Les monstres (3)

J’aimerais préciser, même si c’est écrit dans la description du blogue, que je ne suis pas psy (aucune forme) ni criminologue. Je suis simplement en train d’expliquer ce que moi je comprends de cette situation d’après les connaissances que j’ai. J’essaie aussi d’attirer l’attention sur des aspects de son histoire qui me semblent plus intéressants que ceux dont on parle habituellement.

J’imagine que vous avez passé la semaine à vous demander pourquoi il y a tant de sexe dans la série de Murphy que vous avez vue sur Netflix si Ed Gein était en fait puceau… Parce que Murphy roule sur ça depuis plusieurs années. À chaque fois, il concocte une sorte de mélange d’une version d’homoérotisme et de misogynie badigeonnée d’une bonne dose d’abjection qui crée un résultat à la fois répugnant et beau par la perfection esthétique des images qu’il produit. Ça pogne. Les gens auraient probablement été horrifiés de ne pas voir les fesses d’un si joli comédien. Vous vous souvenez des corps difformes érotisés dans la saison 4 d’American horror story? Ou encore du magnifique Javier Bardem pratiquement défiguré et complètement répugnant, mais quand même beau parce qu’on sait que c’est lui en dessous de tout cela dans Monsters? On ne sait pas non plus avec quelle rigueur il a fait ses recherches… Mais c’est un peu ça qui est intéressant et déplaisant en même temps avec les séries qu’il produit. J’en ai déjà parlé, mais j’y reviendrai. Le détail du parfum qu’Ed met sur les corps morts dans la série est douteux aussi. Cette famille vivait très pauvrement à l’époque et le parfum ça coûtait cher. Il est douteux que sa mère, une femme super croyante qui détestait les hommes en ait possédé une réserve pour en asperger des cadavres qu’ils trouvaient attirants. Il est aussi douteux qu’Ed ait pu en acheter avec le peu d’argent qu’il avait. Il en a peut-être volé… De toute façon, j’ai beaucoup de doutes par rapport au résultat du mélange du parfum avec l’odeur de cadavre. Je n’ai pas l’impression que ce serait très attirant ni vraiment plus agréable que la vraie odeur. Écœurant est le mot qui me vient. Je pense que ça irait à l’encontre de ce qui est attirant pour les personnes qui sont necrophiles dans le corps mort.

Je voulais aussi revenir sur l’érection devant le cochon mort, ses entrailles plus particulièrement. Ce que je veux dire c’est que ça arrive parfois et que ce n’est pas un signe que vous êtes un monstre ni destiné à avoir du sexe avec des cadavres. Non non. Il y a plusieurs raisons pour lesquelles ça peut se produire qui ne signifient pas nécessairement quelque chose de mal. Par contre si on veut créer l’image d’un monstre à rebours ça se place assez bien dans une chronologie.

Peut-être, oui, qu’il était necrophile. Peut-être qu’il y avait en lui une forme d’attirance pour le même, le dégoûtant, ce que sa mère lui a toujours répété qu’il était. De mon point de vue, il a plus le profil d’une personne qui aurait été excitée par l’humiliation. Je veux dire être la personne humiliée. Ça semble plus cohérent avec ce que j’en sais en tout cas. Chercher à confirmer qu’il est méprisable, qu’il mérite d’être puni, qu’il est un déchet humain… Surtout que sa mère lui interdisait toute forme de sexualité ou d’expression d’un désir, masturbation inclue. Donc peut-être que ça l’a tenté. Il reste qu’il avait surtout l’air d’avoir l’intention de fabriquer son costume de femme en vraie peau de femme en manipulant ces cadavres, mais j’y reviendrai.

Avant je pense qu’il est important de souligner qu’Ed Gein a été arrêté (1957) seulement 3 ans après que Fredric Wertham a publié (1954) Séduction of the Innocent, un livre qui explique comment les bandes dessinées étaient en train de détruire les jeunes. Il s’agit d’un livre qui a causé une forme de panique morale à travers les États-Unis pendant plusieurs années et qui a presque conduit les comic books à être bannis, voire à la fin de la bande dessinée américaine. C’est pour ça qu’on a autant mis l’accent sur le fait que Gein en lisait. Il aimait particulièrement les histoires d’horreur et de crimes, incluant certaines sur les nazis, particulièrement celle contenant une érotisation des actes de la chienne de Buchenwald, sur laquelle je reviendrai aussi ultérieurement quand je parlerai de sa mère qui était d’ailleurs allemande, ce qui a pu contribuer à une forme d’identification. Ce que je pense qu’il est important de noter c’est que personne ne devient violent seulement à cause de bandes dessinées ou d’autres formes de représentations de la violence. Il est cependant possible, oui, que ces images dans les bandes dessinées et les images des atrocités nazies dans les journaux de l’époque aient pu contribuer à une forme de trauma vicariant qui a participé à déclencher la suites des événements. Participer et contribuer sont les mots importants ici. Il y a une autre explication qui me semble plus probable. J’y viendrai. J’aimerais lire le livre de Werthammême si je suis pas mal certaine d’être en désaccord avec tout ce que Wertham a écrit.

(Tatouage par la magnifique @ola.kaya 🖤)

La suite quand j’aurai un peu d’espace de cerveau. Je prends le temps de digérer certaines informations…

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