ai une réunion au travail. Après il y aura encore une semaine à la maison et la rentrée le lundi suivant. J’ai hâte et pas en même temps. Il reste tant de choses que je veux faire. Comme utiliser ma nouvelle caméra et travailler sur mon livre.
Je suis encore triste de la situation récente, mais ça ira. Je me relèverai comme à chaque fois. Ce que les gens font, pensent, se racontent ou refusent de voir parlent d’eux. Juste un peu de douceur ça aiderait. Je me souhaite que l’avenir soit mieux que le passé, surtout sur le plan relationnel. J’ai plus besoin de ça que des gros changements que j’envisageais. La réponse est plus souvent en nous.